Du 4 au 9 juillet, Téhéran ferme son ciel et ses rues pour accompagner la dépouille d’Ali Khamenei jusqu’à Mashhad. Derrière cette unité nationale, le pouvoir affronte une question qu’il ne peut différer indéfiniment : celle de savoir qui, désormais, incarne réellement l’autorité du régime.
L’espace aérien de la capitale iranienne a été entièrement fermé ce vendredi, une mesure exceptionnelle destinée à sécuriser le début d’une semaine de funérailles nationales sans équivalent depuis la mort de Rouhollah Khomeiny en 1989. Pendant six jours, la dépouille du guide suprême Ali Khamenei, tué le 28 février 2026 dans une frappe conjointe américano-israélienne visant sa résidence, doit traverser Téhéran, Qom, puis les villes saintes irakiennes de Nadjaf et Kerbala, avant une inhumation prévue le 9 juillet 2026 au mausolée de l’imam Reza à Mashhad, sa ville natale.
Une démonstration de cohésion nationale sur fond de tensions internes
Si la solennité du rite religieux domine les images diffusées par la télévision d’État, c’est un autre enjeu qui structure en réalité cette semaine : celui de la cohésion d’un pouvoir sorti exsangue d’une guerre de plusieurs mois et d’une contestation intérieure d’une ampleur rare. Les autorités espèrent réunir entre quinze et vingt millions de personnes dans la seule capitale, un chiffre qu’elles présentent comme la preuve d’un attachement populaire au système théocratique, quelques mois à peine après une répression meurtrière des manifestations de décembre et janvier contre l’inflation et la vie chère.
Une présence diplomatique massive sous haute prudence régionale
Les autorités iraniennes ont déclaré avoir invité la Russie, la Chine, l’Inde, le Pakistan, la Turquie, le Turkménistan, le Tadjikistan, l’Irak, l’Arménie, l’Afghanistan, Oman, le Qatar, l’Azerbaïdjan, le Kirghizistan, l’Ouzbékistan, le Bangladesh et l’Égypte.
La présence de plusieurs pays du Golfe, et d’Asie centrale traduit la prudence diplomatique entourant l’événement, dans un contexte de fortes tensions régionales. Des responsables de Chine, de Russie, d’Inde, du Burkina Faso , de la République du Congo, de Namibie, et même le vice-ministre saoudien des Affaires étrangères Waleed Al-Khureiji ont posé leurs valises à Téhéran pour les cérémonies, alors que l’Arabie saoudite ne figurait pas initialement parmi les délégations annoncées pour les funérailles.
Une absence qui alimente les doutes sur la nouvelle direction du régime
C’est l’une des zones d’ombre les plus commentées de cette semaine de deuil : Mojtaba Khamenei, désigné nouveau guide suprême le 8 mars 2026, ne devrait pas apparaître publiquement lors des cérémonies. Blessé, selon plusieurs sources, dans la frappe qui a tué son père, il resterait retiré pour des raisons de sécurité, alors qu’Israël a démontré au cours du conflit sa capacité à cibler des responsables iraniens jusque dans leurs apparitions publiques.
Cette absence prolongée nourrit les interrogations sur la solidité réelle de la nouvelle direction. Un guide suprême qui n’a jamais pris la parole devant son peuple depuis son investiture, quatre mois après les faits, peine à incarner la continuité que le régime cherche justement à donner à voir cette semaine.




