À Agadez, éleveurs et producteurs cherchent une parade au déficit fourrager qui menace le bétail et les revenus des ménages pastoraux. Du 6 au 8 novembre, la foire régionale des cultures fourragères et aliments à bétail met en avant des solutions locales pour sécuriser l’alimentation animale avant que la crise ne s’installe
L’herbe devient une ressource stratégique
Dans les zones pastorales du Niger, le fourrage détermine la santé des troupeaux, la production laitière, la capacité des éleveurs à vendre leurs animaux et, in fine, la sécurité alimentaire de nombreuses familles. Or, les déficits pluviométriques ont réduit les productions fourragères à moins de 30% de la moyenne dans les régions d’Agadez, Diffa, Zinder et Tahoua.
Cette pénurie survient avant même la pleine saison sèche. Les relevés satellitaires de fin septembre font état d’une couverture végétale inférieure à 40% sur de vastes espaces de la bande pastorale, notamment dans l’ouest et le sud d’Agadez. La situation expose les éleveurs à des choix difficiles : acheter des aliments coûteux, déplacer les troupeaux ou vendre des animaux à des prix déprimés.
La foire, organisée par le Réseau des organisations des pasteurs et éleveurs du Niger (ROPEN) avec l’appui de la GIZ, réunit coopératives de producteurs, distributeurs d’aliments, organisations pastorales et éleveurs. Elle vise à rapprocher l’offre et la demande, tout en faisant connaître les techniques de production, de conservation et de valorisation du fourrage.
Le thème retenu — « anticiper les conséquences du déficit fourrager, renforcer la résilience et valoriser les opportunités » — traduit un changement d’approche. Il ne s’agit plus seulement de réagir lorsque les pâturages s’épuisent, mais de préparer des stocks, développer des cultures fourragères et structurer des filières capables d’absorber les chocs climatiques.
L’Administrateur délégué de la commune urbaine d’Agadez, le chef de bataillon Assarid Almoustapha, a pris part au lancement officiel, présidé par le gouverneur de la région. Cette présence institutionnelle souligne l’importance accordée à une filière qui conditionne les moyens d’existence de nombreuses communautés.
Les expériences menées au Niger montrent qu’une production fourragère mieux organisée peut créer des revenus tout en protégeant le bétail. La valorisation du bourgou, par exemple, offre une source d’alimentation animale et un revenu stable aux ménages confrontés à la hausse du coût des fourrages et aux conditions climatiques difficiles.
La dégradation des terres aggrave toutefois le problème. Elle alimente les déficits céréaliers et fourragers cycliques, exposant agriculteurs et éleveurs à des crises alimentaires récurrentes. Les solutions présentées à Agadez devront donc s’inscrire dans une gestion durable des ressources : restauration des sols, choix d’espèces adaptées, stockage rationnel et accès équitable aux marchés.
Pour les éleveurs, l’enjeu immédiat consiste à préserver leurs troupeaux. Pour les autorités et les partenaires, il consiste à transformer une foire en dynamique durable, capable de réduire la vulnérabilité des communautés pastorales face aux sécheresses qui, de plus en plus, structurent la vie dans le Sahel.
Finalement, la foire ouvre une piste prometteuse : produire, conserver et valoriser localement le fourrage. Reste désormais à transformer ces échanges en investissements durables, afin que les éleveurs ne subissent plus chaque saison sèche comme une fatalité.