Niger : lancement des collèges scientifiques - Journal du Niger

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Niger : lancement des collèges scientifiques

Le Premier ministre Ali Mahamane Lamine Zeine a lancé, le samedi 2 mai, le chantier de nouveaux collèges scientifiques à…

Le Premier ministre Ali Mahamane Lamine Zeine a lancé, le samedi 2 mai, le chantier de nouveaux collèges scientifiques à travers le pays. Entre chiffres d’excellence vertigineux et volonté de souveraineté, le gouvernement tente de transformer le système éducatif en un véritable moteur de développement.

C’est une petite truelle d’argent, mais une grande ambition politique. Sous le soleil déjà haut de Niamey, le Premier ministre nigérien, Ali Mahamane Lamine Zeine, a posé, samedi dernier, la première pierre de ce qui doit devenir l’un des piliers de la « refondation » du pays : les nouveaux collèges scientifiques nationaux. L’événement, entouré d’une pompe solennelle, n’était pas seulement une affaire de béton et de parpaings. En présence des hauts dignitaires du Conseil national pour la sauvegarde de la patrie (CNSP) et de la ministre de l’Éducation, le Dr Elisabeth Shérif, il s’agissait de tracer la frontière entre le Niger d’hier et celui que le général d’armée Abdourahamane Tiani appelle de ses vœux.

Ministère de l’Education Nationale Officiel
© Ministère de l’Education Nationale Officiel

Collèges scientifiques : l’obsession de la souveraineté par le savoir

Pour les autorités nigériennes, le constat est sans équivoque : un pays ne peut prétendre à une souveraineté réelle sans une maîtrise endogène des sciences et des technologies. Ce déploiement d’infrastructures à Niamey, mais aussi à Tahoua et Zinder, vise à extraire la « substantifique moelle » de la jeunesse nigérienne pour la préparer aux défis industriels et énergétiques de la sous-région.

« Nous ne construisons pas seulement des salles de classe, nous bâtissons le cadre d’émergence d’une élite capable de piloter notre progrès sans béquilles extérieures », a martelé le Premier ministre lors de son allocution.

Ce discours, qui résonne avec la ligne souverainiste de l’Alliance des États du Sahel (AES), place l’éducation au cœur de la résilience nationale.

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Le « laboratoire » de Niamey : des résultats qui défient les moyennes

En effet, l’initiative ne part pas d’une page blanche. Le projet s’appuie sur les succès spectaculaires du Collège scientifique de Niamey, devenu en quelques mois le navire amiral de cette politique. Les données académiques révélées lors de la cérémonie ont de quoi faire pâlir les meilleurs établissements privés du continent.

En effet, pour l’année scolaire 2024-2025, la classe de 6e a affiché une moyenne générale de 16,77/20. Un chiffre qui ne reflète qu’en partie la densité de l’excellence : sur une promotion, 30 élèves ont dépassé la barre des 18/20 de moyenne annuelle. De plus, le premier semestre de l’année en cours (2025-2026) confirme cette trajectoire avec 40 élèves de 5ᵉ atteignant ou dépassant les 18/20.

Ministère de l’Education Nationale Officiel
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Tableau des performances (Classe de 5e – 1er Semestre 2025-2026) :

Tranche de moyenne Nombre d’élèves
Moyenne ≥ 19 02
18 ≤ M < 19 38
17 ≤ M < 18 48
16 ≤ M < 17 35
Moyenne < 14 01

Ces scores, que d’aucuns jugeraient inaccessibles, sont ici présentés comme le fruit d’une discipline de fer et d’une sélection rigoureuse. Au Niger, l’excellence n’est plus une option, elle devient aussi un devoir patriotique.

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Transparence et méritocratie : le nouveau dogme

L’un des aspects les plus marquants de ce projet est l’insistance des autorités sur les valeurs de « transparence » et d’« intégrité ». Dans un pays où le système éducatif a longtemps souffert de disparités et de manque de moyens, le gouvernement veut faire de ces collèges des sanctuaires de la méritocratie. Ainsi, l’objectif est de démontrer que l’ascenseur social fonctionne par le talent seul, loin des réseaux d’influence traditionnels.

La ministre de l’Éducation, le Dr Elisabeth Shérif, a d’ailleurs insisté sur la modernisation des méthodes d’apprentissage. Ainsi, ces nouveaux collèges seront dotés de laboratoires équipés et de supports numériques, un luxe nécessaire pour transformer des boursiers méritants en ingénieurs, agronomes ou techniciens de haut vol.

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Collèges scientifiques : les défis de l’après-chantier

Toutefois, si la pose de la première pierre suscite l’enthousiasme, les observateurs du secteur de l’éducation s’interrogent sur la pérennité de ce modèle à grande échelle. Le Niger, confronté à une démographie galopante et à des impératifs sécuritaires budgétivores, pourra-t-il maintenir ce niveau d’investissement pour l’ensemble de sa jeunesse ?

« Créer des pôles d’excellence est une excellente chose pour former les cadres », nuance un expert en politiques éducatives basé à Niamey. « Mais le défi sera de s’assurer que ces collèges ne deviennent pas des îlots isolés dans un océan de précarité scolaire. »

En définitive, le gouvernement affiche sa détermination à hisser l’éducation nationale au rang d’excellence sur le continent. En mobilisant les acteurs du secteur autour de cette dynamique, le Premier ministre Ali Mahamane Lamine Zeine engage un pari majeur pour l’avenir du pays. Car, au-delà des bâtiments, c’est la capacité du Niger à s’autosuffire intellectuellement qui est en jeu. En attendant, les futurs collèges scientifiques de Tahoua et Zinder promettent déjà d’être les nouveaux foyers d’une jeunesse nigérienne qui, calculatrice en main, entend bien redéfinir son destin.

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