Niger – BOAD : 60,6 milliards FCFA pour l’agriculture et l’énergie - Journal du Niger

Economie




Niger – BOAD : 60,6 milliards FCFA pour l’agriculture et l’énergie

NIAMEY, 29 juillet 2026 — Deux chèques, deux secteurs, une même ambition. Au Niger, l’agriculture et l’électricité viennent de recevoir…

NIAMEY, 29 juillet 2026 — Deux chèques, deux secteurs, une même ambition. Au Niger, l’agriculture et l’électricité viennent de recevoir un nouveau souffle financier qui pourrait peser dans la stratégie de transformation économique du pays. Mardi 28juillet 2026 à Niamey, le gouvernement et la Banque Ouest-Africaine de Développement (BOAD) ont engagé 60,6 milliards de FCFA sur deux chantiers considérés comme déterminants : produire davantage sur les terres irriguées et augmenter la capacité nationale de production électrique.

La scène était officielle. Son enjeu, lui, est profondément économique. En présence du Premier ministre Ali Mahamane Lamine Zeine, le président de la BOAD, Serge Ekue, a présidé la signature de deux conventions de financement. Derrière les montants, le gouvernement nigérien cherche à s’attaquer à deux contraintes qui peuvent ralentir l’ensemble de l’économie : la capacité à produire suffisamment de nourriture et celle à disposer d’une énergie abondante pour transformer, entreprendre et industrialiser.

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30 milliards pour changer d’échelle dans l’agriculture

Premier volet : 30 milliards de FCFA destinés à l’Office national des aménagements hydro-agricoles (ONAHA). Le financement doit permettre à l’organisme de renforcer ses moyens en équipements afin d’accompagner le programme national de grande irrigation.

Le choix n’est pas anodin. Dans un pays où l’agriculture occupe une place centrale dans l’activité économique, l’irrigation permet de réduire la dépendance à une production directement exposée aux aléas climatiques. Elle ouvre surtout la possibilité de mieux maîtriser les cycles de production et d’accroître les superficies effectivement exploitées.

Le pari consiste donc à passer d’une agriculture qui subit davantage les contraintes naturelles à une agriculture capable de mieux contrôler son potentiel productif.

Les équipements financés doivent contribuer à cette montée en puissance. Mais l’objectif affiché ne s’arrête pas à la production brute. Le gouvernement entend également soutenir la transformation des produits agro-sylvo-pastoraux, avec l’idée de conserver davantage de valeur sur le territoire. Produire plus est une première étape. Transformer davantage localement en est une autre.

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30,6 milliards pour desserrer l’étau énergétique

Le second financement vise un autre verrou : l’électricité. La convention conclue avec la NIGELEC mobilise 30,6 milliards de FCFA pour développer un projet énergétique de 23 mégawatts destiné à accroître la production nationale. Là encore, le chiffre mérite d’être regardé au-delà de son apparente technicité. Chaque mégawatt supplémentaire peut avoir un effet sur la capacité d’une économie à fonctionner, produire et investir.

L’énergie alimente les entreprises, les unités de transformation, les services et les infrastructures. Elle conditionne aussi la capacité d’un pays à développer une industrie locale. Dans cette perspective, le projet de 23 MW s’inscrit dans une équation plus large : renforcer la production nationale pour accompagner les ambitions économiques du Niger. Le ministre de l’Économie et des Finances, Laouali Abdou Rafa, a placé ces investissements dans le cadre du Programme de Refondation de la République 2025-2029.

Agriculture et énergie : deux leviers d’une même stratégie

Pris séparément, les deux projets répondent à des besoins distincts. Mis ensemble, ils racontent toutefois une stratégie cohérente. L’agriculture produit la matière première. L’énergie permet de la conserver, de la transformer et de faire fonctionner les chaînes de valeur.

C’est à ce niveau que les 60,6 milliards de FCFA prennent une portée supérieure à celle de deux opérations financières. Le financement de l’ONAHA vise la capacité productive des terres. Celui de la NIGELEC doit renforcer l’offre énergétique. Entre les deux se trouve le projet d’une économie capable de produire davantage, de transformer davantage et, à terme, de dépendre moins de l’extérieur pour satisfaire certains de ses besoins essentiels.

Le gouvernement veut notamment améliorer la sécurité alimentaire, renforcer l’offre énergétique, soutenir la transformation des produits agro-sylvo-pastoraux et stimuler le développement industriel.

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À Niamey, la BOAD accompagne le virage de la souveraineté

La signature des conventions n’était pas le seul rendez-vous de Serge Ekue à Niamey. Le président de la BOAD a également été reçu par le Président de la République, le Général d’Armée Abdourahamane Tiani. Les discussions ont porté sur plusieurs priorités nationales : sécurité alimentaire, agriculture, infrastructures et énergie. Cette séquence politique donne une profondeur supplémentaire aux accords financiers.

Car le sujet énergétique, en particulier, est désormais présenté comme un levier stratégique de la souveraineté du Niger. Dans cette lecture, accroître la production nationale d’électricité ne relève plus uniquement d’une politique sectorielle. Il s’agit également de renforcer la capacité du pays à maîtriser les conditions de son développement.

La même logique apparaît dans le domaine agricole. Un pays qui veut consolider sa souveraineté doit pouvoir sécuriser son alimentation, mais aussi disposer des moyens énergétiques nécessaires à la transformation de ses ressources.

Le vrai défi commence après la signature.

Les conventions sont signées. Les financements sont annoncés. Mais le véritable test commence maintenant. Il faudra convertir les 30 milliards destinés à l’ONAHA en équipements opérationnels et en capacités d’irrigation effectivement productives. Il faudra également transformer les 30,6 milliards consacrés à la NIGELEC en capacité électrique supplémentaire.

Autrement dit, l’enjeu ne sera plus le montant des financements, mais leur rendement économique et social. Pour l’agriculture, la question sera celle de la productivité, de la régularité de la production et de la capacité à créer des chaînes de transformation. Pour l’énergie, elle concernera la réalisation effective du projet de 23 MW et sa contribution à l’amélioration de l’offre nationale. C’est cette traduction concrète qui permettra de mesurer la portée des accords.

Le financement comme instrument de transformation

Avec ces deux conventions, la BOAD et le gouvernement nigérien donnent une forme financière à une ambition politique : faire de la production nationale un pilier de la Refondation. Le choix des secteurs est révélateur. Ici, l’argent ne vise pas seulement à financer des infrastructures ; il cherche à renforcer les capacités productives du pays. À terme, le calcul est simple : davantage de terres aménagées et équipées, davantage de production agricole ; davantage d’électricité disponible, davantage de possibilités pour les entreprises et l’industrie.

Entre ces deux objectifs se dessine une même trajectoire : construire une économie moins vulnérable aux ruptures extérieures et davantage capable de valoriser ses propres ressources. Les 60,6 milliards de FCFA annoncés à Niamey ne constituent donc pas, à eux seuls, une révolution économique. Mais ils ciblent deux fondations essentielles de celle-ci.

Au Niger, le nouveau front de la souveraineté se joue désormais autant dans les champs irrigués que dans les centrales électriques.

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