À mesure que l’Europe accélère sa transition énergétique, une nouvelle carte se dessine de l’autre côté de la Méditerranée. De Paris à Tripoli, investisseurs et décideurs scrutent désormais un espace longtemps cantonné aux hydrocarbures : l’Afrique du Nord.
Aujourd’hui, ce n’est plus seulement le gaz ou le pétrole qui attire l’attention. C’est l’électricité. Et derrière elle, un potentiel encore largement inexploité.
Un virage stratégique pour l’Europe
Face à des marchés énergétiques instables et à des impératifs climatiques de plus en plus pressants, l’Europe cherche à diversifier ses sources d’approvisionnement. Dans cette équation, l’Afrique du Nord apparaît comme une solution naturelle : proche géographiquement, riche en ressources et en pleine transformation énergétique.
Historiquement, les relations reposaient sur les flux de gaz en provenance d’Algérie ou de pétrole issu de Libye. Mais une nouvelle dynamique émerge, portée par les énergies renouvelables et les interconnexions électriques.
Des câbles sous-marins pour transporter l’énergie du futur
Au cœur de cette mutation, des projets d’infrastructures ambitieux. L’interconnexion ELMED, par exemple, vise à relier la Tunisie à la Sicile via un câble sous-marin de 220 kilomètres.
À terme, cette liaison pourrait transporter jusqu’à 600 mégawatts d’électricité, permettant des échanges dans les deux sens. Une avancée majeure qui ouvrirait la voie à un véritable marché énergétique transméditerranéen.
La Libye, pièce maîtresse d’un futur corridor électrique
Dans ce nouveau paysage, la Libye se positionne comme un acteur clé. Dotée d’importantes ressources gazières et d’une capacité de production électrique significative, elle pourrait devenir bien plus qu’un simple fournisseur d’hydrocarbures.
Des discussions sont déjà engagées entre la Libye, l’Algérie et la Tunisie pour créer un corridor électrique régional. L’objectif : connecter leurs réseaux, puis les relier à l’Europe.
Si ces projets aboutissent, l’électricité produite – qu’elle soit issue du gaz ou du solaire – pourrait traverser les frontières et alimenter directement les marchés européens.
Gaz et électricité : un duo stratégique
Contrairement aux idées reçues, cette évolution ne signe pas la fin du gaz. Elle marque plutôt une complémentarité.
À travers le continent, des pays comme le Nigeria ou le Mozambique renforcent leur position dans le gaz naturel liquéfié (GNL). Pendant ce temps, l’Afrique du Nord développe une offre électrique capable de répondre aux exigences environnementales européennes.
Résultat : un modèle hybride où gaz et électricité coexistent, offrant plus de flexibilité et de sécurité d’approvisionnement.
Une ruée des investisseurs en préparation
Ces transformations seront au cœur des discussions du Forum « Investir dans l’énergie en Afrique », organisé à Paris. Gouvernements, entreprises et investisseurs y voient une opportunité majeure. Car au-delà de la production, ce sont les infrastructures qui attirent les capitaux : câbles sous-marins, réseaux à haute tension, systèmes de stockage et modernisation des réseaux. Autant de projets indispensables pour faire circuler cette énergie du sud vers le nord.
La Méditerranée, nouvelle autoroute énergétique ?
Si les projets en cours se concrétisent, la Méditerranée pourrait devenir bien plus qu’un espace de transit pour les hydrocarbures.
Elle pourrait se transformer en véritable corridor électrique, transportant une énergie plus propre et plus diversifiée.
Pour l’Europe, c’est une opportunité stratégique. Pour l’Afrique du Nord, un levier de développement économique. Et pour le reste du continent, un signal fort : l’énergie africaine pourrait bien redéfinir les équilibres mondiaux.




