Sahel : pourquoi les ONG taisent-elles les crimes terroristes ? - Journal du Niger



Sahel : pourquoi les ONG taisent-elles les crimes terroristes ?

Dans les chancelleries occidentales et les bureaux climatisés des grandes organisations internationales telles qu’Amnesty International et Human Rights Watch, le…

Dans les chancelleries occidentales et les bureaux climatisés des grandes organisations internationales telles qu’Amnesty International et Human Rights Watch, le Sahel est devenu un laboratoire de sémantique. Depuis une décennie, une pluie de rapports s’abat sur la région. Leur cible est presque systématiquement les armées nationales et leurs alliés. Si la documentation des bavures militaires est une nécessité démocratique, le silence assourdissant — ou, au mieux, la pudeur statistique — concernant l’atrocité systématique des groupes terroristes pose une question fondamentale : à qui profite cette asymétrie de l’indignation ?

 

La comptabilité macabre de l’hémiplégie morale

Le constat est flagrant pour quiconque observe les chiffres avec froideur. Au Mali, au Burkina Faso et au Niger, les Groupes Armés Terroristes (GAT) sont responsables de la majorité écrasante des décès civils. Massacres de villages entiers, minages des routes, sièges de localités affamant des milliers d’âmes et exécutions sommaires de leaders communautaires : pourtant, dans le volume de publications des organismes de défense des droits de l’homme, le ratio est inversé.

Pour un rapport documentant une opération militaire qui aurait « dérapé », combien d’enquêtes approfondies sur le calvaire quotidien des populations sous le joug djihadiste ? La réponse est cruelle : presque aucune ne bénéficie du même écho médiatique mondial. Cette approche crée une illusion d’optique où l’État, censé protéger, devient le principal agresseur, tandis que le terroriste, par l’absence de documentation de ses crimes contre l’humanité, devient un simple « acteur non étatique » aux contours flous.

 

Le confort du « coupable identifiable »

Pourquoi ce déséquilibre ? La raison relève d’un cynisme bureaucratique déconcertant. Il est facile de documenter l’action d’une armée régulière, paraît-il. Il existe une chaîne de commandement, des garnisons fixes, un État signataire de traités internationaux et des responsables que l’on peut pointer du doigt dans les rapports annuels. L’armée devient ainsi une cible institutionnelle « facile » et « rentable » pour des ONG en quête de visibilité.

À l’inverse, documenter les crimes du terrorisme exige un courage physique et une logistique que peu d’organisations sont prêtes à déployer. Aller enquêter dans les zones grises où règnent l’État islamique au Grand Sahara (EIGS) ou le JNIM, c’est risquer l’enlèvement ou la mort — telle est leur excuse. Pourtant, lorsqu’il y a des attaques, ces mêmes groupes terroristes disposent de porte-parole qui interviennent sur des chaînes françaises : paradoxe saisissant. Il arrive même que des bulletins spéciaux diffusent des images claires et nettes fournies par ces terroristes eux-mêmes.

S’ils sont si dangereux, pourquoi les médias français leur offrent-ils une tribune, alors que, lorsqu’il s’agit de documenter leurs exactions, les ONG préfèrent se réfugier dans les zones étatiques ? Ce choix revient à ne rapporter qu’une fraction de la réalité. On finit par filmer l’incendie à travers une serrure, en oubliant que, derrière la porte, c’est tout un pays qui brûle sous les ordres de chefs terroristes invisibles. À qui profite réellement ce silence ?

 

L’inversion de la responsabilité : un crime contre la vérité

En focalisant l’attention mondiale uniquement sur les manquements des armées nationales, ces organismes participent — consciemment ou non — à une entreprise de démoralisation des troupes. Dans une guerre asymétrique, l’image est un champ de bataille à part entière. En effet, quand chaque victoire militaire est aussitôt noyée sous un communiqué de suspicion, et chaque exaction terroriste recouverte d’un silence assourdissant, on installe un climat de défiance entre le peuple et ses défenseurs.

Plus grave encore, cette asymétrie confère une caution morale implicite aux terroristes. En refusant de nommer leurs actes pour ce qu’ils sont — des crimes contre l’humanité —, on les banalise. Le massacre de civils par un groupe djihadiste devient un simple « incident sécuritaire » dans le jargon humanitaire, tandis que la moindre bavure d’un drone national est immédiatement brandie comme un « crime de guerre potentiel ». Cette distorsion n’est pas seulement une erreur d’appréciation : c’est une insulte directe aux milliers de victimes civiles, qui ne tombent pas sous les balles des soldats, mais sous les couteaux de fanatiques dont la cruauté reste trop souvent passée sous silence.

 

La complicité par l’omission

Il faut avoir l’honnêteté de le dire : l’industrie de la documentation des droits de l’homme a besoin de coupables solvables. Montrer les armées du Sahel comme responsables des pires atrocités est plus « avantageux » sur le plan diplomatique. Critiquer un État souverain permet d’activer des leviers politiques, de couper des aides, de peser sur les chancelleries et d’exister sur l’échiquier international. C’est une guerre d’image autant qu’une guerre de terrain.

À l’inverse, pointer du doigt un chef de guerre terroriste caché dans le Gourma n’apporte aucun dividende diplomatique. Les alliés coloniaux absents, les armes circulant entre de nouveaux partenaires et les massacres volontaires commis par ces groupes ne génèrent ni sanctions, ni pressions, ni couverture médiatique durable. La logique est cynique : il est plus rentable de dénoncer un État que de documenter la barbarie des fanatiques.

C’est ici que le bât blesse. Si la mission de ces organismes est réellement la protection de l’humain, pourquoi le sang versé par un terroriste semble-t-il peser moins lourd que celui versé lors d’une bavure étatique ? En refusant de mettre la même intensité dans la traque des crimes djihadistes, ces organisations deviennent les comptables d’une tragédie tronquée. Elles privent aussi les populations sahéliennes de leur droit à une justice intégrale et offrent, par leur silence, une caution implicite aux bourreaux.

 

Pour une documentation intégrale

La souveraineté des États sahéliens ne doit pas servir de paravent à l’impunité, c’est une évidence. Mais l’indignation sélective des organismes internationaux ne peut plus être tolérée comme boussole morale. Il est temps d’exiger une documentation totale, sans filtre ni calcul diplomatique. Le crime contre l’humanité n’a pas de couleur d’uniforme, il a seulement des victimes.

Tant que les massacres de masse perpétrés par les groupes terroristes ne feront pas l’objet de la même rigueur d’enquête, de la même médiatisation et de la même condamnation internationale que les actions des armées régulières, le travail de ces organismes restera marqué du sceau de la partialité. Le Sahel ne réclame pas de complaisance, il exige de l’honnêteté. Les projecteurs doivent enfin se braquer sur les véritables bourreaux du peuple sahélien : ces fanatiques qui, dans l’ombre, tuent par milliers sans jamais rendre de comptes aux greffiers de la morale internationale.

Le silence sur les crimes terroristes n’est pas une simple omission : c’est une complicité qui ne dit pas son nom. Rompre ce pacte d’ombre est une urgence morale. La vérité, toute la vérité, doit être vulgarisée — ou alors, cessons de parler de droits de l’homme.

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