Niger : l’INS remet un rapport sur l’accès des ménages aux TIC - Journal du Niger

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Niger : l’INS remet un rapport sur l’accès des ménages aux TIC

Sous les dorures ministérielles à Niamey, ce mercredi 13 mai 2026, une simple remise de document a pris les accents…

Sous les dorures ministérielles à Niamey, ce mercredi 13 mai 2026, une simple remise de document a pris les accents d’un tournant stratégique pour l’avenir du pays. L’Institut National de la Statistique (INS) a officiellement dévoilé sa grande enquête sur l’accès des ménages aux Technologies de l’Information et de la Communication (TIC). Si les chiffres témoignent d’une fulgurante appropriation du mobile, ils mettent aussi en lumière les profonds défis d’une transition numérique à deux vitesses.

 

Les flashs des photographes crépitent dans la salle de réunion du ministère. Sur la table, un document volumineux concentre tous les regards : le rapport d’analyse des données sur l’accès des ménages et des individus aux TIC. C’est M. Moussa Mamane Hassan, Directeur Général de l’INS, qui le remet en main propre, ce mercredi, à M. Adji Ali Salatou, ministre en charge de la Communication et des Nouvelles Technologies de l’Information.

Derrière le protocole, l’enjeu est immense. Pour l’INS, cette démarche va bien au-delà de la simple rigueur administrative. C’est l’affirmation d’un engagement constant à accompagner l’État dans l’élaboration et l’évaluation de ses politiques publiques. À l’heure où les décisions de développement exigent une précision chirurgicale, l’institut rappelle qu’aucune ambition nationale ne peut se passer de statistiques officielles fiables, pertinentes et conformes aux standards internationaux.

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© Ministère des TIC

Le mobile roi, Internet s’impose : la révolution silencieuse des ménages nigériens

Lorsque le Directeur Général de l’INS prend la parole pour détailler les conclusions de l’enquête, l’audience retient son souffle. Les données récoltées dessinent le portrait d’un Niger résolument connecté, où le téléphone portable est devenu le prolongement naturel du quotidien.

« Les résultats issus de cette enquête mettent en évidence des avancées significatives », se félicite M. Moussa Mamane Hassan.

Les chiffres parlent d’eux-mêmes, implacables : 84,2 % des ménages nigériens utilisent désormais un téléphone mobile. Plus impressionnant encore, 64,9 % d’entre eux disposent d’un accès à Internet. En zoomant sur la population des adultes et des jeunes de 15 ans et plus, le constat se précise : près de 39,5 % d’entre eux ont navigué sur la Toile au cours des trois derniers mois, et les deux tiers utilisent le téléphone mobile au quotidien.

Pour le patron de l’INS, cette dynamique ne laisse place à aucun doute : elle « confirme la place désormais centrale des TIC dans la vie économique et sociale de nos populations ». En quelques années, le numérique est passé du statut de luxe à celui d’outil de subsistance, de commerce et de lien social.

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Le spectre de la fracture numérique : de l’opulence de Niamey à l’isolement de Diffa

Cependant, le journalisme se nourrit autant des nuances que des grands succès. Et le rapport de l’INS n’occulte rien des zones d’ombre du paysage technologique nigérien. Derrière les moyennes nationales flatteuses se cachent de profondes disparités géographiques et économiques.

Le visage grave, M. Moussa Mamane Hassan invite l’assistance à regarder la réalité en face : « Ces progrès ne doivent pas occulter les défis encore persistants. Le rapport met en lumière des disparités importantes, notamment entre les régions et les milieux de résidence. »

Le grand écart est saisissant. Prenez l’usage d’Internet : il culmine à 63,5 % dans le confort urbain de la capitale, Niamey. Mais à l’autre bout du pays, dans la région de Diffa, ce taux s’effondre à un maigre 17,9 %. Une déconnexion qui isole des pans entiers de la population des opportunités économiques du web.

À cela s’ajoutent le coût et l’accès aux équipements lourds. Au plan national, la possession d’un ordinateur reste un fait marginal, pour ne pas dire exceptionnel : seuls 5,0 % des ménages en sont dotés. Une statistique qui illustre l’ampleur de la fracture numérique que le pays doit, collectivement, s’employer à réduire.

Cap sur la TNT et la Refondation : l’outil pragmatique du gouvernement

En réceptionnant le précieux document, le ministre Adji Ali Salatou n’a pas caché sa satisfaction. Après avoir chaleureusement félicité les équipes techniques pour la qualité de ce travail de haute volée, le pragmatisme a repris le dessus. Pour le gouvernement, ces statistiques ne vont pas dormir dans des tiroirs ; elles constituent le carburant de l’action publique.

« L’avantage de ce rapport, a expliqué le ministre, est qu’il conforte les dispositions ou prédispositions prises dans le cadre du programme de la refondation de la République, sous l’excellence du Président de la République. »

Mais le ministre est allé plus loin, ancrant les données de l’INS dans les préoccupations très concrètes des foyers nigériens. L’enquête a en effet intégré une attente majeure des populations : la Télévision Numérique Terrestre (TNT). Grâce à ces données chiffrées, les autorités savent désormais avec précision combien de ménages disposent de postes téléviseurs et, surtout, combien possèdent des appareils compatibles avec le basculement technologique imminent vers la TNT.

Pour M. Adji Ali Salatou, l’heure n’est plus aux approximations théoriques. Ce rapport permettra d’ajuster la trajectoire, d’affiner la Politique Nationale du Numérique 2021-2030 et de répondre rigoureusement aux indicateurs des Objectifs de Développement Durable (ODD).

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Les chantiers de l’avenir : inclure les jeunes et les femmes

La cérémonie s’est achevée sur une feuille de route claire, dictée par les conclusions mêmes de l’INS. Pour transformer l’essai de la transition numérique, le Niger va devoir accélérer le pas sur plusieurs fronts.

Le diagnostic final appelle à poursuivre et à intensifier les efforts. Les priorités sont désormais clairement identifiées :

  • Renforcer d’urgence les infrastructures numériques là où le réseau fait défaut ;
  • Améliorer l’accessibilité financière aux services de communication ;
  • Promouvoir activement l’équipement des ménages, notamment en terminaux et ordinateurs ;
  • Développer massivement les compétences numériques, avec une attention ciblée sur les jeunes, les femmes et les populations des zones rurales les moins bien desservies.

À Niamey, ce mercredi 13 mai, la science statistique a jeté une lumière crue sur le Niger d’aujourd’hui. Il appartient désormais aux décideurs politiques de s’en servir pour bâtir le Niger connecté de demain, plus inclusif, moderne et résilient.

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