Conduite par le Général de division Mohamed Toumba, Ministre d’État nigérien chargé de l’Intérieur, une délégation de haut rang a conclu dimanche à Cotonou deux jours de travaux techniques avec la partie béninoise. Cette rencontre historique ouvre la voie à la signature prochaine d’accords bilatéraux en vue de la réouverture de la frontière commune, close depuis août 2023.
Cotonou a été, le temps d’un week-end, le théâtre d’une diplomatie discrète mais déterminée. Depuis le vendredi 19 juin 2026, le Général de division Mohamed Toumba — Ministre d’État, Ministre de l’Intérieur, de la Sécurité publique et de l’Administration du territoire du Niger — séjournait dans la capitale économique béninoise à la tête d’une forte délégation. Celle-ci comprenait notamment les membres du comité national d’experts mandatés par les Autorités de la Transition nigériennes pour conduire les négociations relatives à la réouverture de la frontière commune et aux perspectives de relance de la coopération bilatérale.
Le samedi 20 juin dans la matinée, les deux délégations se sont retrouvées en séance plénière. En face du Général Toumba, la partie béninoise était représentée par M. Olushegun Adjadi Bakari, Ministre chargé de l’Intégration africaine, interlocuteur désigné de Cotonou dans ce dossier sensible. Les échanges se sont poursuivis le lendemain et ont pris fin aux alentours de 14 h, le dimanche 21 juin, avant que la délégation nigérienne ne regagne Niamey dans l’après-midi.
Au terme de cette rencontre organisée sur instruction des deux chefs d’État — le président de la République, le Général d’armée Abdourahamane Tiani, et son homologue béninois, Romuald Wadagni —, les deux délégations ont convenu de plusieurs points d’intérêt communs. Si le communiqué conjoint reste mesuré, des sources proches des commissions techniques confirment que la délégation nigérienne a posé ses conditions de manière ferme, fixant les nouvelles modalités non négociables d’une future coopération.
Ce qui est acté, en revanche, c’est la véritable vocation de ces travaux : poser les jalons en vue de la signature d’accords bilatéraux encadrant la réouverture progressive du poste-frontière entre les deux nations. Les deux chefs de délégation ont salué, à l’issue des travaux, la « maturité d’esprit » qui a guidé les échanges. Une formulation qui souligne le souci commun d’inscrire ce rapprochement dans la durée, au-delà des turbulences diplomatiques des trois dernières années.
L’exigence de sécurité : le triptyque non négociable de Niamey
Le Général Mohamed Toumba a articulé les exigences de Niamey autour d’un impératif de sécurité nationale absolu. En premier lieu, le Niger exige du Bénin des garanties formelles concernant l’absence totale de forces militaires françaises à proximité de la frontière commune, un sujet qui alimentait les tensions depuis 2023.
En second lieu, les experts nigériens imposent le déploiement de patrouilles militaires conjointes pour sécuriser le corridor Malanville-Niamey face aux menaces terroristes sahéliennes. Enfin, les deux parties dessinent un cadre juridique strict pour sanctuariser l’exploitation du pipeline pétrolier reliant Agadem au terminal de Sèmè-Kpodji, mettant ainsi l’économie à l’abri des soubresauts politiques extérieurs.
De la rupture de 2023 au virage diplomatique de 2026
Pour saisir la portée de cette séquence, il faut remonter au coup d’État du 26 juillet 2023 à Niamey. Dans son sillage, la fermeture de la frontière nigéro-béninoise, effective depuis août 2023, avait gravement perturbé le corridor commercial Cotonou–Malanville–Niamey — artère vitale d’un millier de kilomètres qui constitue le principal débouché maritime du Niger via le port de Cotonou. Les relations entre les deux capitales s’étaient ensuite dégradées en plusieurs paliers : rappel de l’ambassadeur béninois en février 2025, réaffirmation publique par Niamey du maintien de la fermeture en mai 2025, puis expulsions réciproques de diplomates en début d’année 2026.
C’est l’investiture du nouveau président béninois Romuald Wadagni, le 24 mai 2026, qui a constitué le premier signal tangible d’apaisement. Le Niger y était représenté par son Premier ministre, Ali Mahamane Lamine Zeine, à la tête d’une délégation officielle de haut rang. Quelques jours plus tard, le 2 juin, M. Wadagni se rendait à Niamey pour rencontrer le Général Tiani. Leurs entretiens, qualifiés de « grande cordialité », aboutissaient à un communiqué conjoint en neuf points actant la volonté des deux États de normaliser leurs relations et instituant un comité conjoint d’experts.
Les travaux de ce comité ont rapidement progressé. Un premier communiqué conjoint, publié le 16 juin, avait déjà consacré la première phase des discussions, transmettant leurs conclusions aux deux chefs d’État. La réunion de Cotonou des 20 et 21 juin constituait, dès lors, le deuxième acte : harmoniser les positions et affiner un rapport commun destiné à servir de base à la prochaine étape contractuelle. La signature d’accords bilatéraux se profile ainsi à brève échéance, sans que les autorités des deux pays n’aient pour l’heure précisé de calendrier.
Au-delà de la dimension strictement frontalière, les deux parties ont réaffirmé leur engagement à relancer la commission mixte de coopération nigéro-béninoise et à renforcer leur coordination sécuritaire face au terrorisme et au banditisme sahélien — enjeu que le président Wadagni avait érigé en priorité dès son discours d’investiture. La remise en service du corridor Cotonou–Niamey et du pipeline pétrolier demeurent, sur le plan économique, les retombées les plus attendues d’une normalisation réussie.
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