African Mining Week : le grand repositionnement du continent - Journal du Niger

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African Mining Week : le grand repositionnement du continent

À l’heure où la planète accélère sa transition énergétique et numérique, l’Afrique s’impose comme un acteur incontournable du nouvel échiquier…

À l’heure où la planète accélère sa transition énergétique et numérique, l’Afrique s’impose comme un acteur incontournable du nouvel échiquier mondial des ressources naturelles. Derrière les discours diplomatiques et les visites d’État se joue une bataille plus silencieuse : celle des métaux stratégiques.

En octobre 2026, la ville du Cap accueillera l’édition 2026 de l’African Mining Week (AMW), organisée par Energy Capital & Power. Mais bien avant ce rendez-vous continental, les ministres africains des Mines ont déjà tracé les grandes lignes d’une nouvelle ambition : transformer la richesse du sous-sol africain en moteur d’industrialisation.

Une ruée mondiale vers les minéraux stratégiques

La demande mondiale en minéraux dits « critiques » – indispensables aux batteries, aux énergies renouvelables ou encore aux technologies de pointe – pourrait être multipliée par quatre d’ici 2040. Dans ce contexte, l’Afrique détient des atouts majeurs.

Le continent concentre les plus grandes réserves mondiales de platine, de chrome et de manganèse. Il demeure également un poids lourd de l’or et du diamant. Cette abondance place plusieurs pays africains au centre des stratégies d’approvisionnement des grandes puissances économiques.

Mais un consensus émerge désormais chez les dirigeants africains : exporter des matières brutes ne suffit plus.

Cap sur la transformation locale.

De la République démocratique du Congo à l’Ouganda, en passant par le Libéria, le Soudan du Sud ou encore l’Égypte, le mot d’ordre est clair : attirer des capitaux, oui, mais pour développer des chaînes de valeur complètes.

En RDC, le ministre Louis Watum Kabamba ne cache plus ses exigences. Avec un trésor de guerre évalué à 24 000 milliards de dollars de ressources encore sous terre, Kinshasa veut transformer son fer en acier sur son propre sol. L’idée est de créer des zones économiques spéciales pour que la richesse profite d’abord à l’emploi local.

En Ouganda, Agnès Alaba, commissaire aux mines, est catégorique : Kampala ne veut plus d’exportateur de la roche brute. Le pays mise sur le graphite et les terres rares, mais exige que la transformation se fasse à domicile.

 

Sortir de l’ombre : cartographie et réformes

Pour d’autres nations, l’effort porte sur la cartographie géologique afin de mieux connaître le potentiel réel du pays et de rassurer les investisseurs.

  • Au Libéria : le gouvernement mobilise des experts en géocartographie pour connaître précisément son sous-sol et mieux négocier face aux multinationales.
  • En Centrafrique : le ministre Rufin Benam-Beltoungou mène une profonde réforme du Code minier. Avec 570 gisements répertoriés (cobalt, cuivre, lithium) mais encore largement artisanaux, la RCA veut s’industrialiser pour sortir de la précarité.
  • Au Soudan du Sud : traditionnellement dépendant du pétrole, Juba accélère ses prospections minières pour diversifier une économie trop fragile.

La carte de l’union régionale

Face à la pression des marchés mondiaux, l’heure est à la solidarité entre voisins. L’Égypte renforce ses liens régionaux pour le phosphate et l’or, tandis que le Kenya, par la voix de son ministre Hassan Ali Joho, mise sur le transfert de technologies et le partage de compétences avec ses pairs africains.

Partout, la même logique s’impose : renforcer les cadres réglementaires, moderniser les données géoscientifiques, structurer les filières et former une main-d’œuvre qualifiée.

 

Une compétition géopolitique assumée

Cette montée en puissance intervient alors que les États-Unis, la Chine et l’Union européenne multiplient les accords bilatéraux pour sécuriser leurs approvisionnements. Les pays africains veulent désormais négocier en position de force.

L’AMW 2026 ambitionne ainsi de servir de passerelle entre projets africains et investisseurs internationaux, tout en promouvant une industrialisation durable.

Et le Niger dans cette nouvelle équation ?

Pour le Niger, ces discussions continentales résonnent avec une actualité stratégique. Longtemps identifié à son uranium, le pays cherche à diversifier et à mieux valoriser l’ensemble de ses ressources minières.

Dans un contexte de recomposition des partenariats internationaux et d’affirmation de souveraineté économique, Niamey pourrait tirer profit de cette nouvelle dynamique africaine. Mais le défi reste immense : transformer les richesses du sous-sol en emplois durables, en infrastructures modernes et en recettes publiques stables.

La question dépasse donc la simple extraction. Elle touche à la formation, au transfert de technologies, à la transparence dans la gestion des revenus et à la création d’industries locales.

Vers une nouvelle ère minière africaine ?

L’enjeu pour 2026 n’est pas seulement d’attirer des investisseurs. Il s’agit surtout de redéfinir la place de l’Afrique dans l’économie mondiale : passer du statut de fournisseur de matières premières à celui d’acteur industriel stratégique.

Si les engagements politiques se traduisent en réformes concrètes et en partenariats équilibrés, le secteur minier pourrait devenir l’un des piliers de la transformation économique du continent – et une opportunité historique pour des pays comme le Niger.

En somme, l’African Mining Week 2026 se tiendra au Cap du 12 au 16 octobre, en parallèle de l’African Energy Week. Plus qu’un salon, elle s’annonce comme le théâtre d’une nouvelle diplomatie minière où l’Afrique entend imposer ses règles : investir dans l’exploration, certes, mais surtout dans les infrastructures et le capital humain.

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