À première vue, la maison d’arrêt de Mayahi, dans la région de Maradi, ne se distingue pas des autres établissements pénitentiaires du Niger. Pourtant, derrière ses murs, une initiative peu commune est en train de redéfinir le sens même de la détention. Ici, la prison ne se limite plus à la privation de liberté : elle devient un espace de production et d’apprentissage.
À l’origine du projet, le régisseur de la maison d’arrêt, qui a fait le pari d’une approche différente. Plutôt que de laisser les détenus inactifs, il a entrepris de réhabiliter un ancien jardin abandonné. Résultat : plusieurs parcelles de culture ont vu le jour, transformant un terrain en friche en un espace agricole dynamique.

Des champs derrière les barreaux
Désormais, pommes de terre, tomates, poivrons et salades poussent dans l’enceinte pénitentiaire. En cette période de récolte, les détenus ramassent chaque jour entre cinq et dix paniers de tomates fraîches. Ces produits sont ensuite vendus sur le marché local, où ils trouvent preneur sans difficulté.
Ainsi, l’initiative dépasse le simple cadre occupationnel. Elle contribue à l’approvisionnement de la commune tout en générant une activité économique locale. Selon des sources administratives, les revenus issus de la vente servent notamment à soutenir l’entretien du site et à améliorer certaines conditions internes.

Une réponse à l’oisiveté carcérale
Au Niger, comme dans de nombreux pays de la région, la surpopulation et le manque d’activités structurées constituent un défi pour l’administration pénitentiaire. Dans ce contexte, l’expérience de Mayahi apparaît comme une alternative pragmatique.
En effet, le travail agricole offre aux détenus une occupation régulière, mais également un cadre structurant. Plusieurs observateurs locaux évoquent un impact positif sur le moral et la discipline au sein de l’établissement. L’activité maraîchère joue ainsi un rôle thérapeutique, en redonnant un rythme et une responsabilité aux participants.

Un modèle en gestation ?
Les autorités locales suivent de près cette expérience. D’après des responsables communaux, des pistes de renforcement sont déjà à l’étude, notamment l’introduction de vaches laitières afin de diversifier les activités et d’élargir la production.
Si le projet venait à être consolidé, il pourrait inspirer d’autres établissements pénitentiaires à travers le pays. Parce que au-delà de la production agricole, l’enjeu est celui de la réinsertion. Apprendre à cultiver, gérer une récolte, organiser une vente : autant de compétences transférables une fois la peine purgée.
Produire pour se reconstruire
En filigrane, cette initiative pose une question essentielle : quelle doit être la finalité de la prison ? Punir uniquement, ou préparer le retour à la vie sociale ? À Mayahi, la réponse semble se dessiner dans les rangées de tomates mûries au soleil sahélien.
Avec peu de moyens : un lopin de terre, quelques outils et une volonté administrative affirmée, la maison d’arrêt expérimente une approche qui allie utilité sociale et dignité humaine. Une manière, peut-être, de démontrer que même derrière les barreaux, la terre peut devenir un outil de reconstruction.




