Biométrie, charbon géant et encadrement des loyers : le dernier Conseil des ministres nigérien, tenu sous la houlette du Général d’Armée Abdourahamane Tiani, a accouché d’une batterie de réformes destinées à refonder l’État. Décryptage d’une stratégie qui mêle sécurité de fer et relance économique.
À Niamey, le ton est à la rupture. Loin des simples ajustements techniques, le Conseil des ministres du 22 avril 2026 a dessiné les contours d’un Niger nouveau, résolument tourné vers la maîtrise de ses ressources et de son identité. Sous l’autorité du général Tiani, le gouvernement de transition a activé plusieurs leviers stratégiques pour consolider ce qu’il nomme la « souveraineté nationale ».

Identité et armes : un verrouillage sécuritaire
Le premier volet de cette refondation est administratif. Constatant l’obsolescence des registres actuels, le pouvoir a adopté une refonte totale de l’état civil. Désormais, la biométrie devient la règle. Pour piloter cette mutation, l’Agence nationale de l’enregistrement et de l’identification des personnes physiques (ANEI) voit le jour. L’objectif est double : garantir une identité unique à chaque citoyen et, par extension, mieux contrôler les flux de population dans un contexte de menaces transfrontalières.
Parallèlement, et sans surprise, les autorités ont durci le cadre juridique relatif au port d’armes. Face à la criminalité organisée, le décret adopté vise à actualiser des textes devenus inadaptés à la réalité du terrain, renforçant ainsi le contrôle de l’État sur la circulation des armes à feu sur le territoire.

Énergie et mines : le pari du charbon de Salkadamna
C’est sans doute le volet le plus spectaculaire de cette session : l’attribution d’un permis d’exploitation pour le gisement de charbon de Salkadamna, dans la région de Tahoua. Confié à la société Wanda Group SA, ce projet pharaonique est estimé à 1,75 milliard de dollars.
Pour le Niger, l’enjeu dépasse la simple extraction minière. Il s’agit de produire de l’électricité à grande échelle afin de réduire la dépendance énergétique vis-à-vis des pays voisins, tout en créant des milliers d’emplois. Cette ambition est d’ailleurs inscrite dans un nouveau Code de l’électricité, qui ouvre désormais la voie aux financements privés et aux énergies renouvelables.

Social et foncier : l’État s’invite dans le quotidien des Nigériens
Sur le front intérieur, deux mesures phares pourraient changer la donne pour les ménages :
Le logement : le gouvernement a tranché la question sensible du foncier en reconnaissant officiellement la coexistence des droits écrits et coutumiers. Plus marquant encore, un décret fixe désormais les critères de tarification des loyers sur l’ensemble du territoire, une mesure attendue par les populations urbaines face à la flambée des prix.
La nationalité : pour faciliter la vie des administrés, le gouvernement a décentralisé la délivrance des certificats de nationalité au niveau des tribunaux d’instance et des arrondissements communaux. Une simplification administrative qui vise aussi à rapprocher l’État du citoyen.
Économie : protéger le « Made in Niger »
Enfin, le volet économique n’est pas en reste. Le Conseil a adopté une charte des PME/PMI et instauré un système de marquage des produits (importés comme locaux) afin de lutter contre la fraude et la contrebande. Pour stimuler l’investissement local, une Agence de promotion de l’actionnariat populaire (APAPEC) a été créée, prônant un modèle d’entrepreneuriat communautaire.
En multipliant les chantiers — de la réhabilitation des routes nationales (RN1, RN25) à la préparation de la Journée nationale de la Concorde —, le Conseil de transition semble vouloir démontrer que le temps de l’attentisme est révolu. Les autorités doivent désormais relever le défi de la mise en œuvre de ces réformes ambitieuses, dans un pays où les attentes sociales égalent aussi l’ampleur des chantiers qu’a ouverts le Général Tiani.




