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Inflation, climat, communication: les chantiers de Lagarde à la BCE

La nouvelle présidente de la Banque centrale européenne, Christine Lagarde, a annoncé début décembre une vaste revue de la stratégie de politique monétaire, inchangée depuis 2003. Pourquoi ce chantier et quels points vont être discutés ?

– Dernier toilettage: 2003 –

Chargée par son mandat de garantir « la stabilité des prix » en zone euro, la BCE a précisé cet objectif en 2003 et s’efforce d’atteindre un taux d’inflation « inférieur, mais proche de 2% », niveau censé favoriser l’investissement et l’emploi.

Or ce taux croupit depuis des années autour d’1% sur fond de multiplication des emplois de services peu rémunérés et de chocs extérieurs freinant l’économie, notamment les tensions commerciales.

Par ailleurs, alors que se multiplient les appels à intégrer la protection du climat dans les politiques publiques, le moment est « idéal » pour que la nouvelle présidente de la BCE offre « un nouveau point de départ » à la politique monétaire à l’aube de ses huit ans de mandat, estime Frederik Ducrozet, stratégiste chez Pictet Wealth Management.

Cette revue d’ensemble intervient aussi alors que la politique de la BCE, faite de taux historiquement bas et de rachats de dette sur les marchés, est de plus en plus critiquée en particulier en Allemagne. On lui reproche de pénaliser les épargnants et de gonfler les prix des actifs financiers et de l’immobilier, favorisant la création de bulles.

– Objectif d’inflation ‘symétrique’ –

« L’essentiel du réexamen stratégique devrait porter sur le niveau de prix qu’on veut atteindre », résume Eric Dor, directeur des études économiques à l’IESEG.

L’idée serait de passer à un objectif d’inflation symétrique « autour de 2% »,qui peut donc être légèrement au-dessus. La BCE ferait donc sauter l’expression « inférieure à 2% », qui s’est avérée trop restrictive.

Cette évolution semble « souhaitable et plausible, ne serait-ce que pour des raisons de simplicité et de crédibilité des prévisions », selon Frederik Ducrozet.

– Verdir la politique monétaire –

Poussée encore récemment par une pétition d’associations et d’universitaires à participer à la lutte contre le changement climatique, la BCE pourrait en tenir compte dans ses décisions de politique monétaire.

Il faudrait « a minima » que les modèles macroéconomiques utilisés pour les prévisions « incorporent dans l’évaluation des risques » celui du changement climatique, a plaidé Mme Lagarde la semaine dernière devant le Parlement européen.

L’institution pourrait aussi aménager les règles de refinancement des banques à son guichet, en favorisant les établissements lui apportant comme garanties des actifs « verts », non liés aux activités les plus polluantes. Ses rachats d’actifs sur le marché, destinés à soutenir l’économie, pourraient également privilégier les obligations « vertes ».

Mais pour Gilles Moec, économiste chez Axa, le « vrai sujet » est surtout de savoir « comment la BCE va réagir face aux risques économiques liés à une politique sur le climat ». A titre d’exemple, si les prix de la tonne de carbone ne cessent de monter, pour accélérer la transition énergétique, ils pèseront sur le niveau général des prix et in fine sur la politique monétaire », prévient-il.

– Améliorer la communication –

Trop jargonneuse et pimentée de querelles entre clans opposés, la communication des gardiens de l’euro est un chantier délicat, qui engage la crédibilité de l’institution.

La BCE « pourrait passer à un processus de vote plus transparent et systématique (des membres du conseil des gouverneurs) sur les principales décisions politiques », propose Andrew Kenningham, chef économiste chez Capital Economics.

Les votes des 25 membres de l’instance qui fixe les taux à la BCE, actuellement anonymes, pourraient être comptabilisés entre voix « pour » et « contre », voir rendus nominatifs, comme d’autres grandes banques centrales le font de longue date. « Si on veut être transparent il faut y aller à fond », plaide M. Moec.



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