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"Rien donc ne justifie le terrorisme, ni les intérêts des peuples, ni la religion"

Par Mahamadou Issouphou, président du Niger - 09/10/2014

Allocution prononcée à l'ouverture des travaux contre Boko Haram dans le bassin du Niger

 

« Mesdames, Messieurs,
Le vendredi 03 octobre 2014, neuf (9) casques bleus Nigériens de la MINUSMA ont été lâchement assassinés par l’un des mouvements armés qui continuent à semer la désolation dans le Nord Mali. Le Niger vient de payer un lourd tribut à son engagement dans ce pays frère pour y défendre la démocratie et l’intégrité du territoire. D’autres pays, notamment la France et le Tchad, y ont perdu des soldats. Je vous demande d’observer une minute de silence à la mémoire de tous ces dignes et courageux soldats tombés sur le champ d’honneur. Je vous remercie. Je suis convaincu que leur sacrifice ne sera pas vain. Ce coup dur, porté contre nous, n’ébranlera pas notre volonté. Au contraire, il ne fera que décupler la rage de vaincre des soldats des Forces Armées Nigériennes dont je connais le patriotisme, le courage et le professionnalisme. Le présent sommet est une nouvelle occasion qui nous est offerte pour renouveler notre engagement dans la lutte contre le terrorisme, contre le crime organisé et contre les forces de la division.

Messieurs les chefs d’Etat et de Gouvernement,
Mesdames et Messieurs,
Les pays du Sahel et du Sahara en général, ceux du Bassin du lac Tchad en particulier, ainsi que leurs voisins, sont confrontés, depuis plusieurs années, à de graves menaces qui visent la destruction des Etats démocratiques qu’ils tentent d’édifier, celle de l’intégrité de leur territoire, ainsi que la paix et la sécurité des populations dont l’aspiration au bien-être est profondément contrariée. Jamais, depuis leur accession à l’indépendance, la survie de nos pays n’a été aussi menacée par le terrorisme, par les forces de la division et par le crime organisé. Ces trois risques combinés se renforcent et se nourrissent mutuellement : ils constituent, par conséquent, l’ennemi que nous avons le devoir de vaincre pour renforcer la démocratie et pour promouvoir le développement économique et social dans nos pays respectifs.

Excellences Messieurs les Chefs d’Etat et de Gouvernement,
Mesdames et Messieurs,
Le terrorisme n’a pas de frontière : son ambition est de régner sur la planète entière. Ainsi, l’Etat dit Islamique mène ses actions en Syrie comme en Irak ; AQMI, les Mourabitounes et autres organisations terroristes semblables écument le Sahara et le Sahel ; les Shebabs sont présents non seulement en Somalie mais mènent des attaques au Kenya et dans d’autres pays d’Afrique de l’Est ; pendant que Boko-Haram sévit à la fois au Nigeria et au Cameroun. Toutes ces organisations travaillent en parfaite intelligence entre elles et ont instauré un réseau de solidarité auquel il faut opposer la solidarité de tous les Etats et de tous les peuples épris de paix et de liberté. C’est pour mieux organiser cette solidarité que nous tenons, aujourd’hui 07 Octobre 2014, à Niamey, le présent Sommet Extraordinaire des Chefs d’Etat et de Gouvernement des pays membres du Bassin du Lac Tchad et du Bénin.
Permettez-moi de saluer la présence, à ce sommet, de mon frère et ami le Président Thomas Yayi Boni de la République du Bénin, celle de mon frère et ami le Président Good Luck Ebelé Jonathan de la République Fédérale du Nigeria et celle de mon frère et ami Idriss Déby Itno de la République du Tchad. Je salue aussi la présence parmi nous du Ministre de la défense de la République du Cameroun, représentant mon frère et ami, le Président Paul Biya.
Mes chers frères, je vous souhaite, à vous et à vos délégations respectives, la bienvenue et un bon séjour au Niger. Je connais votre détermination à assurer la sécurité à laquelle aspirent nos peuples. Je sais combien vous êtes conscients de la liaison étroite qui existe entre sécurité et développement. Je sais que c’est conscients de cette liaison que, par exemple, les pays membres de la Commission du Bassin du Lac Tchad ont adopté le plan quinquennal du développement du bassin dont le financement a fait l’objet d’une table ronde à Rimini, en Italie. C’est conscient de cette liaison que nous travaillons à l’intégration de nos économies à l’intérieur des organisations comme la Communauté Economique des Etats d’Afrique Centrale (CEAC) ou comme la Communauté Economique des Etats d’Afrique de l’Ouest (CEDEAO). C’est conscient de cette liaison que nous renforçons nos relations bilatérales comme l’illustre l’exemple du Bénin avec lequel nous travaillons à la réalisation du Tronçon de chemin de fer Cotonou-Niamey. Le développement économique et social, nous l’avons toujours dit, nous permettra, à terme, de vaincre définitivement le terrorisme. Dans l’immédiat, et c’est l’objet du présent sommet, il nous faut poursuivre le combat pour le vaincre sur le plan militaire.

