Niger : le gouvernement en mission d’urgence face à la crise agricole à Tillabéri (2026) - Journal du Niger



Niger : le gouvernement en mission d’urgence face à la crise agricole à Tillabéri (2026)

Le ministre nigérien de l’Agriculture et de l’Élevage, Bilaly Elhadj Gambobo, a achevé jeudi 15 octobre 2026 une étape régionale…

Le ministre nigérien de l’Agriculture et de l’Élevage, Bilaly Elhadj Gambobo, a achevé jeudi 15 octobre 2026 une étape régionale de contrôle de la campagne agro-pastorale 2026. Son passage à Tillabéri a révélé un double défi : des récoltes insuffisantes dans plusieurs localités et des infrastructures de production qui tardent à suivre le rythme des besoins.

Cette inspection fait suite à des visites conduites à Agadez, Tahoua et Niamey. Elle prend une portée particulière dans un contexte national difficile : les résultats définitifs de la campagne 2025-2026 font état d’une baisse de 10,7 % de la production agricole par rapport à l’exercice précédent, avec des pertes marquées dans l’ouest du pays.

Ministère de l'Agriculture et de l'Elevage MAGEL
© Ministère de l'Agriculture et de l'Elevage MAGEL
Une récolte qui ne rassure pas

Dès son arrivée près de Tillabéri, le ministre a écouté les représentants d’une communauté agricole. Leur constat est sans ambiguïté : les rendements n’ont pas atteint les espérances des producteurs. Les doléances portent principalement sur l’accès aux semences et aux outils permettant de préparer les champs.

Face à ces demandes, Bilaly Elhadj Gambobo a annoncé un examen cas par cas des difficultés rencontrées. L’objectif affiché consiste à identifier des mesures d’accompagnement capables de réduire l’impact du déficit de production. Cette promesse intervient alors que la région figure parmi les zones les plus affectées par le recul des rendements au niveau national.

Ministère de l'Agriculture et de l'Elevage MAGEL
© Ministère de l'Agriculture et de l'Elevage MAGEL
L’eau, levier d’une relance

La délégation ministérielle a ensuite inspecté le périmètre irrigué de Toula, un aménagement vieux de cinquante ans aujourd’hui en cours de modernisation. L’ONAHA pilote les travaux, évalués à 2 milliards de francs CFA.

Le programme prévoit la consolidation des digues de protection, la remise à niveau des canaux d’irrigation et du réseau de drainage, la réfection des équipements, ainsi que l’aménagement de 4,43 hectares supplémentaires. Le nivellement des parcelles et la création de voies d’accès complètent le dispositif.

Le ministre a exhorté les équipes techniques à gagner en rapidité. Pour les producteurs de la zone, l’enjeu est concret : disposer d’eau maîtrisée, de parcelles exploitables et d’infrastructures fiables afin de réduire la dépendance aux aléas climatiques.

Ministère de l'Agriculture et de l'Elevage MAGEL
© Ministère de l'Agriculture et de l'Elevage MAGEL
Un élevage exposé au déficit fourrager

À la Direction régionale de l’Élevage, l’attention s’est portée sur une parcelle expérimentale de Maralfafa, une plante fourragère destinée à l’alimentation du bétail. Le ministre a plaidé pour une diffusion plus large de cette ressource, notamment par la distribution de boutures et la constitution d’un répertoire des producteurs dans la région.

Cette orientation répond à une pression croissante sur les parcours. Le bilan fourrager national a reculé de plus de 23 % par rapport à la campagne précédente, sous l’effet de précipitations insuffisantes et d’un accès limité à certaines zones de pâturage. Cette situation fragilise la santé animale et prolonge la période de soudure dans les communautés pastorales.

La visite a aussi mis en évidence des carences institutionnelles. Le site d’expérimentation souffre d’une installation électrique hors service, malgré l’implication de partenaires. Par ailleurs, l’Agence pour la promotion du conseil agricole ne dispose pas d’effectifs suffisants pour assumer ses missions de conseil, de contrôle qualité et de suivi.

Ministère de l'Agriculture et de l'Elevage MAGEL
© Ministère de l'Agriculture et de l'Elevage MAGEL
Des stocks en deçà des besoins

Au magasin central de la CAIMA, l’écart entre l’offre et la demande illustre l’ampleur du défi. La structure a reçu 6 280 tonnes d’intrants, alors que les besoins régionaux sont évalués à 16 000 tonnes. Ces produits sont acheminés vers 19 points de vente répartis dans la région. Le ministre a demandé une allocation prioritaire des disponibilités vers les localités les plus exposées. Cette consigne vise à éviter que les zones les plus vulnérables ne restent sans semences, engrais ou équipements au moment où elles en ont le plus besoin.

Les Directions régionales de l’Agriculture et du Génie rural bénéficient désormais de locaux neufs. Leur efficacité dépend toutefois encore du renforcement des équipes et de la dotation en moyens logistiques. À l’issue de cette tournée, le gouvernement affiche une volonté de corriger les faiblesses structurelles du système agricole. La réussite de cette stratégie reposera désormais sur la rapidité d’exécution des chantiers, la disponibilité effective des intrants et la capacité des services techniques à accompagner les producteurs sur le terrain.

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