NIAMEY, 24 août 2026 — La Confédération des États du Sahel a officiellement ouvert à Niamey une nouvelle séquence de son processus d’intégration. Les sessions confédérales des Parlements de l’Alliance des États du Sahel (AES) ont débuté ce lundi 24 août dans la capitale nigérienne, avec la participation de représentants des trois États membres : le Burkina Faso, le Mali et le Niger.
L’événement marque l’entrée en activité d’un nouvel organe destiné à accompagner la construction institutionnelle de l’espace confédéral. Le Parlement compte 45 députés, soit 15 représentants par État, appelés à examiner les grandes questions communes et à formuler des avis sur les orientations de la Confédération.
Le Premier ministre nigérien Ali Mahamane Lamine Zeine a présidé à l’ouverture des travaux. Pour Niamey, cette étape doit permettre de donner une dimension politique et institutionnelle plus structurée à une alliance jusque-là fortement dominée par les enjeux de défense et de sécurité.
De la coopération sécuritaire à une architecture institutionnelle
La création de cette instance parlementaire traduit une nouvelle étape dans l’évolution des projets de l’AES. Près de trois ans après la naissance de l’alliance entre le Burkina Faso, le Mali et le Niger, devenue Confédération le 6 juillet 2024, les trois pays cherchent désormais à élargir leur coopération. Si la défense demeure un axe central, les gouvernements veulent aussi coordonner davantage leurs politiques diplomatiques, économiques, financières et sociales.
Le Parlement confédéral s’inscrit pleinement dans cette dynamique. À Niamey, cette ambition prend une nouvelle dimension : les gouvernements ne sont plus les seuls à porter le processus d’intégration. Les parlementaires des trois pays disposent désormais d’un cadre institutionnel pour débattre des enjeux communs et formuler des positions au niveau confédéral. Pour Ali Mahamane Lamine Zeine, cette construction repose sur une vision de souveraineté partagée et sur la volonté de coordonner les politiques des trois États dans plusieurs secteurs stratégiques.
45 représentants, mais pas encore un Parlement supranational
Le nouveau dispositif mérite toutefois une précision importante. Il ne s’agit pas encore d’un Parlement supranational doté du pouvoir de voter des lois directement applicables dans les trois pays.
Les 45 députés confédéraux doivent principalement délibérer sur les sujets intéressant la Confédération et émettre des avis et des recommandations. Le protocole encadrant leurs travaux prévoit également des échanges avec les organes exécutifs de l’AES.
Cette architecture donne donc à l’instance une fonction davantage consultative et de coordination qu’un pouvoir législatif classique. La portée politique des travaux dépendra, en pratique, de la manière dont les institutions exécutives de la Confédération intégreront leurs recommandations.
L’ouverture de cette journée lance une séquence de travail qui doit se poursuivre jusqu’au 29 août. Les deux premières journées sont consacrées à l’installation des députés. À partir du 26 août, les parlementaires doivent notamment examiner le règlement intérieur, mettre en place les commissions et autres organes, préciser les mécanismes de décision et établir leur programme de travail.
Les débats doivent également porter sur la coordination des politiques et le rapprochement progressif des législations dans des domaines d’intérêt commun. La libre circulation, le commerce, les transports, les investissements ou encore les questions de sécurité figurent parmi les sujets susceptibles de donner une portée concrète à cette coopération parlementaire.
La présidence de cette première session revient au Burkinabè Ousmane Bougouma, président de l’Assemblée législative du Peuple du Burkina Faso, conformément à la présidence tournante de l’espace confédéral.
Une institution attendue sur le terrain des résultats
L’installation des députés ouvre une nouvelle phase, mais elle place aussi l’AES devant une exigence de résultats. Depuis sa création, la Confédération a multiplié les annonces et les mécanismes communs dans les secteurs de la défense, de l’économie et de la communication.
Dans son intervention, Ali Mahamane Lamine Zeine a notamment rappelé la mise en place d’une force unifiée annoncée autour de 5 000 hommes, la création de la Banque confédérale pour l’investissement et le développement (BCID-AES), ainsi que le développement d’outils médiatiques communs comme AES TV, une radio confédérale et une agence d’information en préparation à Niamey.
Mais la nouvelle institution sera surtout jugée sur sa capacité à faire remonter les préoccupations des citoyens et à transformer les discussions interparlementaires en propositions suivies d’effets.
La session inaugurale ne se limite pas aux États membres de l’AES. Le Togo prend part ce 24 août à Niamey à l’ouverture des sessions confédérales des Parlements de l’AES. La délégation togolaise est conduite par Komi Sélom Klassou. Cette présence donne une dimension régionale supplémentaire à l’événement. Elle traduit, selon les éléments communiqués par la partie togolaise, la volonté de Lomé de préserver le dialogue régional et de renforcer les passerelles en Afrique de l’Ouest.
Le choix du Togo de participer à cette séquence institutionnelle intervient alors que les relations entre les différents ensembles régionaux ouest-africains évoluent rapidement. La présence togolaise peut ainsi être lue comme une démarche visant à maintenir des canaux de discussion malgré les recompositions politiques et institutionnelles qui traversent la sous-région.
Pour Lomé, le maintien du dialogue reste un enjeu important pour préserver les échanges économiques, diplomatiques et humains entre les différents espaces ouest-africains.
Le véritable test commence maintenant
La session de Niamey marque bien plus qu’une cérémonie institutionnelle. Elle cherche à inscrire la construction de l’AES dans la durée en lui donnant un relais parlementaire. Le défi consistera désormais à permettre à ces 45 parlementaires — tous issus des trois États — de devenir un véritable cadre de coordination, capable de dépasser les déclarations politiques pour agir sur les questions qui touchent directement les populations.
Pour l’AES, l’enjeu ne sera plus seulement de bâtir des institutions communes, mais de prouver qu’elles peuvent produire des réponses concrètes. La Confédération devra ainsi démontrer que ses nouvelles structures améliorent réellement la coopération entre le Burkina Faso, le Mali et le Niger, tout en offrant des solutions visibles aux préoccupations des citoyens.
La participation du Togo ajoute un signal particulier : celui d’un espace ouest‑africain qui cherche à maintenir le dialogue malgré les recompositions en cours. À Niamey, l’AES entame donc une phase décisive où la solidité de ses institutions sera jugée à l’aune de leur capacité à produire des résultats tangibles.
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