NIAMEY, 14 octobre 2026 – Le gouvernement nigérien met en demeure les compagnies pétrolières chinoises. Il leur réclame le rapatriement de recettes d’exportation évaluées à 3 000 milliards de francs CFA et leur accorde 45 jours pour se mettre en règle. Cette échéance place la coopération énergétique entre les deux pays face à un test de crédibilité.
Une réforme présentée comme un tournant
Le 18 mai 2026, les autorités annonçaient la révision des contrats pétroliers conclus avec la Chine. Elles promettaient alors un meilleur ancrage local, un encadrement renforcé des opérateurs et une répartition plus équitable de la valeur du brut. Or, cinq mois plus tard, Niamey dresse un constat sévère : la CNPC aurait maintenu hors du circuit bancaire national l’essentiel de ses revenus d’exportation, placés dans des établissements situés notamment à Paris et à Hong Kong.
Un manque à gagner pour le Trésor
Selon les chiffres du gouvernement, cette pratique prive l’État d’environ 17,4 milliards de francs CFA. Le montant pèse d’autant plus que le pays consacre une large part de ses ressources à la sécurité du territoire ainsi qu’au soutien des ménages éprouvés par la cherté de la vie. En effet, chaque franc qui ne transite pas par les banques locales réduit la capacité d’action de l’administration.
Les entreprises invoqueraient des dérogations inscrites dans leurs contrats pour écarter la réglementation de l’UEMOA sur le rapatriement des devises. Toutefois, les autorités nigériennes rejettent cette interprétation et estiment que ces clauses ne dispensent pas les opérateurs de respecter les règles communautaires.
Sept manquements recensés
Les griefs dépassent toutefois le seul terrain financier. Le gouvernement en recense sept. Il reproche notamment aux opérateurs d’avoir refusé des audits de leurs ressources humaines, d’avoir freiné l’accès des Nigériens aux postes qualifiés et d’avoir laissé planer le doute sur la certification des réserves. Ces dossiers touchent au cœur du contenu local, un engagement que la révision de mai entendait précisément consolider.
Quarante-cinq jours pour régulariser
Le Comité de négociation a notifié son ultimatum à la CNPC, à Wapco et à la Soraz. Ce délai doit leur permettre de corriger les écarts constatés et de ramener les fonds concernés dans le système bancaire nigérien. À l’issue de ce terme, l’exécutif devra choisir entre la poursuite des discussions et l’adoption de sanctions.
Pour Niamey, l’enjeu consiste désormais à prouver que le cadre révisé produit des effets concrets. Un nouvel arrangement négocié à huis clos, sans retour effectif des capitaux, fragiliserait le message de souveraineté économique porté depuis mai. À l’inverse, un règlement rapide et transparent renforcerait la confiance entre les deux parties. Les prochaines semaines diront donc si le partenariat sino-nigérien parvient à concilier les intérêts commerciaux des opérateurs et les exigences d’un État qui entend maîtriser ses ressources.


