Le gouvernement nigérien a livré, mercredi à Niamey, les premières estimations détaillées des réserves du bloc de Kafra : jusqu’à 2,5 milliards de barils de ressources prospectives dans sa partie nord. Un chiffre que le ministère du Pétrole s’est aussitôt employé à nuancer.
Pour la première fois depuis le lancement de la nouvelle campagne de forage, le ministère nigérien du Pétrole a mis des chiffres précis sur la table. Lors d’une rencontre avec la presse à Niamey, le ministre Hamadou Tini a détaillé l’ampleur du potentiel identifié sur le bloc de Kafra, dans le nord du pays, tout en avertissant qu’une découverte géologique ne vaut pas encore un projet de production.
Les données rendues publiques distinguent trois catégories bien différentes. Les réserves dites 2P, c’est-à-dire les volumes prouvés et probables déjà rattachés à une découverte confirmée, sont évaluées depuis 2018 à environ 255 millions de barils. Une étude prospective menée en 2023 sur la partie nord du bloc a, elle, fait grimper l’estimation à près de 2,5 milliards de barils de ressources dites prospectives : un potentiel réel, mais non confirmé par le forage.
Le site recèlerait par ailleurs un gisement distinct d’huile lourde, estimé à environ 168 millions de barils, susceptible d’alimenter une future unité de production de bitume pour les besoins routiers nationaux et régionaux, ainsi qu’un potentiel d’huile paraffinique intéressant les secteurs pharmaceutique et pétrochimique.
Comprendre les catégories de réserves
Réserves 2P : Volumes prouvés et probables, rattachés à une découverte déjà réalisée et validée.
Ressources contingentes : Volumes découverts, mais dont le développement reste soumis à certaines conditions techniques ou économiques.
Ressources prospectives : Volumes estimés sur des zones encore à confirmer par le forage, soumis aux incertitudes géologiques.
« Le potentiel du nord de Kafra reste soumis aux incertitudes géologiques propres à toute phase d’exploration. » — Ministère du Pétrole, Niger
Sur le terrain, la campagne engagée le 13 août 2026 prévoit le forage de quatre puits d’exploration sur une période de deux ans, dans le cadre d’un programme dont l’autorisation court jusqu’au 3 juillet 2028. Le premier puits porte le nom de Kafra Sud-Est 1. Ces forages doivent permettre d’affiner la connaissance des réservoirs et d’en confirmer la productivité réelle, avant toute décision de développement.
Le ministère s’est refusé à avancer une date de première production, celle-ci dépendant des résultats de forage, de la confirmation des volumes, de la faisabilité technique et du financement des infrastructures nécessaires. Les autorités nigériennes disent vouloir avancer vite, sans précipiter des choix qu’une meilleure information pourrait invalider plus tard.
Un demi-siècle d’exploration, une étape décisive depuis 2005
Le dossier Kafra ne date pas d’hier. Les premiers travaux d’exploration dans cette zone désertique du nord du Niger remontent aux années 1970, avec des forages historiques réalisés à Séguédine 1 en 1974 puis à Tiffa 1 en 1975. À partir de 2005, l’implication de Sipex, filiale du groupe algérien Sonatrach, a marqué un tournant : la société a depuis acquis et interprété environ 2 205 kilomètres de lignes sismiques 2D et 760 kilomètres carrés de sismique 3D, avant de forer deux puits d’exploration en 2018 puis en 2019.
Situé dans la région d’Agadez, entre les départements d’Iferouane et de Bilma, à environ 85 kilomètres de la frontière algérienne, le bloc s’étend sur 11 467 kilomètres carrés. Le cadre du projet a été actualisé en 2022, avant que l’autorisation d’exploration ne soit prorogée cette année pour couvrir le nouveau programme de forage.
Au-delà des barils, le gouvernement affiche un objectif de création de valeur nationale. Le ministre Tini a insisté sur l’application de la loi sur le contenu local, censée garantir la formation de travailleurs nigériens, le renforcement d’entreprises locales et une maîtrise progressive des méthodes de travail et des données du secteur.
Le dossier est aussi présenté comme un levier de coopération avec l’Algérie, partenaire historique du projet à travers Sonatrach. Les autorités entendent faire de Kafra un moteur d’emplois et de recettes publiques, dans un secteur où, selon le ministère, une décision prématurée coûterait plus cher qu’un calendrier tenu avec rigueur.
Ce qu’il reste à démontrer
Le gouvernement s’est engagé à communiquer des volumes officiels actualisés une fois les résultats de forage consolidés, certifiés et validés selon les normes de l’industrie pétrolière. En l’état, Kafra demeure un dossier d’exploration et d’évaluation : la distance entre un potentiel prospectif de plusieurs milliards de barils et une réserve confirmée reste, par nature, la principale inconnue du projet.
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