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Gambie : les populations vulnérables frappées durement par les mesures anti-Covid-19

Les mesures prises par le gouvernement gambien pour contenir la propagation du coronavirus commencent à faire des victimes parmi les personnes les plus défavorisées.Pour faire respecter l’interdiction de toute activité non-essentielle sur les marchés, la police effectue des descentes fréquentes à Old Yundum et dans les autres lieux de rassemblement.

Aujourd’hui, les hommes en uniforme sont tombés sur une vendeuse sur les trottoirs du marché.

Les yeux larmoyants, Aminatta Manneh reste confuse et impuissante quand elle voit la police saisir ses affaires.

La victime semble avouer la faute d’avoir bravé l’interdiction de vendre sur les trottoirs en cette période cruciale de lutte contre la pandémie du Covid-19.

La Gambie fait partie désormais des pays touchés par la pandémie du Covid-19 qui continue de faire des ravages avec plus de 50 000 décès déplorés dans près de 180 pays, depuis son apparition à Wuhan en Chine en décembre dernier.

Cette petite nation d’Afrique de l’Ouest compte à ce jour quatre cas confirmés dont un décès, en l’occurrence un prêcheur bangladais arrivé infecté à Banjul en février.

Actuellement, deux patients sont guéris et un seul est sous traitement. Cette propagation du virus, même si elle semble lente, suscite une psychose chez les Gambiens qui ne doutent pas de la porosité des frontières avec le Sénégal où 207 cas ont été confirmés, dont 66 guéris, en date du 3 avril 2020.

Dans le souci de prévention, le président gambien, Adama Barrow, a déclaré l’état d’urgence assorti d’une interdiction de toute activité commerciale non-essentielle liée à l’économie locale et susceptible de créer des rassemblements.

Ainsi, les marchands ambulants, les tailleurs, les menuisiers, les soudeurs, les mécaniciens, les vendeurs de bois de chauffage et autres commerçants de produits non-alimentaires ont été contraints de fermer et quitter les zones commerciales de la capitale. En attendant que les autorités médicales maitrisent la situation, ils devront rester à la maison et prendre leur mal en patience.

Surprise sur les lieux en compagnie d’autres vendeuses de nourriture, Aminata Manneh voit son ragout de haricots et ses baguettes de pain entre les mains de la police déterminée à faire appliquer les restrictions du gouvernement.

D’habitude, les trottoirs du centre-ville de Banjul sont pris d’assaut par des vendeurs et commerçants de tout genre. Une promiscuité qui ne favorise pas la distanciation sociale recommandée par les autorités sanitaires pour réduire les cas de contamination à travers les contacts interpersonnels.

 Mère de quatre enfants, la jeune dame est l’unique soutien d’une famille de dix membres dont ses deux sœurs et trois autres personnes à charge.

Cette veuve qui frise la quarantaine a perdu son mari il y a déjà trois ans, alors qu’il s’aventurait à rejoindre l’Europe dans l’espoir de meilleures conditions de vie pour sa famille.

Depuis la mort de son conjoint, Aminata s’investit jour et nuit pour le bonheur de sa famille, en vendant du pain accompagné de ragout de haricots à sa clientèle composée en majorité de maçons, chauffeurs, colporteurs et autres travailleurs informels.

“On nous demande de rester à la maison mais pour une pauvre femme comme moi, c’est suicidaire de ne pas travailler pour nourrir sa famille », martèle-t-elle en direction d’un policier qui fixait du regard une autre vendeuse soucieuse de protéger sa marchandise devant le bâtiment abritant le poste de police de Old Yundum, à 27km au sud de la capitale.

D’autres occupantes de lieux sont tentées de braver les forces de l’ordre, l’une d’entre elles s’est littéralement lancée dans une lutte acharnée avec deux policiers en civil qui avaient saisi sa marchandise.

Toutes ces vendeuses sont en majorité des soutiens de famille dont les maris étaient à l’étranger ou sans emploi, d’où leur vulnérabilité à l’impact des mesures de restriction.

« Allez dire (au Président) Barrow de nous donner quelque chose pour vivre si vous nous demandez de rester à la maison. Certains parmi nous ne peuvent pas survivre sans travailler ; sinon nous ne pourrions pas nourrir nos familles », se plaint l’une d’entre elles.

Parmi la foule de curieux, certains hochaient la tête pour approuver l’avis de la dame. Et la police leur demanda de déguerpir, tout en leur rappelant d’éviter les attroupements pour amoindrir les risques d’être infectés par un porteur du virus.

Alors la foule se désintégrait rapidement, le vacarme des vendeuses mécontentes de leurs marchandises saisies et la police déterminée à faire respecter les mesures résonnait dans l’environnement de Old Yundum où la circulation se réduisait à une poignée de véhicules et de piétons.

Si beaucoup de Gambiens touchés par les mesures du gouvernement n’ont pas voulu s’exprimer sur l’impact sur leurs commerces, d’autres travailleurs s’opposent amèrement à ces restrictions qui, selon eux, les réduiraient en nécessiteux en leur privant de leur pain quotidien.

 « Cette maladie de riche affecte les pauvres comme nous et de manière différente », a déclaré ce jeune vendeur de café ambulant depuis plus de trois ans qui pense que l’État aurait dû préparer une trousse d’accompagnement pour ceux qui seraient inévitablement privés de leur gagne-pain quotidien à cause des restrictions.

 Après quelques heures passées au poste de police, Aminata Manneh et d’autres vendeuses de nourriture ont finalement été libérées, mais à condition d’avoir accepté de ne plus retourner aux endroits susceptibles d’attirer des foules.

Suite à de nouvelles restrictions, les rassemblements de plus de cinq personnes sont interdits, tandis que les bars, restaurants, boîtes de nuit, gymnases, cinémas, salles de vidéo et autres centres sociaux ont reçu l’ordre de fermer pour une période de trois mois.

Pour Idrissa Gibba, vendeur de pommades médicinales dans la zone, il est inutile de faire des compromis avec les forces de l’ordre concernant son gagne-pain, surtout lorsque le gouvernement ne le soutient pas financièrement pendant cette période difficile pour prendre en charge sa famille.

D’un air défiant, Gibba soutient qu’il a été impliqué dans une altercation avec la police alors qu’il vendait des produits mentholés non prescrits ; un commerce qu’il pratique depuis plus de 15 ans.

« S’ils me donnent quelque chose pour nourrir ma famille pendant un mois, je leur rendrais dûment service et je resterais chez moi sans broncher », a-t-il confié à APA cet homme de 54 ans.  

 Selon des rumeurs qui circulent en Gambie, la communauté internationale aurait donné des millions de dollars au gouvernement pour aider les couches vulnérables à faire face à ces désagréments.

Il semble que de nombreuses personnes affectées par les nouvelles restrictions s’accrochent de plus en plus à cet espoir d’aide pour réduire l’impact des mesures qui les prive de leurs moyens de subsistance, une semaine après la prise de cette décision par le gouvernement.

« Le fait que ces restrictions soient pour une durée indéterminée rend encore la situation plus difficile », fustige Aminata Manneh désemparée, le regard hagard.


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