Kafra Sud-Est 1 : le Niger lance un nouveau forage pétrolier avec l’Algérie - Journal du Niger



Kafra Sud-Est 1 : le Niger lance un nouveau forage pétrolier avec l’Algérie

AGADEZ, 13 août 2026 — Le lancement du forage pétrolier Kafra Sud-Est 1 marque moins une simple nouvelle étape de…

AGADEZ, 13 août 2026 — Le lancement du forage pétrolier Kafra Sud-Est 1 marque moins une simple nouvelle étape de l’exploration des hydrocarbures qu’un changement d’échelle dans la coopération énergétique entre le Niger et l’Algérie. Arrivés ce jeudi à Kafra, dans la région d’Agadez, les Premiers ministres nigérien Ali Mahamane Lamine Zeine et algérien Sifi Ghrieb doivent donner le coup d’envoi à une opération qui combine exploration géologique, coopération industrielle et formation de compétences nationales.

Le choix de Kafra n’est pas anodin. Situé dans le nord du Niger, à environ 85 kilomètres de la frontière algérienne, le site place directement l’Algérie au cœur d’une nouvelle phase de développement du potentiel pétrolier nigérien.

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Un forage qui teste le potentiel du sous-sol

Le projet est porté par ENAFOR, filiale du groupe algérien Sonatrach spécialisée dans le forage. L’opération prévoit d’atteindre une profondeur de 3 900 mètres, ce qui doit permettre de documenter précisément le potentiel géologique du bloc de Kafra.

Selon les estimations disponibles, celui-ci recèle environ 260 millions de barils de réserves. Ces chiffres donnent au forage une portée qui dépasse la seule dimension technique : son résultat pourrait contribuer à déterminer la viabilité économique d’une nouvelle zone pétrolière dans un pays qui cherche à élargir ses capacités de production.

Il convient toutefois de distinguer les réserves estimées du pétrole effectivement récupérable et commercialisable. Le forage constitue précisément l’une des étapes permettant de confirmer la structure géologique, la présence d’hydrocarbures et les conditions techniques d’une éventuelle mise en production.

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Sonatrach entre directement dans le paysage pétrolier nigérien

Kafra Sud-Est 1 représente également une évolution dans les relations énergétiques entre Niamey et Alger. Il s’agit du premier forage réalisé au Niger par une entreprise algérienne, à travers ENAFOR.

La coopération repose sur un cadre contractuel plus ancien. Le bloc de Kafra est couvert depuis 2015 par un contrat de partage de production entre Sipex, filiale de Sonatrach, et les autorités nigériennes. L’accord a ensuite été renouvelé en 2022.

Cette continuité contractuelle fournit à l’opération actuelle une base institutionnelle. Mais le passage au forage constitue une étape beaucoup plus engageante : il transforme une perspective d’exploration en opération industrielle destinée à produire des données concrètes sur le sous-sol.

Au-delà du pétrole, la bataille des compétences

L’un des aspects les plus structurants du projet réside dans le transfert de savoir-faire. Le Niger ne présente pas le projet uniquement comme une opération confiée à une entreprise étrangère. Les autorités veulent également utiliser le chantier comme un espace de formation pratique des cadres et travailleurs nigériens du secteur des hydrocarbures.

Cette dimension est stratégique. Dans l’industrie pétrolière, la souveraineté ne se mesure pas uniquement au contrôle des ressources naturelles. Elle dépend aussi de la capacité d’un État à disposer de géologues, ingénieurs, techniciens, spécialistes du forage et cadres capables de superviser l’ensemble de la chaîne de valeur.

Le choix d’une coopération avec Sonatrach permet ainsi au Niger de rechercher simultanément deux résultats : accéder à une expertise technique éprouvée et renforcer progressivement son propre capital humain.

L’enjeu budgétaire derrière l’exploration

Pour Niamey, l’intérêt du projet est également financier. Le Niger cherche à augmenter ses recettes issues des hydrocarbures alors que son économie reste confrontée aux contraintes d’un pays enclavé. La diversification des zones de production pourrait, à terme, élargir l’assiette des revenus tirés du pétrole et renforcer les capacités d’investissement de l’État.

Mais le calendrier économique dépendra des résultats du forage. Entre la découverte d’un gisement, l’évaluation de ses réserves, la décision d’investissement et une éventuelle production commerciale, plusieurs étapes techniques et financières restent nécessaires. Autrement dit, Kafra Sud-Est 1 constitue une option stratégique plutôt qu’une recette budgétaire immédiate.

Une coopération énergétique qui prend une dimension politique

La présence conjointe des deux Premiers ministres sur le site donne également au projet une portée diplomatique. Le déplacement intervient dans un contexte où Niamey et Alger cherchent à approfondir leurs relations bilatérales. Le ministre nigérien du Pétrole, Hamadou Tini, avait récemment mis en avant le niveau de coopération atteint entre les deux pays, en citant notamment la centrale électrique fournie par l’Algérie au Niger et la mise en œuvre des accords conclus lors de la grande commission mixte tenue à Niamey en mars.

L’énergie apparaît donc comme l’un des principaux vecteurs de cette relation. Le pétrole, l’électricité, les infrastructures et la formation peuvent désormais constituer les différents éléments d’une même stratégie de coopération économique. À Kafra, cette orientation prend une traduction industrielle concrète.

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Du bloc d’Agadem à une nouvelle frontière pétrolière

Le projet s’inscrit dans une histoire pétrolière relativement récente pour le Niger. Le pays a commencé à développer son industrie pétrolière à partir de 2008, avec l’exploration du bloc d’Agadem grâce à une coopération avec des partenaires chinois. Trois ans plus tard, en 2011, le Niger a inauguré la Société de raffinage de Zinder (SORAZ), franchissant une nouvelle étape avec la transformation locale d’une partie de sa production.

L’intensification de l’exploitation d’Agadem a ensuite permis au pays d’accéder au statut d’exportateur de pétrole à partir de 2024. Kafra ouvre désormais une autre perspective : celle d’une extension géographique de l’exploration pétrolière nigérienne, avec une implication directe d’un acteur énergétique majeur du voisinage immédiat.

Le véritable test commence avec le forage

L’arrivée des Premiers ministres à Kafra intervient ainsi à un moment où les ambitions doivent être confrontées aux données du sous-sol. Le forage permettra de déterminer si les hypothèses géologiques associées au bloc peuvent se traduire en ressources économiquement exploitables. Pour le Niger, le résultat sera important, mais la réussite du projet se mesurera aussi à sa capacité à générer des compétences locales, à structurer une expertise nationale et, à terme, à attirer d’autres investissements.

La mobilisation observée à Kafra traduit les attentes suscitées par le projet dans cette zone septentrionale du pays. Toutefois, dans l’industrie pétrolière, l’annonce d’un potentiel ne constitue jamais l’aboutissement d’un projet. Le véritable enjeu de Kafra Sud-Est 1 sera donc de transformer une promesse géologique en capacité industrielle, puis cette capacité industrielle en revenus durables et en compétences nigériennes.

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