Une entrepreneure installée à Niamey affirme que la justice l’a relaxée après près de quatre mois de détention, avant que les autorités ne la conduisent au centre de transit de Hamdallaye. Dans une déclaration rendue publique le 7 octobre, elle demande à retrouver ses enfants, à reprendre la gestion de ses activités et à obtenir des clarifications sur sa situation administrative.
Nuemo Kayo Virginie, alias Nina, d’origine camerounaise, gérante de l’établissement Nina Spa à Niamey situé à Chateau 1, virage de Baaklini en face de la fondation M. Issoufou, affirme que la justice l’a relaxée le 3 octobre 2026 après près de quatre mois de détention. Elle soutient également qu’aucun tribunal ne l’a condamnée. Selon son récit, sa libération n’a pourtant pas permis son retour à domicile. Les forces de l’ordre l’auraient contrainte à signer rapidement un document sans lui laisser le temps de le lire, avant de la conduire sur le site de Hamdallaye, près de Niamey.
Elle affirme que les agents la maintiennent sous surveillance et limitent ses déplacements, alors qu’elle conteste fermement un statut de migrante en situation irrégulière. Nina assure détruire toutes les réserves en présentant un passeport valide, un titre de séjour et un acte de mariage célébré avec un citoyen nigérien — des pièces qu’elle a publiées à l’appui de ses déclarations.
Le site de Hamdallaye accueille notamment des réfugiés que les humanitaires ont évacués de Libye, ainsi que des migrants transférés depuis Niamey. Le Haut-Commissariat des Nations unies pour les réfugiés (HCR) rappelle qu’il a créé ce centre de transit en 2017 afin de prendre en charge des personnes vulnérables, en collaboration avec les autorités et divers partenaires.
La gérante explique que ses difficultés ont débuté un dimanche pendant son absence. Deux femmes sont entrées dans son salon de coiffure et d’esthétique et ont provoqué un incident. Le lendemain, des forces de l’ordre ont mené une perquisition à son domicile, alors qu’elle se trouvait toujours en déplacement. Nina affirme que des individus ont pénétré dans sa chambre après avoir recouvert ses caméras de surveillance.
Elle assure avoir suivi une partie de l’intervention en direct grâce au flux vidéo transmis sur son téléphone portable. Les autorités devront toutefois vérifier ces allégations par des éléments matériels et, le cas échéant, au cours d’une procédure judiciaire contradictoire.
Des mineures au cœur du témoignage
Nina affirme que les forces de l’ordre ont interpellé ses deux filles, âgées de 11 et 14 ans. La police aurait gardé l’aînée en cellule du lundi au jeudi parce qu’elle déclarait ne pas posséder les clés de la chambre de sa mère.
La requérante assure que l’adolescente disait vrai, puisqu’elle-même avait emporté les clés pendant son voyage. Elle ajoute aussi que sa fille garde des blessures au dos suite à cette garde à vue. Les agents auraient également retenu la cadette avant de la relâcher tard dans la nuit. Ils ont aussi interpellé son époux et la nounou de la famille.
Ces accusations soulèvent des questions sensibles sur les conditions d’interpellation des mineurs, leur maintien en cellule et le respect de leurs droits fondamentaux. Elles exigent des éclaircissements officiels de la part des services compétents ainsi qu’une vérification indépendante des faits.
Un commerce scellé et 17 emplois menacés
Inauguré il y a trois ans et demi, Nina Spa emploie 17 personnes, dont des esthéticiennes, des cuisiniers, des blanchisseurs et des agents d’entretien. Nina indique qu’elle utilise des produits naturels et qu’elle détient plusieurs qualifications en massage thérapeutique, en cosmétique et en arts culinaires. Elle décrit son établissement comme un salon mixte et familial.
Depuis l’arrestation de sa gérante, les autorités maintiennent le domicile et l’entreprise sous scellés. Nina souligne que cette fermeture soudaine prive ses salariés de revenus et fragilise ses engagements financiers envers ses bailleurs.
Au-delà de ce cas individuel, ce témoignage met en lumière les répercussions économiques immédiates qu’une fermeture administrative ou judiciaire provoque chez une TPE : rupture de revenus, perte de clientèle, impayés et précarisation des employés.
Nina affirme qu’elle n’a pas pu revoir ses deux filles depuis son transfert à Hamdallaye. Une amie de la famille héberge actuellement les enfants à Niamey, le domicile familial restant inaccessible. Elle rappelle qu’elle figure comme la seule figure parentale sur les actes de naissance de ses filles et précise que ces dernières poursuivent leur scolarité à Niamey, en classes de seconde et de sixième.
Dans son appel aux autorités et à l’opinion publique, l’entrepreneure réclame prioritairement le droit de retrouver ses enfants et de reprendre la gestion de ses affaires. Elle confie qu’elle ne souhaite plus résider au Niger par crainte pour sa sécurité, après trois ans et demi d’installation.
Des zones d’ombre en attente de réponses
À ce stade, ce témoignage unilatéral ne permet pas de déterminer les motifs initiaux de l’interpellation, les bases juridiques de la détention, ni les raisons du transfert vers le centre de Hamdallaye. Les autorités n’ont pas encore précisé les décisions de justice ni les éventuels arrêtés administratifs pris à son encontre.
Pour apporter un éclairage complet sur cette affaire, les services compétents doivent répondre à plusieurs questions clés :
Quels motifs précis ont justifié l’interpellation de l’intéressée, de son époux, de la nounou et des deux mineures ?
Quel est le statut juridique exact de la procédure qui a conduit à sa détention puis à la décision de relaxe évoquée ?
Sur quel fondement légal repose le transfert et le maintien de la gérante sur le site de Hamdallaye ?
Quelle est la situation administrative réelle de son titre de séjour, de son acte de mariage et de ses pièces d’identité ?
Quelles mesures de protection et d’accompagnement les services sociaux prévoient-ils pour les deux enfants mineures ?
Quelles garanties les autorités accordent-elles à l’intéressée pour consulter un avocat, contester les décisions prises et recouvrer ses biens personnels ?
Dans l’attente de ces explications officielles, Nina déplore avoir perdu, en l’espace de quelques mois, sa liberté de mouvement, son outil de travail et la proximité de ses enfants.
Dans l’attente de ces explications officielles, cette affaire interpelle directement les institutions de la République. Dans un État de droit, les procédures administratives et judiciaires doivent obligatoirement s’exercer dans le respect strict des libertés fondamentales et des droits de la défense.
Il incombe désormais aux autorités judiciaires de faire toute la lumière sur ce dossier, d’éclaircir les conditions d’intervention des services de sécurité et de garantir qu’aucune décision ne soit prise en dehors du cadre légal.
Enfin, face à la gravité des accusations et au sentiment d’insécurité exprimé par l’intéressée, la priorité absolue des autorités doit être d’assurer la protection physique et morale de Nina, afin que sa vie et celle de ses enfants ne soient à aucun moment mises en danger.
Affaire à suivre…
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