NIAMEY (Niger), 25 février 2026 — L’épaisse fumée des gaz lacrymogènes a remplacé, ce mercredi matin, l’agitation habituelle des échanges commerciaux au marché Dollé. Ce qui ne devait être qu’une simple mesure de régulation s’est transformé en un véritable théâtre d’affrontements, opposant des commerçants à bout de nerfs à une société de sécurité privée déterminée à faire respecter la « loi du mètre ».
Une étincelle dans un baril de poudre
Le calme précaire qui régnait depuis l’incendie dévastateur d’une partie du site a volé en éclats. Selon nos informations recueillies sur place, les accrochages de ce 25 février ne sont que l’aboutissement d’une fureur qui couvait depuis quarante-huit heures.
En effet, la mise en place de nouvelles restrictions spatiales par l’administration du marché a mis le feu aux poudres. La règle est désormais stricte : aucune marchandise ne doit dépasser un périmètre de 100 centimètres devant les étals. Une directive perçue par les vendeurs non comme une mesure de sécurité, mais comme un étranglement de leur activité.
La « méthode forte » pointée du doigt
Le cœur du litige réside dans l’application zélée de cette norme. Les agents de sécurité, mandatés pour dégager les allées, procèdent à des saisies systématiques des articles hors limites.
« Ce n’est plus de l’organisation, c’est de la traque », s’insurge un revendeur de tissus, les yeux encore rougis par les irritants. « Ils prennent nos biens et les déposent à l’administration sans discussion. Comment nourrir nos familles si l’on nous prive de notre visibilité ? »
Par conséquent, cette rigueur jugée disproportionnée a provoqué une levée de boucliers. La contestation, d’abord verbale, a rapidement basculé dans la violence physique, forçant les unités de police à intervenir massivement pour disperser la foule et prévenir un embrasement généralisé du quartier.
Un défi de reconstruction sociale
Au-delà de la simple altercation, cet incident révèle la difficulté de réformer les espaces marchands après un sinistre. Si l’administration justifie ces mesures par la nécessité de laisser les voies d’accès libres pour les secours — une leçon tirée du dernier incendie —, les commerçants, eux, y voient une atteinte directe à leur liberté d’entreprise.
Cependant, le dialogue semble aujourd’hui rompu. Pour les autorités municipales, le défi est de taille : rétablir l’autorité sans sacrifier la paix sociale dans l’un des poumons économiques les plus vitaux de la capitale.
Le cycle du désaccord : de la cendre à la colère
Si l’on remonte le fil des événements, la situation au marché Dollé illustre une boucle tragique. Le traumatisme de l’incendie avait conduit à l’appel de la sécurité privée pour protéger le site ; ironiquement, c’est aujourd’hui cette même sécurité qui est perçue comme la menace principale par les usagers. En conclusion, tant qu’un terrain d’entente ne sera pas trouvé sur la gestion de l’espace, le marché Dollé risque de rester un terrain miné, où la sécurité des lieux et la survie des ventres peinent à cohabiter.




