Un enseignant d’école primaire le jour, un cyberescroc usurpant l’identité d’un haut gradé de l’armée la nuit. La Gendarmerie nationale du Niger a mis fin, le 2 juin 2026, aux activités d’un réseau de criminalité électronique aux ramifications internationales. En effet, le cerveau de la bande, un instituteur opérant sous le faux profil de l’« Adjudant Laouali », dépouillait des citoyens sur l’ensemble du territoire national depuis le département de Madarounfa.
L’affaire a débuté à Dosso, où la brigade des recherches locale enquêtait sur une série de plaintes pour escroquerie. En fait, le suspect ciblait ses victimes en se faisant passer pour un membre des Forces de défense et de sécurité (FDS). En traçant les flux financiers d’un compte de transfert d’argent AMANA, les enquêteurs ont localisé le propriétaire initial de la ligne à Gabi, transmettant immédiatement le relais à la brigade territoriale de Madarounfa.
Sur place, les limiers découvrent d’abord que le numéro est enregistré au nom d’un enseignant. Les vérifications approfondies le mettent hors de cause : l’homme est totalement étranger à la fraude. En remontant minutieusement la piste jusqu’aux points de retrait physiques des fonds, la gendarmerie identifie enfin le véritable utilisateur du compte. L’« adjudant Laouali » n’est autre qu’un instituteur exerçant à l’école primaire de Guidan Basso, dans la commune rurale de Dan Issa. Interpellé par surprise dans les bureaux de sa hiérarchie, le suspect a rapidement reconnu les faits avant de dénoncer ses partenaires.
Le coup de filet de Firji : 137 cartes SIM saisies
Loin d’agir seul, l’enseignant s’appuyait sur une base arrière transfrontalière. Ses révélations ont aussi permis aux gendarmes de mener un raid rapide à Firji, une localité située sur la frontière, menant à l’arrestation de deux complices de nationalité nigériane.
La perquisition a mis en lumière l’ampleur de la logistique du réseau. Les forces de l’ordre ont saisi un impressionnant lot de matériel de télécommunication :
137 cartes SIM prêtes à l’emploi.
Un accès à l’ensemble des réseaux de la sous-région (Airtel, Moov, Sahelcom, Zamani, GLO, MTN).
Un mode opératoire basé sur la détresse et l’autorité
L’organisation criminelle exploitait une méthode d’ingénierie sociale particulièrement bien rodée. Le suspect principal avait d’abord récupéré la carte d’identité égarée d’un de ses collègues au niveau d’un guichet automatique bancaire à Maradi pour ouvrir un compte mobile de manière anonyme.
Ensuite, l’équipe contactait des numéros de téléphone au hasard. En s’appuyant sur l’autorité naturelle qu’inspire le statut de militaire en mission, l’escroc simulait une détresse familiale urgente et imprévue. Subissant la pression psychologique, les victimes transféraient l’argent demandé sur le compte frauduleux.
Finalement, ce succès policier, fruit d’une coordination exemplaire entre les unités de Dosso et de Madarounfa, neutralise un réseau d’envergure nationale et rappelle la nécessité absolue de sécuriser ses documents d’identité face aux nouvelles menaces numériques.
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