NIAMEY, 17 septembre 2026 — La construction de l’espace AES entre dans une nouvelle phase avec l’ouverture, à Niamey, de deux ateliers consacrés au travail et à la protection sociale. Du 17 au 24 septembre, des experts du Burkina Faso, du Mali et du Niger travaillent à l’élaboration de règles communes pour encadrer l’embauche des travailleurs migrants. En parallèle, du 17 au 21 septembre, une autre équipe prépare un projet de convention destiné à faciliter la continuité des prestations sociales pour les travailleurs qui passent d’un pays à l’autre.
Derrière ces deux chantiers se trouve une question très concrète : que devient un travailleur lorsqu’il change de pays tout en restant dans le même espace régional ? Les discussions de Niamey cherchent précisément à apporter une réponse commune à cette mobilité croissante.
Transformer la mobilité en droits effectifs
La circulation de la main-d’œuvre entre le Niger, le Mali et le Burkina Faso ne relève plus seulement des échanges économiques. Elle pose aussi des questions administratives et sociales : conditions d’embauche, accès aux droits, prestations acquises et protection des familles.
L’un des ateliers doit donc aboutir à un guide commun sur les bonnes pratiques en matière de recrutement des travailleurs migrants. Les participants doivent également préparer un guide pratique du travailleur migrant, destiné à mieux informer les personnes qui exercent une activité professionnelle dans un autre pays de l’espace AES. L’objectif consiste à rendre les règles plus lisibles et à limiter les difficultés qu’un travailleur peut rencontrer lorsqu’il franchit une frontière pour chercher un emploi.
Le second atelier s’attaque à une question encore plus sensible : la portabilité des prestations sociales. Concrètement, les experts examinent les conditions nécessaires pour permettre à un travailleur de conserver ses droits sociaux lorsqu’il exerce successivement dans plusieurs pays membres. Une telle approche pourrait notamment faciliter la prise en compte des périodes de travail effectuées dans différents systèmes nationaux, sous réserve des mécanismes qui seront retenus dans la future convention.
Cette question dépasse le seul intérêt des salariés. Elle concerne aussi leurs familles et, plus largement, la capacité des États à assurer une protection sociale cohérente dans un espace où les parcours professionnels peuvent devenir plus transfrontaliers.
Une intégration qui se construit aussi par le droit du travail
La cérémonie d’ouverture s’est tenue sous la présidence du secrétaire général du ministère nigérien de la Fonction publique, du Travail et de l’Emploi, représentant la ministre Aïssatou Abdoulaye Tondi.
Les délégations réunissent des responsables des structures nationales chargées de l’AES, des cadres des administrations du travail, des dirigeants d’organismes sous tutelle, ainsi que des représentants d’organisations internationales et des organisations d’employeurs et de travailleurs.
Cette diversité des participants traduit l’ampleur du chantier. Harmoniser les pratiques ne dépend pas uniquement des administrations centrales : la mise en œuvre concernera également les entreprises, les organismes sociaux et les travailleurs eux-mêmes.
Depuis la création de l’Alliance des États du Sahel le 16 septembre 2023, le Burkina Faso, le Mali et le Niger ont progressivement élargi leur coopération à différents secteurs. La signature du traité instituant la Confédération des États du Sahel, à Niamey le 6 juillet 2024, a ensuite donné un cadre institutionnel supplémentaire à cette dynamique.
Le volet social constitue désormais l’un des tests pratiques de cette intégration. Une coopération régionale peut en effet produire des effets tangibles pour les populations seulement lorsque les engagements politiques débouchent sur des procédures utilisables au quotidien.
Le chantier ouvert cette semaine à Niamey vise précisément cette étape : définir des outils suffisamment clairs pour accompagner les travailleurs et suffisamment compatibles pour rapprocher les systèmes des trois pays.
Les recommandations attendues en fin de travaux
À l’issue des ateliers, les participants doivent formuler des recommandations sur l’embauche des travailleurs migrants et finaliser les bases du projet de convention sur la portabilité des prestations sociales.
Pour les pays de l’AES, l’enjeu sera ensuite de transformer ces propositions en dispositifs applicables. La réussite de cette démarche dépendra notamment de l’adoption des textes, de leur coordination entre administrations et de leur capacité à protéger effectivement les droits acquis.
À Niamey, l’intégration régionale se joue donc aussi sur un terrain moins visible que la coopération politique ou sécuritaire : celui du contrat de travail, de la couverture sociale et des droits des personnes qui vivent et travaillent de part et d’autre des frontières.