Le ministère de la Communication et l’Observatoire national de la communication ont convoqué les patrons de presse publics et privés, cinq jours après des évènements sécuritaires majeurs, afin d’exiger un resserrement des pratiques journalistiques face à la désinformation en ligne.
Le gouvernement nigérien a ainsi haussé le ton face à la presse. Réunis à Niamey, le ministre de la Communication et des Nouvelles technologies de l’information, Adji Ali Salatou, et le président de l’ONC, Ibrahim Manzo Diallo, ont mis en garde les responsables de médias publics et privés contre les dérives éthiques constatées dans la couverture des évènements des 28 et 29 août 2026.
La rencontre s’inscrit dans un calendrier resserré. Elle intervient dès le lendemain des faits et fait suite à un monitoring éditorial mené par l’ONC du 28 août au 1ᵉʳ septembre. Ce travail de veille a révélé quatre constats : un pic inhabituel de production informationnelle, des effets tangibles du vide d’information sur certains créneaux, des divergences marquées dans la qualification des faits d’un média à l’autre, ainsi qu’un rôle accru des réseaux sociaux, à la fois moteur de diffusion rapide et vecteur de rumeurs.
Le ministre Salatou a ciblé directement certaines pratiques professionnelles jugées incompatibles avec la déontologie journalistique, les qualifiant de risque pour la stabilité du pays en pleine crise sécuritaire. Son intervention s’est voulue moins punitive que corrective : il s’agissait de recentrer les rédactions sur les fondamentaux du métier plutôt que de dicter un contenu.
Le président de l’ONC a précisé les limites du mandat de son institution. Il a affirmé que le régulateur n’a vocation ni à imposer une version unique des faits, ni à freiner le travail d’enquête, d’interrogation et d’analyse des journalistes. Selon Ibrahim Manzo Diallo, le régulateur veut une information fiable, vérifiée et équilibrée, et non un récit imposé aux rédactions.
Diallo a détaillé une feuille de route en six points, destinée à s’appliquer immédiatement dans les salles de rédaction, publiques comme privées :
Vérifier et recouper systématiquement une information avant sa publication.
Préciser le degré de certitude de chaque information diffusée.
Renoncer à la course au scoop lorsqu’elle compromet la fiabilité.
Authentifier systématiquement images et vidéos avant diffusion.
Redoubler de prudence dans le traitement des informations sensibles.
Mettre en place des protocoles internes de gestion de crise.
Ces recommandations ne s’arrêtent pas aux rédactions. Le président de l’ONC a également adressé des préconisations aux pouvoirs publics, sans en détailler la teneur publiquement, avant de conclure sur un appel à la responsabilité partagée : autorités, régulateur et professionnels des médias engagés ensemble dans la fiabilité de l’information.
Période couverte : du 28 août au 1ᵉʳ septembre 2026, soit les cinq jours suivant les évènements.
Volume : une intensité informationnelle jugée exceptionnelle sur l’ensemble des supports suivis.
Cohérence éditoriale : des écarts significatifs dans la qualification des faits selon les rédactions.
Réseaux sociaux : identifiés comme accélérateurs simultanés de l’information vérifiée et de la désinformation.
Une pression médiatique accrue dans un contexte sécuritaire tendu
Cette convocation collective des patrons de presse survient dans un Niger déjà marqué par une actualité sécuritaire dense depuis le début de l’année, entre coup d’etat manqué , attaques visant des infrastructures stratégiques ainsi que la vigilance renforcée aux frontières. Dans ce climat, le gouvernement présente la fiabilité de l’information comme un enjeu de sécurité nationale à part entière, au même titre que la réponse militaire ou diplomatique aux menaces.
Reste à savoir comment les rédactions nigériennes, publiques et privées, traduiront concrètement ces six engagements dans leur pratique quotidienne, et quel suivi l’ONC réservera à leur application dans les prochaines semaines.
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