Le colonel Bilaly Elhadj Gambobo, jusque-là à la tête de l’agence nigérienne des aménagements hydro-agricoles, a officiellement succédé ce mardi au colonel Mahaman Elhadj Ousmane à la tête du ministère de l’Agriculture et de l’Élevage. Une passation qui s’inscrit dans un remaniement plus large, engagé par le général Abdourahamane Tiani une semaine après une réorganisation du commandement militaire.
NIAMEY, 22 septembre 2026— Un bureau se vide, un autre se remplit : ce mardi 22 septembre, le colonel Bilaly Elhadj Gambobo a pris possession du ministère de l’Agriculture et de l’Élevage, cédé par le colonel Mahaman Elhadj Ousmane au terme d’un mandat entamé dès les premiers jours du pouvoir militaire, en août 2023. La cérémonie de passation, sobre et réglée comme le veut le protocole, n’a duré que quelques dizaines de minutes. Mais elle s’inscrit dans un mouvement bien plus vaste : celui d’un gouvernement recomposé pièce par pièce depuis une semaine, sur fond de réorganisation du commandement militaire.
Un technicien de l’eau et des sols à la tête de l’Agriculture
Contrairement à d’autres portefeuilles remaniés la même semaine, celui de l’Agriculture n’échoit pas à un inconnu du secteur. Jusqu’à sa nomination, le colonel Gambobo dirigeait l’Office national des aménagements hydro-agricoles (ONAHA), l’agence publique chargée de superviser les programmes d’irrigation et d’aménagement des terres cultivables du pays. C’est donc un profil technique, rompu aux dossiers hydro-agricoles, qui hérite d’un ministère dont les priorités affichées — aménagements hydrauliques, soutien à la production, souveraineté alimentaire — recoupent directement son parcours professionnel.
Qu’est-ce que l’ONAHA ?
L’Office national des aménagements hydro-agricoles est l’agence nigérienne chargée de développer et d’entretenir les périmètres irrigués du pays, du fleuve Niger aux vallées du Sud. Dans un État sahélien où la pluviométrie reste irrégulière d’une saison à l’autre, la maîtrise de l’eau agricole conditionne directement les objectifs affichés de souveraineté alimentaire.
La nomination du colonel Gambobo ne relève pas d’un mouvement isolé. Elle découle d’un décret signé le 15 septembre par le président de la République, le général d’armée Abdourahamane Tiani, qui a redistribué quatre portefeuilles en une seule fois. Abdourahamane Oumarou a hérité du ministère de la Refondation et de la Promotion des Valeurs sociales, chargé de porter la charte de refondation promulguée en mars 2025. Le lieutenant-colonel Seyni Alzouma a pris la tête de l’Énergie, tandis que Hamani Kargne devient ministre de la Communication et des Nouvelles Technologies de l’Information.
Un remaniement qui suit une semaine mouvementée pour l’armée
Le mouvement ministériel s’inscrit dans le prolongement d’une séquence sensible pour l’appareil sécuritaire nigérien. Quatre jours plus tôt, le 11 septembre, le général Tiani avait déjà procédé à quatre nominations au sommet de la hiérarchie militaire, plaçant le général Maman Sani Kiau au poste de chef d’état-major des armées, en remplacement du général Moussa Barmou. Ce mouvement intervenait environ deux semaines après une mutinerie survenue fin août à la base 101 de Niamey, un épisode qui avait fait trois morts parmi les éléments de la Garde présidentielle. Il n’y a aucun lien officiel établi entre ces deux séquences, mais leur succession rapprochée illustre l’ampleur de la réorganisation du pouvoir engagée depuis le coup d’État du 26 juillet 2023.
« Le nouveau ministre entend faire de l’agriculture un levier de souveraineté alimentaire. » —Colonel Bilaly Elhadj Gambobo, ministre de l’Agriculture et de l’Élevage
Sur le fond, le colonel Gambobo a annoncé vouloir poursuivre la trajectoire fixée par son prédécesseur plutôt que d’en changer le cap. Trois priorités ont été mises en avant : le renforcement de la production agricole, le développement des aménagements hydro-agricoles — son domaine de prédilection — ainsi qu’un soutien qualifié de durable aux acteurs du monde rural. Ce triptyque s’inscrit dans la doctrine de la refondation, cadre politique que les autorités nigériennes érigent, depuis 2023, en fil conducteur de l’action publique, de l’agriculture à l’énergie en passant par l’éducation.
Reste à savoir si le changement d’homme à la tête de l’Agriculture se traduira par une inflexion des méthodes ou par une simple continuité de façade. En somme, le colonel Gambobo hérite en tout cas d’un ministère placé, comme l’ensemble de l’appareil d’État nigérien depuis 2023, sous l’exigence d’une souveraineté que le pouvoir entend démontrer autant dans les champs que dans les casernes.
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