C’est une partie d’échecs qui se joue entre les bords de la Seine et les couloirs du palais de verre de New York. Officiellement désigné par l’Union africaine pour briguer le poste de Secrétaire général des Nations Unies, l’ex-président sénégalais Macky Sall a posé ses valises à Paris le 4 mars 2026. Entre quête de soutiens occidentaux et vents contraires à Dakar, le chemin vers la succession d’António Guterres s’annonce semé d’embûches.
Le « parrainage » discret d’Emmanuel Macron
Pour Macky Sall, Paris n’est pas qu’une escale, c’est un pivot. Sa rencontre prévue ce 5 mars avec Emmanuel Macron revêt une importance capitale. En plus, le président français, qui avait déjà encouragé le Sénégalais à quitter le pouvoir en 2024 plutôt que de s’obstiner vers un troisième mandat, voit d’un bon œil cette ambition internationale.
Cependant, la France joue la prudence. Si l’Élysée apprécie le profil de l’ancien chef d’État, aucune position officielle ne sera prise avant avril, date de la clôture des candidatures. Néanmoins, l’amitié entre les deux hommes est un secret de polichinelle, forgé lors de multiples dîners privés où le destin mondial de l’enfant de Fatick était déjà au menu.
Une équipe de choc et un obstacle « latino »
Dans l’ombre, Macky Sall ne chôme pas. Il s’appuie sur son fidèle sherpa, Oumar Demba Ba, diplomate chevronné qui a décliné les avances du nouveau pouvoir sénégalais pour rester fidèle à son ancien patron. Ensemble, ils tentent de briser la règle (informelle mais tenace) de la rotation régionale.
En effet, le tour devrait logiquement revenir à l’Amérique latine. Face au candidat africain, des poids lourds se préparent également :
- Michelle Bachelet, l’ancienne présidente chilienne à la stature internationale incontestée.
- Rafael Grossi, l’Argentin à la tête de l’AIEA, qui sera lui aussi à Paris le 10 mars prochain.
Le paradoxe de Dakar : l’ombre de Sonko
Mais le défi le plus complexe pour Macky Sall ne se trouve peut-être pas à New York, mais bien chez lui, au Sénégal. Pour réussir son pari, un candidat à l’ONU doit normalement bénéficier du portage diplomatique de son pays d’origine. Ou, à Dakar, le climat est glacial.
Si le président Bassirou Diomaye Faye hésite, le Premier ministre Ousmane Sonko ne cache pas son hostilité. Entre le scandale de la « dette cachée » et les blessures du passé, l’actuel exécutif rechigne à offrir ce tapis rouge à celui qu’ils ont combattu pendant une décennie. D’ailleurs, plusieurs dirigeants africains, dont le Burundais Évariste Ndayishimiye, tentent actuellement une médiation de la dernière chance pour convaincre Dakar de ne pas saborder la candidature du continent.




