Uranium au Niger : Orano propose un dialogue après la nationalisation de la Somaïr - Journal du Niger



Uranium au Niger : Orano propose un dialogue après la nationalisation de la Somaïr

Le bras de fer autour de l’uranium nigérien pourrait-il laisser place à des discussions ? Plusieurs mois après d'agitation, le…

Le bras de fer autour de l’uranium nigérien pourrait-il laisser place à des discussions ? Plusieurs mois après d’agitation, le groupe français Orano affirme vouloir ouvrir la voie à une « solution négociée » avec les autorités militaires au pouvoir à Niamey.

Lors de la présentation de ses résultats annuels, son directeur général, Nicolas Maes, a plaidé pour un dialogue direct. Selon lui, « la meilleure issue pour le Niger, pour nous et pour les mines, c’est une solution négociée ». Une déclaration qui marque une volonté d’apaisement, même si les positions restent éloignées.

 

Un différend né dans un contexte politique tendu

Depuis l’arrivée au pouvoir du Conseil National pour la Sauvegarde de la Patrie (CNSP), les relations entre le Niger et la France se sont considérablement dégradées. En juin 2024, les autorités nigériennes ont officialisé la nationalisation de la Société des mines de l’Aïr (Somaïr), dont Orano détenait la majorité des parts.

Pour les nouvelles autorités, cette décision s’inscrit dans une logique de souveraineté économique et de reprise en main des ressources stratégiques. L’uranium représente en effet un levier majeur pour les finances publiques nigériennes et un symbole fort dans le débat sur la gestion des richesses nationales.

 

Les stocks d’uranium au cœur du contentieux

Le principal point de friction concerne les volumes d’uranium extraits avant et après le changement de régime. Le général Abdourahamane Tiani a récemment indiqué que la part correspondant aux quantités produites avant le 26 juillet 2023 — estimées à environ une centaine de tonnes — pourrait être transférée à Orano.

En revanche, il a clairement affirmé que toute production réalisée après cette date « est nigérienne et restera nigérienne ». Une position qui illustre la ligne défendue par Niamey : sécuriser les ressources postérieures au coup d’État et affirmer la pleine propriété nationale sur ces stocks.

De son côté, Orano évalue à près de 300 millions d’euros la valeur des stocks concernés et a engagé plusieurs procédures d’arbitrage international afin de contester la nationalisation et préserver ses intérêts financiers.

 

Un retour en arrière peu probable

Le directeur général d’Orano reconnaît toutefois qu’un simple retour aux anciennes conditions d’exploitation paraît difficile. Les équilibres politiques et économiques ont changé. Pour le groupe français, l’enjeu n’est plus seulement de récupérer des actifs, mais de clarifier les droits sur la production passée et d’envisager l’avenir technique des sites miniers.

À Arlit, dans le nord du pays, l’activité minière structure l’économie locale depuis des décennies. Toute incertitude prolongée pourrait peser sur l’emploi, les sous-traitants et les recettes publiques.

 

Un enjeu stratégique des deux côtés

Le Niger figure parmi les producteurs importants d’uranium en Afrique. Cette ressource est essentielle pour l’économie nationale, mais aussi pour la France, dont le parc nucléaire dépend en partie de l’approvisionnement extérieur.

Au-delà du différend juridique, la question est donc éminemment stratégique. Elle touche à la souveraineté énergétique, aux relations diplomatiques et à la stabilité économique d’une région déjà fragilisée.

À ce stade, aucune annonce officielle ne confirme l’ouverture de négociations formelles. Mais la déclaration d’Orano laisse entrevoir une possible phase de discussions. Reste à savoir si Niamey acceptera de s’asseoir à la table des négociations et sous quelles conditions.

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