Excellences Messieurs les Chefs d’Etat et de Gouvernement,
Mesdames et Messieurs,
Dans le combat contre le terrorisme, dans ce combat non conventionnel, dans cette guerre au sein des populations, les peuples sont soudés derrière leurs Gouvernements et leurs armées. Nos peuples adhèrent au but politique de notre lutte : défendre les valeurs démocratiques et protéger les populations. Par contre, les terroristes n’ont rien d’autres à offrir aux peuples que la violence et la haine. Ils n’ont rien d’autres à offrir que des chaînes et des rivières de larmes et de sang. Egorger, couper des mains, enlever des jeunes filles, comme à Chibok au Nigeria, violer, détruire, répandre l’obscurantisme et assujettir par la peur, telles sont leurs promesses. Nos peuples ne peuvent adhérer à un tel programme. Le font-ils au nom d’Allah ? Non, car notre prophète (PSL) et le coran (voir sourate de la vache, verset 256) ont depuis longtemps tranché ce débat : « la ikraha fi dine», autrement dit, «nulle contrainte en religion ! ». Rien donc ne justifie le terrorisme, ni les intérêts des peuples, ni la religion. Du reste, sa nature et son essence, qui excluent tout compromis, nous imposent un combat absolu contre lui. Sa défaite est certaine mais nous devons tout mettre en œuvre pour qu’elle soit rapide afin d’abréger les souffrances des populations.

C’est dans cette perspective que les ministres en charge de la défense, les Chefs d’État-major, les hauts responsables des services de renseignement de nos pays, et le Secrétariat Exécutif de la CBLT ont travaillé efficacement pour préparer nos assises. Ils ont procédé à une analyse de la situation sécuritaire dans la région du Bassin, fait le bilan de la mise en œuvre des mesures précédemment prises et préconisé de nouvelles mesures pour mieux combattre la menace commune que constitue Boko Haram et les actions de banditisme qui ont cours dans cette zone. Une stratégie commune et un concept opérationnel commun doivent nous permettre de mieux mutualiser nos capacités de renseignement et nos capacités opérationnelles.
Plus précisément, notre sommet doit, entre autres, finaliser l’examen de la question du déploiement des bataillons dédiés à la force multinationale tout au long des frontières nationales après avoir pris les mesures nécessaires pour rendre opérationnel l’Etat-major conjoint chargé de coordonner les actions des bataillons dans la limite des frontières des Etats. Nous devons aussi réfléchir sur les relations entre l’Unité Régionale de Fusion et de Renseignements et l’Etat-major opérationnel, ainsi que sur la nécessité d’une intensification des patrouilles coordonnées, conjointes ou simultanées, dans des formats bilatéraux ou multilatéraux. Nous examinerons aussi les mesures à prendre pour rendre plus efficace l’Unité Régionale de Fusion et de Renseignements. Notre stratégie de lutte contre Boko Haram dans le Bassin du Lac Tchad, doit aussi être soutenue par une véritable politique d’entraide judiciaire en matière de lutte contre le terrorisme et le banditisme.

Messieurs les Chefs d’Etat et de Gouvernement,
Mesdames et Messieurs,
Il nous revient donc de prendre les décisions qui doivent rapidement être mises en œuvre pour sécuriser le bassin du Lac Tchad. Il s’agit de restaurer la quiétude et la prospérité dans cet espace qui avait été, il n’y a pas si longtemps, un centre important d’échanges et de prospérité entre l’Afrique Centrale, l’Afrique du Nord et l’Afrique de l’Ouest.
C’est dire toute l’importance de nos assises d’aujourd’hui qui s’inscrivent dans la droite ligne des actions que nous avons déjà entreprises pour sécuriser et créer les conditions du développement économique et social du bassin du Lac Tchad sa splendeur d’antan où vivent 30 millions d’âmes menacées par le terrorisme. Notre victoire, contre le terrorisme dans le bassin du lac du Tchad, sera une contribution inestimable au combat contre ce fléau à l’échelle mondiale.

En souhaitant pleins succès à nos travaux, je déclare ouvert le Sommet Extraordinaire des Chefs d’Etat et du Gouvernement des pays membres de la Commission du Bassin du Lac Tchad et du Bénin.
Je vous remercie. ».

 

 

 
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