Le sous-sol africain attise les convoitises. Selon le dernier rapport publié par l’Africa Finance Corporation (AFC), les richesses minières du continent sont évaluées à près de 29 500 milliards de dollars, dont environ 8 600 milliards restent encore inexploités. Un trésor stratégique à l’heure où le monde accélère sa transition énergétique et où la demande en minéraux dits « critiques » explose.
Mais au-delà des chiffres vertigineux, une question centrale se pose : ces ressources peuvent-elles réellement transformer les économies africaines et créer des millions d’emplois durables ?
Un potentiel colossal encore sous-exploité
Le continent détiendrait près de 20 % des réserves mondiales de minerais stratégiques : cuivre, cobalt, lithium, uranium, terres rares… Autant de matières premières indispensables aux batteries, aux véhicules électriques, aux infrastructures énergétiques et aux technologies numériques.
Pour l’AFC, l’enjeu n’est plus seulement d’extraire, mais de transformer localement. Développer des industries en aval – aluminium, engrais, alliages, composants de batteries – permettrait de multiplier la valeur ajoutée et les emplois qualifiés.
Namibie : diversification et montée en compétence
En Namibie, la reprise de la production d’uranium en 2025-2026 marque un nouveau souffle. Le secteur employait déjà plus de 20 800 personnes fin 2024. Le pays mise désormais sur la diversification vers le lithium, le cuivre et les terres rares.
Les autorités annoncent des programmes de formation et d’accompagnement des petits exploitants afin d’intégrer davantage de travailleurs locaux à cette dynamique.
Afrique du Sud : 2 000 milliards de rands pour consolider la chaîne de valeur
En Afrique du Sud, le gouvernement prévoit de mobiliser environ 2 000 milliards de rands sur cinq ans pour renforcer l’exploration, la transformation et la formation professionnelle.
Avec près de 468 000 emplois formels recensés en 2025 dans le secteur minier, le pays reste l’un des piliers industriels du continent. L’objectif affiché : maintenir ces emplois tout en modernisant les infrastructures et en attirant davantage d’investissements étrangers.
Zambie : le cuivre comme moteur
En Zambie, plus de 73 000 emplois dépendent déjà de l’industrie minière. L’expansion de nouveaux projets cuprifères pourrait renforcer cette tendance.
La société américaine KoBold Metals développe la mine de Mingomba avec un investissement estimé à 300 millions de dollars, susceptible de générer plus de 700 emplois. De son côté, Vedanta Resources engage 1,5 milliard de dollars dans les mines de Konkola, tandis que First Quantum Minerals investit 1,25 milliard de dollars dans le projet Kansanshi S3.
RDC : un géant minier encore à 10 % de son potentiel
La République démocratique du Congo concentre à elle seule des réserves estimées à 24 000 milliards de dollars, dont seulement 10 % seraient exploitées. Le secteur soutient déjà plus de 100 000 emplois directs.
Dans un contexte de compétition accrue entre les États-Unis, la Chine et l’Europe pour sécuriser l’accès aux minerais stratégiques, Kinshasa cherche à renforcer ses partenariats internationaux pour stimuler l’investissement et l’emploi.
Le nerf de la guerre : le financement
Malgré ce potentiel, l’accès au capital demeure un obstacle majeur, notamment pour les exploitants locaux. Sans financements adaptés, les projets stagnent et les opportunités d’emplois tardent à se concrétiser.
Lors de l’African Mining Week 2025, les responsables de l’AFC ont rappelé que leurs investissements miniers – environ 700 millions de dollars à ce jour – ont déjà permis la création de plus de 15 000 emplois, principalement dans les minéraux critiques.
La prochaine édition de l’African Mining Week, prévue en octobre 2026 au Cap, ambitionne de rapprocher investisseurs et porteurs de projets pour transformer les promesses en chantiers réels.
Une opportunité stratégique pour le Niger ?
Pour le Niger, la dynamique continentale autour des minéraux critiques représente un enjeu majeur. Pays historiquement reconnu pour ses ressources en uranium, le Niger dispose également de gisements de pétrole, d’or et d’autres minerais encore insuffisamment valorisés.
Dans un contexte de recomposition des partenariats internationaux et de volonté affirmée de souveraineté économique, Niamey pourrait tirer profit de la hausse mondiale de la demande en matières premières stratégiques. Mais au-delà de l’extraction, le véritable défi consiste à développer des unités locales de transformation afin de créer davantage d’emplois qualifiés et d’augmenter les recettes nationales.
La question centrale reste donc la suivante : comment convertir la richesse du sous-sol nigérien en prospérité tangible pour la population ? Les investissements structurants, la formation technique, l’amélioration du climat des affaires et la meilleure gouvernance seront déterminants.
Car si les milliards dorment encore sous terre, l’enjeu est désormais de les transformer en emplois durables, en infrastructures et en développement réel pour le Niger.
En somme, la richesse du sous-sol africain ne fait aucun doute. Le véritable défi consiste à transformer ce capital naturel en prospérité durable, en compétences locales et en emplois qualifiés.




