En moins de 48 heures, l’Office Central de Répression du Trafic Illicite des Stupéfiants (OCRTIS) a réalisé deux saisies spectaculaires dans la région de Tahoua. Entre une cargaison record d’ecstasy venue de Marseille et de la cocaïne dissimulée dans des talons de chaussures, le Niger s’affirme comme le verrou stratégique contre les cartels.
Le Niger ne veut plus être le « ventre mou » du trafic de stupéfiants au Sahel. Les services de l’OCRTIS viennent d’infliger un revers cuisant aux réseaux criminels internationaux. En effet, le bilan est vertigineux : 800 000 comprimés d’ecstasy et plusieurs kilos de cocaïne interceptés, pour une valeur marchande dépassant les 8 milliards de FCFA.
Au-delà des chiffres, ces saisies révèlent l’extrême sophistication des méthodes de dissimulation et la complexité des itinéraires empruntés par les « seigneurs de la drogue ».

L’axe Marseille-Cotonou-Tahoua : une saisie historique
Le 9 février 2026, au poste de contrôle de Badaguiri (département d’Illela), la police a réalisé la plus importante prise d’ecstasy de l’histoire du pays. Après avoir fouillé un véhicule touristique, les agents ont exhumé 160 sachets de cette drogue de synthèse, dissimulés dans des caches aménagées.
L’enquête a aussi permis de retracer une logistique transcontinentale effarante : le véhicule, chargé en décembre 2025 au port de Marseille (France), a transité par Cotonou (Bénin) en janvier avant de franchir la frontière nigérienne par Sabon Birni. Ce trajet confirme la thèse d’un basculement des routes : les drogues de synthèse européennes descendent désormais vers le sud pour inonder les marchés régionaux et au-delà.
Cocaïne « au pied levé » : l’ingéniosité des passeurs
Deux jours plus tard, le 11 février, c’est à l’antenne de Tchintabaradene que le flair des enquêteurs a encore frappé. Cette fois, le procédé relevait presque de l’artisanat criminel : deux ressortissants étrangers, en provenance de Lagos (Nigeria), transportaient de la cocaïne cousue à l’intérieur des talons de leurs propres chaussures.
Partis de la mégalopole nigériane, les deux hommes avaient pour mission de rallier l’Algérie, avec l’Espagne comme destination finale. Ce périple, passant par Sokoto et Konni, montre que, malgré la variation des volumes, la détermination des réseaux à franchir la barrière nigérienne demeure intacte.
Le Sahel, nouveau carrefour des cartels ?
Ces succès policiers posent une question de fond sur la sécurité régionale. Le Niger, déjà engagé sur le front de la lutte contre le terrorisme, doit désormais mobiliser des ressources massives pour contrer une économie criminelle qui finance souvent l’instabilité.
En somme, pour les autorités de Niamey, ces saisies sont un message clair envoyé aux narcotrafiquants : la vigilance aux frontières est montée d’un cran. Toutefois, la valeur marchande colossale des produits saisis — 8 milliards de FCFA pour l’ecstasy seule — illustre les moyens financiers colossaux dont disposent ces réseaux pour tenter de corrompre ou de contourner les dispositifs de surveillance.




