À Niamey, le ton était résolument stratégique le lundi 18 mai 2026. Sous la présidence du Premier ministre Ali Mahamane Lamine Zeine, le gouvernement nigérien et les partenaires chinois du secteur pétrolier ont officialisé une série de protocoles d’accord qui redessinent en profondeur les contours de leur coopération énergétique.
Ainsi, les autorités ont présenté ces nouveaux engagements comme une reprise en main progressive des intérêts nationaux dans l’exploitation des hydrocarbures. Après plusieurs mois de négociations jugées ardues, Niamey revendique des avancées majeures sur des dossiers longtemps sensibles : partage des revenus, contenu local, emplois, participation de l’État et réduction des coûts d’exportation du brut.

Un comité de négociation piloté par l’État
Dans son intervention, le chef du gouvernement a insisté sur la portée politique et économique de ces accords, estimant qu’ils traduisent une consolidation du partenariat stratégique entre le Niger et la Chine. Il a rappelé que le comité institutionnel, créé sur instruction du Président de la République, le Général d’Armée Abdourahamane Tiani, a conduit les discussions.
À la tête de ce dispositif de négociation figurait le ministre des Affaires étrangères Bakary Yaou Sangaré. Ce dernier a retracé les différentes étapes des pourparlers engagés depuis juin 2025 lors d’échanges tenus en Chine avec les autorités et les opérateurs pétroliers chinois. Selon lui, près d’une année de discussions et de compromis a été nécessaire pour parvenir à des accords désormais considérés comme favorables aux intérêts stratégiques du Niger.
Réduction des coûts d’exportation
Parmi les mesures les plus marquantes figure la révision du tarif de transport du pétrole brut à travers le pipeline d’exportation. Le coût par baril chute de 27 à 15 dollars, une réduction significative qui devrait générer plus de 106 millions de dollars d’économies pour l’État nigérien sur une année.
Autre avancée majeure : l’entrée annoncée du Niger dans le capital de la société WAPCO. Les autorités évoquent un accord de principe accordant à l’État nigérien une participation de 45 %, alors que le pays ne détenait jusque-là aucune part effective dans cette infrastructure stratégique liée au transport du pétrole.
Le contenu des nouveaux accords prévoit également que les revenus issus des exportations de brut soient désormais rapatriés au Niger. Pour les autorités, cette disposition doit contribuer au renforcement du système financier national et accroître l’impact du pétrole sur l’économie locale.

Emplois pétroliers : Niamey impose sa marque
Sur le terrain de l’emploi, Niamey affiche aussi ses ambitions. Le gouvernement veut accélérer la “nigérisation” des postes au sein des sociétés pétrolières et de leurs sous-traitants. D’ici 2030, 452 emplois supplémentaires devraient ainsi revenir à des travailleurs nigériens.
Dans le détail, la société CNPC devra porter les Nigériens à 60 % des fonctions de management et à 90 % de l’effectif global. À la WAPCO, les nationaux occuperont 60 % des postes de direction et 80 % des postes d’exécution. Quant à la raffinerie SORAZ, l’objectif affiché est d’atteindre 85 % d’exploitation assurée par du personnel nigérien.
Les engagements signés abordent également la question sensible des disparités salariales entre employés expatriés et nationaux. Les deux parties se sont accordées sur une harmonisation progressive des rémunérations. Les discussions ont aussi abouti à une restructuration des dettes croisées entre les différentes sociétés pétrolières opérant dans le pays.
Relance des projets pétroliers
Dans la dynamique de relance du secteur, plusieurs projets pétroliers jusque-là en attente devraient reprendre, notamment les blocs de Dinga Deep et d’Abolo-Yogou. Le volume global des investissements annoncés est estimé à un milliard de dollars.
Les autorités nigériennes tablent désormais sur une hausse importante de la production nationale de brut. Selon les projections officielles, celle-ci pourrait passer de 110 000 à 145 000 barils par jour d’ici 2029.
Mais l’ambition énergétique du Niger ne se limite plus au pétrole. Les autorités doivent lancer dans les six prochains mois une étude de faisabilité sur le potentiel gazier du pays, estimé à 23 milliards de mètres cubes. Les autorités espèrent explorer de nouvelles perspectives dans la production d’électricité, le gaz domestique ainsi que la fabrication d’engrais.

La vision chinoise du partenariat
Côté chinois, le représentant Zhang Yu a salué une coopération qu’il considère comme un pilier central des relations stratégiques entre Pékin et Niamey. Il a affirmé que les investissements chinois ont contribué, au fil des années, à bâtir une véritable chaîne industrielle pétrolière au Niger, participant à l’autonomie énergétique du pays, à la croissance économique et à la création d’emplois.
Le responsable chinois a par ailleurs réaffirmé l’engagement de son groupe à approfondir la coopération dans plusieurs domaines : exploitation pétrolière, transition énergétique, renforcement des capacités industrielles, formation des compétences locales et emploi des travailleurs nigériens.
Un mécanisme de suivi exigé
Désormais, les autorités nigériennes s’emploient à transformer ces engagements en réalités, loin des simples promesses diplomatiques. Elles insistent sur la mise en place d’un mécanisme de suivi rigoureux afin de garantir l’application effective des accords conclus.
Pour Niamey, cette nouvelle phase de coopération avec la Chine apparaît comme un test grandeur nature : transformer les ressources pétrolières du pays en véritable levier de souveraineté économique et de développement national.




