Niamey, 2 juin 2026 – Après une première étape à Lagos auprès du géant nigérian, le nouveau président béninois Romuald Wadagni a été accueilli ce mardi par le général Tiani. Une offensive diplomatique de haut vol pour rompre deux ans de blocus et de contentieux frontaliers.
C’est une séquence que les chancelleries de la sous-région n’auraient pas osé imaginer il y a encore quelques mois. Ce mardi 2 juin, sous un soleil de plomb, les grands axes de Niamey s’étaient parés des drapeaux vert, jaune et rouge du Bénin pour saluer le passage d’un cortège historique. Sur le tarmac de l’aéroport international Diori-Hamani, le président béninois fraîchement investi, Romuald Wadagni, a été accueilli avec les honneurs militaires par le chef de l’État, le général d’armée Abdourahamane Tiani, devant des centaines de ressortissants béninois massés pour l’occasion.
Entré en fonction le 24 mai dernier, le successeur de Patrice Talon a choisi la vitesse pour imprimer sa marque. Après avoir négocié un premier pivot stratégique, ce lundi, à Lagos avec les autorités nigérianes, Romuald Wadagni consacre son deuxième déplacement au Niger. Il s’agit d’ailleurs de la toute première fois qu’un chef d’État béninois foule le sol nigérien depuis le coup d’État du 26 juillet 2023.

Le dégel après l’asphyxie
Les prémices de cette décrispation s’étaient déjà dessinées lors de l’investiture de Romuald Wadagni à Cotonou, où le Premier ministre nigérien, Ali Mahaman Lamine Zeine, avait fait le déplacement. Lundi soir, la télévision publique RTN a d’ailleurs diffusé des reportages insistant sur « les relations séculaires » entre deux « peuples frères », signifiant ainsi que le temps de l’affrontement était révolu.
La rupture s’était brutalement matérialisée au lendemain du putsch contre le président Mohamed Bazoum. En appliquant à la lettre l’embargo initial imposé par la Cedeao et en agitant la menace d’une intervention armée, l’administration Talon était devenue la bête noire du Conseil national pour la sauvegarde de la patrie (CNSP). Si Cotonou avait rouvert sa frontière dès février 2024, le Niger avait, quant à lui, obstinément maintenu son blocus, invoquant des « raisons de sécurité » et accusant le Bénin d’abriter des installations militaires françaises destinées à le déstabiliser – des allégations toujours rejetées en bloc par les autorités béninoises.

L’impératif de l’or noir et du parc W
Derrière les sourires protocolaires de Niamey, le pragmatisme économique et le réalisme sécuritaire dictent ce rapprochement. En effet, le nœud gordien des discussions repose sur le fonctionnement du pipeline géant acheminant le brut nigérien d’Agadem jusqu’au port béninois de Sèmè-Kpodji. Les blocages à répétition et les tensions politiques avaient grippé ce corridor d’exportation vital : le Niger a un besoin impérieux de recouvrer ses revenus pétroliers, tandis que le Bénin dépend des droits de transit pour alimenter ses caisses publiques.
Le second volet, indissociable du premier, concerne la sécurité. Le nord du Bénin subit de plein fouet les incursions meurtrières de groupes djihadistes armés venus du Sahel. Les échanges entre le général Tiani, figure de proue de l’Alliance des États du Sahel (AES), et le président Wadagni visent donc à jeter les bases d’une coopération militaire le long de leur frontière commune, en particulier dans la zone du parc W, un sanctuaire écologique devenu progressivement une zone de non-droit.
L’offensive diplomatique de Romuald Wadagni ne s’arrêtera pas là. Dès la fin de ses entretiens à Niamey, il s’envolera pour Ouagadougou afin d’y rencontrer le capitaine Ibrahim Traoré, avant de poursuivre sa route vers Lomé, Abidjan et Accra. En choisissant le dialogue direct plutôt que la politique de la chaise vide, le nouveau dirigeant béninois tente ainsi de redessiner les équilibres régionaux. Reste à savoir si cette diplomatie des premiers jours se traduira rapidement par l’acte le plus attendu par les populations : la réouverture effective de la frontière terrestre aux marchandises.




