À Lomé, les douaniers nigériens et togolais travaillent depuis le 28 septembre sur une même question : comment repérer une fraude avant qu’elle ne franchisse la frontière ? Jusqu’au 7 octobre 2026, les deux administrations affinent leurs outils de gestion des risques et renforcent leurs compétences en analyse de données, avec l’appui du Mécanisme de l’Accord sur la facilitation des échanges de l’OMC (TFAF) et la collaboration de l’Organisation mondiale des douanes (OMD).
La rencontre illustre une coopération Sud-Sud, dans laquelle le Togo partage son expérience opérationnelle avec le Niger, tandis que les deux pays cherchent à moderniser des méthodes de contrôle longtemps fondées sur l’inspection systématique.
Pour la Direction générale des Douanes du Niger, l’enjeu est de faire évoluer son mode de contrôle. Ainsi, l’administration entend abandonner progressivement les vérifications généralisées au profit d’un ciblage fondé sur le renseignement, le profilage des risques et l’exploitation des données disponibles.
Cette bascule répond à une réalité partagée par de nombreuses douanes africaines : les réseaux de fraude s’adaptent vite, utilisent des circuits complexes et exploitent les failles procédurales. En effet, un contrôle aléatoire ou exhaustif mobilise des moyens considérables sans garantir de meilleurs résultats. À l’inverse, une analyse fine des flux permet de concentrer les inspections sur les opérations présentant les signaux les plus préoccupants.
L’Accord sur la facilitation des échanges de l’OMC encourage précisément cette approche. Il vise à accélérer la circulation, la mainlevée et le dédouanement des marchandises, tout en renforçant la coopération entre administrations douanières.
Le Niger a dépêché à Lomé une délégation dirigée par le colonel Rabiou Gouzaye, directeur des Enquêtes douanières, du Renseignement et de l’Analyse des risques (DED/RAR). Ce choix n’a rien d’anodin : la structure qu’il dirige se trouve au cœur de la stratégie nigérienne de lutte contre la fraude et les infractions connexes.
À Lomé, l’équipe nigérienne a échangé avec le Commissariat des Douanes et Droits indirects de l’Office togolais des recettes (OTR). Les discussions ont porté sur les méthodes d’identification des risques, le traitement des alertes, la constitution de profils de fraudeurs ainsi que l’utilisation des données pour orienter les contrôles.
La session se déroule en deux temps. Du 28 septembre au 2 octobre, les cadres des deux administrations ont examiné la finalisation des instruments de gestion des risques. Cette phase visait à donner aux décideurs et aux responsables opérationnels une vision commune des procédures, des indicateurs et des responsabilités.
La seconde phase, en cours jusqu’au 7 octobre, réunit désormais les informaticiens et analystes de données togolais et nigériens. Ce choix traduit une conviction croissante au sein des administrations douanières : la performance ne dépend pas seulement des textes ou des effectifs, mais aussi de la capacité à transformer les données brutes en informations exploitables sur le terrain.
Par ailleurs, le Togo est un partenaire expérimenté dans ce domaine. L’OTR a déjà engagé des travaux pour rationaliser le dédouanement, notamment au port autonome et à l’aéroport international de Lomé, tout en réduisant les inspections physiques grâce à des mécanismes numériques de gestion des risques.
Pour Niamey, l’expérience togolaise offre un modèle directement transposable dans un contexte régional marqué par des flux commerciaux intenses et des défis sécuritaires persistants. En outre, le Niger avait fixé au 31 décembre 2027 l’échéance de mise en œuvre de l’article 7.4 de l’Accord de l’OMC, consacré à la gestion des risques douaniers. Avec cette formation, il sera fin prêt pour l’application de cet accord.
Un enjeu de recettes et de confiance
De plus, la formation engage des intérêts économiques majeurs. Un contrôle mieux ciblé peut réduire les délais et les coûts pour les opérateurs économiques, tout en préservant les recettes publiques et en renforçant la détection des fraudes.
Pour le Niger comme pour le Togo, la réussite se mesurera après la clôture de la session : outils réellement déployés, données régulièrement exploitées et agents capables d’anticiper les schémas de fraude. À Lomé, les deux administrations posent les fondations d’une coopération qui pourrait devenir un exemple régional de modernisation douanière portée par les Africains eux-mêmes.
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