Au-delà d’une simple tournée administrative, la visite effectuée ce 2 mars 2026 par la ministre de l’Éducation nationale, de l’Alphabétisation et de la Promotion des langues, Elisabeth Shérif, dans plusieurs centres passerelles et d’alphabétisation de la région de Niamey, s’inscrit dans une démarche pédagogique assumée : observer, comprendre, ajuster.
Baptisée « Une semaine, une école », l’initiative vise à confronter la politique éducative aux réalités du terrain. Autrement dit, replacer l’école au centre de l’action publique en évaluant concrètement son fonctionnement.
Première étape, le centre SSA/P (Stratégie de Scolarisation Accélérée Passerelle) de l’école Banifondou 2. La cérémonie de montée des couleurs, ponctuée par l’hymne national L’Honneur de la Patrie et celui de l’Alliance des États du Sahel (AES), a donné le ton : ici, l’éducation se conjugue avec citoyenneté.
Selon l’inspectrice en cheffe de service de l’alphabétisation et de l’éducation non formelle de Niamey 2, Younoussa Fourera Alhassane, l’inspection a enregistré un taux de transfert vers le système formel de 100 % pour l’année 2024-2025. Une performance notable.
Le centre de Banifondou 2 accueille 40 apprenants, dont 19 filles. Il fait partie des dix structures intégralement financées par le budget national dans les 3ᵉ et 4ᵉ arrondissements de Niamey. Ce détail traduit la volonté de l’État de reprendre la main sur un sous-secteur longtemps dépendant des partenaires techniques et financiers.
Alphabétiser pour mieux scolariser
À travers cette tournée – qui a également conduit la ministre aux centres d’alphabétisation des écoles primaires Pays-Bas, Mederssa de Karadjué, Nordiré 1 et Gabougoura –, un message pédagogique se dessine.
En effet, la stratégie actuelle repose sur un principe simple mais structurant : renforcer l’alphabétisation des parents pour soutenir durablement la scolarisation des enfants. L’initiative « Une école, un centre d’alphabétisation », en cours de déploiement, vise précisément cet objectif.
Car l’équation est connue : un parent alphabétisé suit mieux le parcours scolaire de son enfant, valorise l’école et contribue à réduire l’abandon précoce.
Longtemps considérée comme un dispositif périphérique, l’éducation non formelle retrouve aujourd’hui une place centrale dans la politique éducative nigérienne.
La ministre a salué le travail des cadres de la direction de l’alphabétisation et de l’éducation non formelle, soulignant leur rôle dans le renforcement de la présence de l’État. Par ailleurs, elle a rappelé l’augmentation progressive de l’enveloppe budgétaire allouée à ce sous-secteur.
Ainsi, l’enjeu dépasse la seule gestion administrative. Il s’agit de structurer un continuum éducatif capable d’absorber les enfants déscolarisés ou jamais scolarisés et de leur offrir une seconde chance.
Une pédagogie de proximité
À chaque étape, Elisabeth Shérif a encouragé encadreurs et apprenants, insistant sur l’importance d’un accompagnement constant. Cette posture traduit une approche de proximité : écouter les acteurs, valoriser les résultats et corriger les failles.
Dans un pays où les défis éducatifs demeurent immenses – croissance démographique rapide, disparités régionales, contraintes budgétaires – la consolidation des centres passerelles apparaît comme un levier stratégique.
Un pari sur l’avenir
En définitive, cette tournée ministérielle révèle une orientation claire : faire de l’alphabétisation un socle de transformation sociale.
Car au Niger, l’école ne se limite pas à la transmission des savoirs. Elle représente un outil de cohésion nationale et de développement.
Reste désormais à mesurer l’impact réel de ces dispositifs sur les taux de scolarisation et d’alphabétisation. Mais une chose est acquise : en plaçant le terrain au cœur de sa démarche, le ministère affiche une volonté de réforme ancrée dans la réalité.
À Bamako, le silence a remplacé la salsa, le rideau est tombé sur une vie consacrée à la musique. Le 28 février 2026, Boncana Maïga s’est éteint à l’âge de 76 ans, des suites d’une longue maladie, selon des sources familiales. Avec lui disparaît une mémoire vivante de la fusion afro-cubaine, une voix discrète mais décisive dans l’écriture musicale du continent.
Dans les rues de la capitale malienne, l’émotion est palpable. Car au-delà de la perte d’un artiste, c’est un pan entier de l’histoire culturelle africaine qui s’efface.
L’enfant de Gao devenu architecte sonore
Né en 1949 à Gao, Boncana Maïga s’impose très tôt comme un prodige. Il fait ses premières armes au sein du mythique Négro Band de Gao, symbole du Mali indépendant en quête d’identité artistique.
Mais c’est à La Havane, où il obtient une bourse d’études musicales dans les années 1960, que son destin bascule. L’immersion cubaine façonne son oreille et élargit son horizon. Il y découvre les architectures rythmiques de la salsa et les tisse, avec une rare élégance, aux sonorités mandingues.
De cette alchimie naît une signature unique, immédiatement reconnaissable.
L’âme de Las Maravillas et l’ombre bienveillante d’Africando
De retour en Afrique, Boncana Maïga fonde Las Maravillas de Mali, formation emblématique qui incarne la rencontre entre Bamako et La Havane. Plus tard, il contribuera à l’essor du collectif Africando, donnant à la salsa africaine une portée internationale.
Compositeur, arrangeur, producteur, il collabore avec de grandes voix du continent, façonnant des carrières sans jamais chercher la lumière pour lui-même. Son génie se glissait dans les orchestrations, dans ces cuivres vibrants et ces percussions qui racontaient l’Afrique en mouvement. Ainsi, son œuvre dépasse les frontières nationales pour devenir patrimoine commun.
