Arlit : Niamey durcit le ton contre Orano - Journal du Niger



Arlit : Niamey durcit le ton contre Orano

Après le retrait du permis d'exploitation de la mine d'Imouraren, Niamey passe à l'offensive. Ce mercredi 4 février 2026, le…

Après le retrait du permis d’exploitation de la mine d’Imouraren, Niamey passe à l’offensive. Ce mercredi 4 février 2026, le gouvernement a franchi une nouvelle étape dans son bras de fer avec le géant français du nucléaire Orano en installant un comité d’experts chargé de documenter les « préjudices » subis par l’État nigérien. Une stratégie de « nationalisation » qui s’accompagne désormais d’une bataille judiciaire mondiale.

Au Niger, le divorce avec Orano (ex-Areva) ne se fera pas à l’amiable. Dans les salons feutrés de Niamey, le ton est dorénavant au bellicisme juridique. Le ministre de la Justice et garde des Sceaux, Alio Daouda, a officiellement installé ce mercredi un comité d’experts dont la mission est de constituer un dossier d’accusation « massif » contre le groupe français.

Une « quête de souveraineté » contre « l’hostilité » française

Pour les autorités, ce comité est la réponse directe à ce qu’elles qualifient de « belligérance » de la France et de certains voisins de la CEDEAO. D’ailleurs, le ministre Alio Daouda n’a pas mâché ses mots lors de la cérémonie d’installation, dénonçant une « ingénierie diplomatique et militaire » visant à faire plier Niamey.

Au cœur du grief : la volonté du Niger de reprendre le contrôle total de ses ressources minières. Selon le garde des Sceaux, la décision de nationaliser l’exploitation de l’uranium a poussé Orano à assigner le Niger devant le Centre international de règlement des différends relatifs aux investissements (CIRDI). Une démarche que Niamey juge illégale, invoquant la résolution 1803 de l’ONU sur la souveraineté permanente des peuples sur leurs richesses.

Santé, environnement et fiscalité : l’arsenal juridique de Niamey

Mais Niamey ne compte pas seulement se défendre devant le CIRDI ; le pays veut attaquer. Le nouveau comité d’experts a reçu pour instruction de ratisser large. Il devra documenter :

  • Le passif environnemental : le ministre a évoqué des « terres souillées par des déchets toxiques » déversés à l’air libre, mettant ainsi en péril la santé des populations de la région d’Arlit.
  • Le manque à gagner financier : les experts devront quantifier les préjudices économiques et les éventuels manquements fiscaux d’Orano durant ses décennies de présence au Niger.
  • Le volet sanitaire : le recueil de données chiffrées sur la santé humaine et animale dans les zones d’exploitation sera une pièce maîtresse du dossier.

« Si victime il y a, c’est bien le Niger et son peuple, soumis à une exploitation éhontée et à une mort programmée », a martelé le ministre de la Justice.

Vers des procès à Paris et à l’international ?

L’ambition du CNSP est globale. En effet, le comité ne se contentera pas de fournir des rapports de bureau : il doit construire des argumentaires capables de tenir devant n’importe quelle instance arbitrale, régionale ou internationale. Le ministre Daouda a même évoqué la possibilité d’attaquer Orano devant les juridictions françaises.

Le choix des membres de ce comité n’est, selon Niamey, pas le fruit du hasard. Il s’agit d’établir des faits appuyés par des données « incontestables » pour contrer la puissance de frappe juridique du groupe français.

Un tournant irréversible

Cette mise en place marque un point de non-retour dans les relations entre le Niger et son partenaire historique. En transformant ce contentieux commercial en une bataille pour la dignité nationale, le général Tiani mise sur la fibre patriotique.

Pour Orano, le défi est de taille. Le groupe, qui a toujours défendu la transparence de ses activités et son engagement environnemental au Niger, se retrouve face à un État décidé à utiliser tous les leviers du droit — national comme international — pour solder quarante ans d’histoire commune. La bataille d’Arlit se jouera désormais dans les tribunaux.

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