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Pédophilie dans l’Eglise: huit ans de prison requis contre l’ex-père Preynat

Au moins huit ans de prison ferme ont été requis vendredi à l’encontre de l’ex-prêtre Bernard Preynat, jugé à Lyon pour une vieille affaire d’abus sexuels emblématique de l’omerta de l’Église sur la pédophilie. Une peine « démesurée » pour son avocat.

Le tribunal rendra sa décision le 16 mars dans ce dossier « hors du commun » selon la procureure, Dominique Sauves.

« Ce n’est pas le procès d’une lâcheté collective ou d’une institution mais celui d’un homme qui avait mis en place sa propre structure pour répondre à ses pulsions car il avait besoin de disposer d’un vivier varié et toujours alimenté de petites victimes », a dit la magistrate.

Elle accuse le prévenu d’avoir « brisé » les vies de scouts âgés de 7 à 15 ans au moment des faits, et de s’être « servi du silence des parents et du silence de l’Église » pour multiplier ses abus entre 1971 et 1991.

Assurant que l’ancien curé, défroqué l’été dernier à l’issue de son procès canonique, « a conscience du mal qu’il a fait », Me Frédéric Doyez a appelé le tribunal à prendre une décision qui le remette « dans la communauté des hommes, à une place qui est celle que l’on occupe quand on a 74 ans et qu’on est malade ».

Ce procès était très attendu depuis que l’affaire a éclaté fin 2015, quand des plaintes ont enfin été déposées, éclaboussant la hiérarchie catholique à travers le cardinal Philippe Barbarin, condamné l’an dernier pour ses silences sur l’affaire.

« Dieu merci nous y sommes », a dit la magistrate au début de son réquisitoire durant lequel l’ex-prêtre est resté impassible, figé sur sa chaise et regardant droit devant lui, comme pendant toute l’audience.

« Je m’excuse auprès des victimes, de leurs familles, des autres prêtres, du diocèse et de toute l’Église que j’ai salie par mes agissements », a déclaré le prévenu à la fin, réaffirmant que « depuis 1991 », il a été « fidèle à la promesse faite à Mgr Decourtray », l’archevêque de l’époque, en ne touchant plus aucun enfant.

– Pardon « mécanique » –

À la barre, barbe blanche et carrure toujours imposante, l’ homme a demandé pardon aux neuf victimes venues témoigner de leurs souffrances – de nombreuses autres n’ont pu porter plainte du fait de la prescription.

Un pardon « mécanique », sans empathie manifeste, qui a d’autant moins convaincu les parties civiles que le prévenu, s’il reconnaît la plupart des abus qu’on lui reproche, en a démenti certains et minimisé d’autres.

Pour la procureure, « il a écouté les souffrances des victimes mais il ne les a pas entendues ».

Cet abuseur en série dont le nombre de victimes potentielles donne le vertige – jusqu’à « quatre ou cinq enfants » par semaine durant les camps d’été, a-t-il admis – avait beaucoup d’emprise sur son entourage qui l’adulait.

Au tribunal, ses victimes ont fait le récit, glaçant et poignant, des attouchements, baisers sur la bouche et masturbations qu’il leur imposait.

« Je revis toutes les sensations, son odeur », a confié Anthony Gourd, qui a souffert d’amnésie traumatique et se souvient, peu à peu, depuis quatre ans, de ce qu’il a subi.

« Il parle de caresses. Ma femme me caresse. Lui, il me touchait comme un sauvage », a dénoncé Stéphane Hoarau, qui éprouve des difficultés, aujourd’hui, à toucher ses propres enfants.

– « Menteur » –

« Pour moi, à l’époque, je ne commettais pas d’agressions sexuelles mais des câlins. Je me trompais. Ce qui me l’a fait comprendre, ce sont les accusations des victimes », a expliqué le prévenu.

Et de pointer la responsabilité de l’Église. « On m’a dit: +tu es un malade+ (…) On aurait dû m’aider… On m’a laissé devenir prêtre », constate Preynat.

Cet aîné d’une fratrie de sept élevé dans la religion par un père autoritaire, qui jouait à la messe à 6-7 ans, commet ses premières agressions vers 16 ans, après en avoir subi lui-même dans son enfance, selon ses dires. Ce qui l’aurait conduit à les reproduire, pour une experte psychiatre.

Ces confidences n’ont pas convaincu les parties civiles. « Preynat, c’est un menteur », a accusé vendredi Me Yves Sauvayre.

« On n’est pas obligé de me croire » mais « je n’ai pas menti. J’ai été sincère dans les réserves que j’ai exprimées » sur certaines accusations, a répondu le prévenu, conscient des « limites de sa mémoire ».

« Vous allez prendre en considération que c’est 30 ans après qu’on le juge. Juger 30 après, c’est compliqué », a demandé son avocat au tribunal, en mettant en doute, à son tour, la véracité de certains témoignages.

« Dur à entendre », a réagi l’une des victimes au sortir de l’audience.





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