À Malbaza, le discours sur la souveraineté économique quitte les tribunes pour entrer dans l’usine. Au pied de la carrière, dans les laboratoires et jusqu’à la chaîne de conditionnement, le ministre du Commerce et de l’Industrie, Abdoulaye Seydou, est venu mesurer ce que le Niger produit déjà. Une immersion au sein de la Malbaza Cement Company (MCC), dont la capacité atteint 650 000 tonnes de ciment par an, qui met en lumière un enjeu autrement plus vaste : la capacité du pays à transformer ses ressources en richesse industrielle et en emplois.
De la carrière au sac de ciment : immersion au cœur de la Malbaza Cement Company
À Malbaza, la souveraineté économique ne se résume pas à une formule politique. Elle se lit dans une chaîne de production. Accompagné du gouverneur de la région de Tahoua, le colonel-major Souleymane Amadou Moussa, ainsi que de responsables administratifs, de techniciens, des forces de défense et de sécurité, de chefs coutumiers et de représentants de la société civile, Abdoulaye Seydou a parcouru les différentes étapes de fabrication du ciment.
La visite a commencé là où tout prend naissance : la carrière de matières premières. Elle s’est poursuivie dans les unités de broyage, avant de conduire la délégation vers le laboratoire chargé du contrôle de qualité puis vers la ligne de conditionnement. Ce parcours n’avait rien d’une simple visite protocolaire. Il permettait au ministre de toucher du doigt les différentes composantes d’un outil industriel dont la capacité de production s’élève à 650 000 tonnes par an.
Derrière les machines, le ministre a également découvert un autre maillon de cette équation : les compétences locales. La maîtrise des installations et le fonctionnement quotidien de la cimenterie reposent sur des équipes techniques dont le savoir-faire constitue, lui aussi, un actif stratégique.
Valoriser les compétences locales pour bâtir l’autonomie
Avant de parcourir les installations, Abdoulaye Seydou s’est entretenu avec les responsables de la MCC. Les discussions ont porté sur les conditions de travail, les difficultés auxquelles l’entreprise est confrontée, mais également sur ses perspectives de développement.
C’est là que la visite prend une dimension économique plus large. Pour les autorités nigériennes, soutenir une cimenterie ne consiste pas seulement à préserver une unité de production. Il s’agit aussi de consolider un tissu industriel capable de valoriser les ressources disponibles sur le territoire, de créer des emplois et de réduire la dépendance du pays à l’égard des approvisionnements extérieurs.
Le ciment devient ainsi le symbole d’une ambition plus large : produire davantage au Niger, avec des ressources nigériennes et des compétences développées sur place.
« La priorité absolue du gouvernement reste la souveraineté économique », a rappelé le ministre, en présentant la MCC comme une illustration de la capacité du pays à valoriser ses ressources et à maîtriser les technologies industrielles.
Consolider le tissu industriel pour réduire la dépendance extérieure
L’enjeu dépasse donc les volumes de ciment produits à Malbaza. Dans une économie où l’industrialisation demeure un chantier majeur, chaque unité capable de transformer une matière première en produit fini participe à la construction d’une chaîne de valeur nationale. Elle génère de l’activité, mobilise des compétences et peut, à terme, entraîner autour d’elle d’autres entreprises et services.
Le raisonnement défendu par le ministre est explicite : la souveraineté économique ne peut être durable sans une base industrielle suffisamment solide. La MCC s’inscrit dans cette logique. Sa production participe à l’approvisionnement du marché et illustre la possibilité de développer, sur le territoire national, des capacités industrielles reposant sur la transformation des ressources locales.
Mais l’ambition affichée par les autorités ne s’arrête pas à la production. Elle englobe également l’emploi, notamment celui des jeunes, ainsi que la consolidation du secteur privé national.
Emploi des jeunes et secteur privé : les leviers de la refondation économique
À Malbaza, Abdoulaye Seydou a également voulu adresser un signal aux investisseurs et aux entrepreneurs. Le ministère du Commerce et de l’Industrie entend accompagner les initiatives privées susceptibles de renforcer la production nationale. Le gouvernement mise notamment sur des mesures incitatives et sur la promotion du « Consommer local ».
Cette orientation traduit une évolution de la politique industrielle : il ne suffit plus de produire. Il faut également créer les conditions permettant aux entreprises locales de trouver leur place dans le marché national. Le ministre a ainsi salué l’engagement des investisseurs et des employés de la cimenterie, tout en assurant que ses services demeurent disponibles pour accompagner la MCC et, plus largement, les initiatives portées par le secteur privé nigérien.
La méthode du terrain : ajuster la politique industrielle aux réalités locales
Cette étape s’inscrit dans une mission de travail de trois jours du ministre dans la région de Tahoua. Après Madaoua, Abdoulaye Seydou a poursuivi son déplacement à Malbaza, dans une démarche qui privilégie l’observation directe des réalités économiques plutôt que les seuls échanges institutionnels.
Le choix du terrain n’est pas anodin. Il permet au ministère de confronter les ambitions industrielles aux contraintes quotidiennes des entreprises : production, conditions de travail, difficultés opérationnelles, investissements et perspectives.
Dans la capitale de l’Ader, la cimenterie aura donc servi de révélateur. Elle montre à la fois les capacités industrielles déjà disponibles et le chemin qu’il reste à parcourir pour transformer la souveraineté économique en réalité durable.
À Malbaza, le gouvernement nigérien n’a pas seulement visité une cimenterie. Il est venu regarder, au plus près des machines, à quoi pourrait ressembler une économie qui cherche à produire davantage de ce qu’elle consomme et à transformer ses propres ressources en emplois et en valeur ajoutée.
C’est désormais sur cette capacité à passer du discours à la production que se mesurera une partie de la promesse industrielle de la refondation.
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