À Tripoli, le Sommet sur l’énergie et l’économie (LEES) a dévoilé une stratégie agressive pour l’horizon 2026. Entre forage massif, offensive numérique et retour des majors dans l’offshore, la Libye tente de stabiliser son économie par le haut.
Désormais, la Libye ne se contente plus de gérer ses acquis. En effet, à l’occasion de la deuxième journée du Libya Energy & Economic Summit (LEES) 2026 ouvert vendredi 23 janvier, Tripoli a envoyé un signal clair aux marchés internationaux : le pays est prêt pour un nouveau cycle de croissance, soutenu par une technologie de pointe et des ambitions de forage retrouvées.
L’offensive du forage : l’objectif des 100 puits
Le ministère du Pétrole et du Gaz a jeté un pavé dans la mare en annonçant un plan de forage ambitieux pour 2026 : entre 70 et 100 nouveaux puits devraient sortir de terre (ou de mer). Pour soutenir cette cadence, Tripoli prévoit aussi des investissements annuels massifs, estimés entre 3 et 4 milliards de dollars.
Par ailleurs, cette accélération s’accompagne d’un toilettage réglementaire nécessaire. Une nouvelle réglementation unifiée devrait voir le jour pour rassurer des investisseurs échaudés par des années d’instabilité, visant une meilleure coordination entre la National Oil Corporation (NOC) et ses partenaires étrangers.
Le retour en force d’Eni et Repsol
Dans le même temps, pour les majors européennes, l’heure est à la concrétisation. L’italien Eni a confirmé que son mégaprojet gazier offshore, « Structures A&E », budgétisé à 8 milliards de dollars, est sur les rails pour une mise en service fin 2027. À la clé ? 750 millions de pieds cubes de gaz par jour pour satisfaire une demande locale pressante et, surtout, sécuriser les exportations vers une Europe toujours en quête d’alternatives au gaz russe.
De son côté, l’Espagnol Repsol mise sur le mythique champ d’El Sharara. Après une année 2025 record, la major vise les 350 000 barils par jour d’ici la fin de l’année. Symbole d’un retour à la normale, Repsol a annoncé relancer ses activités d’exploration pure dès 2026.
L’IA au service de l’or noir
L’une des surprises de ce sommet vient du virage technologique amorcé par le secteur des services. Le géant SLB (ex-Schlumberger) a détaillé son plan de déploiement de l’intelligence artificielle dans les champs libyens. Surveillance à distance, optimisation de la production par IA et lutte contre le torchage de gaz : Tripoli veut transformer ses « champs matures » en vitrines technologiques.
« Ce n’est plus seulement une question d’extraction, mais d’efficacité numérique », résume un expert présent au sommet.
Le défi du mix énergétique
Si les hydrocarbures restent le poumon du pays, Tripoli lorgne désormais sur le soleil. L’objectif est affiché : 4 GW de capacité renouvelable d’ici 2035. En plus, le projet phare de TotalEnergies, la centrale solaire de Sadada (500 MW), fait figure de test pour le modèle de partenariat public-privé (PPP) que le gouvernement tente d’imposer.
Reste un défi de taille : transformer ces annonces en réalité sur le terrain. Si les acteurs comme NESR se positionnent déjà avec des contrats de plus de 100 millions de dollars, la réussite de ce « big bang » énergétique dépendra aussi de la pérennité du cadre sécuritaire et de la clarté législative, deux piliers encore fragiles de la reconstruction libyenne.




