Niger : Le conflit Orano-Niamey s'envenime autour du stock d'uranium - Journal du Niger



Niger : Le conflit Orano-Niamey s’envenime autour du stock d’uranium

Orano-Niamey, le bras de fer de l’uranium, entre totem de souveraineté et impasse logistique C’est une cargaison fantôme qui pèse…

Orano-Niamey, le bras de fer de l’uranium, entre totem de souveraineté et impasse logistique

C’est une cargaison fantôme qui pèse un millier de tonnes. À l’aéroport de Niamey, sous une surveillance militaire étroite, un stock massif de concentré d’uranium cristallise désormais toutes les tensions géopolitiques du Sahel. Extraite à Arlit et immobilisée depuis fin novembre, cette « yellow cake » est devenue l’objet d’un conflit frontal entre la junte nigérienne et le géant français Orano.

 

Orano sort les griffes juridiques.

Après des mois de silence relatif, le groupe français a choisi la contre-attaque. Devant les parlementaires à Paris le mercredi 21 janvier, Claude Imauven, président du conseil d’administration d’Orano, a annoncé le lancement de poursuites judiciaires. La cible est l’État nigérien, pour la nationalisation jugée « illégale » de la Somaïr en juin dernier, mais aussi « quiconque » — État tiers ou acheteur privé — tenterait de s’approprier ce stock.

En France, le parquet a déjà ouvert une enquête pour « vol en bande organisée au profit d’une puissance étrangère ». Une arme juridique destinée à transformer ce stock en « uranium radioactif » pour tout intermédiaire diplomatique.

 

Niamey : la souveraineté au prix de l’enclavement

Pour les autorités nigériennes, cet uranium n’est plus une simple ressource minière, c’est un « marqueur de souveraineté ». En défiant Orano, le gouvernement entend solder des décennies de relations jugées asymétriques avec l’ancienne puissance coloniale.

Toutefois, la géographie est une ennemie tenace. Pays enclavé, le Niger se heurte à une réalité logistique implacable :

  • Corridor béninois : bloqué par des tensions diplomatiques persistantes avec Porto-Novo.
  • Axe nigérian : inutilisable en raison de l’hostilité d’Abuja envers les régimes militaires de la région.
  • Option togolaise : fragilisée par l’insécurité au Burkina Faso et la crainte de Lomé d’être entraînée dans un imbroglio juridique international.

L’ombre de Moscou et le risque aérien

Faute de ports, reste la voie des airs. Cependant, le passage suspect de deux Iliouchine Il-76 russes sur la base aérienne de Niamey entre le 9 et le 13 janvier a alimenté toutes les spéculations. Si Rosatom a bien signé un mémorandum avec Niamey, la Russie avance prudemment. Moscou, tout en cherchant à évincer l’influence française, hésite à s’exposer directement aux arbitrages internationaux déjà remportés par Orano, qui interdisent formellement à l’État nigérien de disposer de ces stocks.

 

Une partie d’échecs à haut risque

Comme le soulignent les observateurs internationaux, le Niger joue une partition risquée. En transformant l’uranium en symbole politique, le Niger s’offre un succès d’estime national mais s’enferme dans une impasse économique. Sans accès aux marchés sécurisés et sous la menace de saisies internationales, l’atout stratégique pourrait bien se transformer en un fardeau encombrant, dormant indéfiniment sous le soleil de Niamey.

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