International › AFP

Julian Assange, héros controversé de la liberté d’informer

Le fondateur de WikiLeaks Julian Assange est passé en quelques années du statut de héros de l’information libre à celui de personnage controversé : emprisonné à Londres et menacé d’extradition vers les Etats-Unis, il vient de gagner une manche judiciaire avec l’abandon de poursuites pour viol en Suède.

Le parquet de Stockholm a annoncé mardi l’abandon des poursuites visant l’Australien de 48 ans, accusé par une femme de l’avoir agressée sexuellement en Suède en 2010. L’enquête venait de rouvrir en mai, après l’arrestation du lanceur d’alerte à l’ambassade équatorienne de Londres.

Julian Assange s’y était réfugié, déguisé en coursier, le 19 juin 2012, craignant d’être arrêté par les autorités britanniques et extradé puis jugé aux États-Unis pour la diffusion en 2010 de plus de 700.000 documents sur les activités militaires et diplomatiques américaines.

Il aura vécu cloitré pendant presque sept ans dans ce bâtiment diplomatique d’un quartier chic de la capitale britannique avant d’y être interpellé en avril dernier, avec l’autorisation de Quito, apparaissant vieilli et affaibli à sa sortie.

– Trump: « J’adore WikiLeaks » –

Depuis, Assange a été condamné à 50 semaines de prison pour s’être soustrait à la justice britannique en 2012. Ses conditions de détention à la prison de Belmarsh, dans le sud de Londres, ont été dénoncées par le rapporteur de l’ONU sur la torture, Nils Melzer, comme une « situation inhumaine » avec « violations de ses droits », qui mettraient sa vie « en danger ».

Julian Assange est sous le coup d’une demande d’extradition des États-Unis. Lors d’une audience au tribunal, il avait déclaré ne pas vouloir se « soumettre à une extradition pour un travail de journalisme qui a récolté de nombreuses récompenses et protégé beaucoup de gens ».

Son image de « cyber-warrior » s’est toutefois brouillée au fil des ans, en particulier avec la diffusion par sa plateforme, en 2016, à un moment-clé de la campagne présidentielle américaine, de milliers de courriels piratés provenant du Parti démocrate et de l’équipe d’Hillary Clinton, qui ont contribué à discréditer la candidate.

Ces révélations avaient alors suscité des éloges appuyés du candidat Donald Trump. « J’adore WikiLeaks », affirmait ce dernier lors d’un meeting. D’après la CIA, ces documents ont été obtenus par WikiLeaks auprès d’agents russes, ce que nie la plateforme.

L’Australien a commencé dans la vie en étant ballotté de droite à gauche par sa mère, Christine Ann Assange, une artiste de théâtre qui s’était séparée de son père avant même sa naissance.

Il compare son enfance à celle de Tom Sawyer, entre construction de radeau et explorations diverses de son environnement. Jusqu’à l’âge de 15 ans, il vivra dans plus de 30 villes australiennes différentes et fréquentera de nombreuses écoles avant de se poser à Melbourne où il étudiera les mathématiques, la physique et l’informatique.

Doué, travailleur, il est happé par la communauté des hackers et commence à pirater les sites internet de la Nasa ou du Pentagone en utilisant le pseudonyme de « Mendax ».

– Soutien de Pamela Anderson –

C’est à cette époque qu’il a un fils, Daniel, dont il se disputera la garde avec la mère. Lorsqu’il lance WikiLeaks dans le but de « libérer la presse » et de « démasquer les secrets et abus d’État », il devient, selon un de ses biographes, « l’homme le plus dangereux du monde ».

Il se fait connaître du grand public en 2010 avec la publication de centaines de milliers de documents américains. Un coup d’éclat qui vaut à cet homme grand et mince au teint diaphane d’être présenté comme un champion de la liberté d’informer.

Mais en même temps que sa notoriété grandit, les critiques s’accumulent.

En 2011, les cinq journaux (dont The New York Times, The Guardian et Le Monde) associés à WikiLeaks condamnent la méthode de la plateforme, qui rend publics des télégrammes du département d’Etat américain non expurgés. Ils estiment que les documents sont susceptibles de « mettre certaines sources en danger ». La critique sera également formulée par le lanceur d’alerte Edward Snowden.

Chargé de rédiger l’autobiographie de Julian Assange, Andrew O’Hagan finit par jeter l’éponge avec ce verdict définitif : « L’homme qui se targue de dévoiler les secrets de ce monde ne supporte pas de dévoiler les siens ».

Mais un noyau dur lui est resté fidèle, à l’instar de l’actrice américaine Pamela Anderson, qui lui a rendu visite en prison.



Commentaire

À LA UNE
Retour en haut