Abidjan, seconde patrie musicale
Installé à Abidjan dès 1973, il y enseigne, produit et transmet. La Côte d’Ivoire devient son port d’attache artistique. À travers l’émission télévisée Stars Parade, il révèle de jeunes talents et offre une vitrine continentale à la création africaine.
Boncana Maïga n’était pas seulement un musicien. Il était un passeur. Un homme convaincu que la musique devait relier les peuples, abolir les distances et réconcilier les mémoires.
Une perte qui résonne jusqu’au Sahel
Au Niger, où la musique mandingue et les influences afro-cubaines ont nourri des générations d’artistes, la disparition de Boncana Maïga trouve un écho particulier. Son parcours rappelle que la culture ouest-africaine a toujours dialogué avec le monde.
En effet, son héritage témoigne d’une Afrique capable d’absorber, de transformer et de sublimer les influences extérieures sans renoncer à son âme.
L’écho d’un maestro
Aujourd’hui, les hommages affluent de Bamako à Dakar, d’Abidjan à Paris. Pourtant, derrière les mots, une même émotion : celle d’avoir perdu un maître discret, un bâtisseur d’harmonies.
Boncana Maïga laisse derrière lui une œuvre dense, lumineuse et profondément humaine. Ses arrangements continueront de vibrer dans les salles de concert, ses mélodies d’accompagner les fêtes familiales et les souvenirs d’enfance. Car certaines musiques ne meurent jamais. Elles deviennent mémoire.
Frappes ciblées, succession incertaine, menaces de représailles : la disparition du guide suprême iranien ouvre une ère de périls régionaux.
La République islamique n’avait jamais envisagé un tel scénario. Ce dimanche, Téhéran a officialisé la mort d’Ali Khamenei, 86 ans, figure centrale du régime depuis plus de trois décennies. Selon les autorités iraniennes, son décès serait consécutif à des frappes aériennes américaines ayant visé des sites stratégiques dans la capitale et en province.
Dans la foulée, Washington et Tel-Aviv ont revendiqué des opérations contre des infrastructures militaires et nucléaires. Le choc est immédiat. Car au-delà de la disparition d’un homme, c’est l’ossature même du pouvoir iranien qui se retrouve brutalement amputée.
La chute d’un pilier du régime
Successeur de Ruhollah Khomeini en 1989, Ali Khamenei ne se contentait pas d’arbitrer la vie politique : il en détenait la clé. Chef des forces armées, maître de la diplomatie, ultime décideur sur les questions stratégiques, il dominait un système où la présidence et le Parlement restaient subordonnés à son autorité.
Sous son règne, l’Iran a consolidé son influence régionale tout en affrontant des sanctions sévères et des crises internes récurrentes. Il a résisté, verrouillé, contrôlé. Jusqu’à cette frappe qui a brisé l’équilibre.
Sa disparition ne crée pas un simple vide symbolique : elle ouvre une fracture institutionnelle. Certaines disparitions bouleversent un pays. Celle d’Ali Khamenei pourrait, elle, ébranler tout un équilibre régional.
Une succession sous haute tension
Conformément à la Constitution, l’Assemblée des experts doit désigner un nouveau guide suprême. Mais derrière la procédure formelle se joue une lutte silencieuse entre factions conservatrices, hiérarchie religieuse et Gardiens de la révolution.
L’absence d’un successeur consensuel pourrait transformer la transition en champ de rivalités. Or, dans un pays sous pression militaire extérieure, toute fissure interne devient un risque majeur.
En d’autres termes, la stabilité du régime dépendra de sa capacité à afficher rapidement une unité de façade. Faute de quoi, la crise pourrait se muer en recomposition brutale du pouvoir.
Le spectre d’une guerre élargie
Les frappes revendiquées par les États-Unis et Israël ont été présentées comme une opération préventive visant des capacités stratégiques. Téhéran, de son côté, promet des représailles. Les Gardiens de la révolution ont déjà évoqué une riposte « proportionnée et décisive ».
Dans le Golfe, région vitale pour l’approvisionnement énergétique mondial, les tensions montent. Les marchés énergétiques réagissent fébrilement, conscients que toute déstabilisation prolongée pourrait provoquer une flambée des prix et perturber les équilibres économiques mondiaux. Chaque mouvement militaire est scruté, chaque déclaration amplifiée.
Ainsi, la disparition du guide suprême agit comme un détonateur dans une région saturée de lignes rouges.
Moscou accuse
Le Kremlin a immédiatement pris position. Le président Vladimir Poutine a dénoncé un « assassinat » et une « violation cynique du droit international », saluant la mémoire d’un partenaire stratégique majeur.
Cette réaction dépasse la simple diplomatie. Elle inscrit la crise iranienne dans le bras de fer plus large opposant Moscou aux puissances occidentales. Autrement dit, le théâtre moyen-oriental pourrait devenir un nouvel espace de confrontation indirecte.
Une onde de choc globale
Pour les pays africains, y compris le Niger, l’évolution de cette crise mérite une attention particulière. L’Iran demeure un acteur influent sur le marché énergétique et un partenaire diplomatique actif dans les forums internationaux.
Toute escalade prolongée pourrait provoquer une flambée des prix de l’énergie, affecter les équilibres budgétaires et redessiner les alliances diplomatiques.
Car l’Iran n’est pas seulement un acteur régional : il est une pièce stratégique du jeu mondial.
La fin d’une ère, le début de l’inconnu
Ali Khamenei aura marqué son époque par la consolidation d’un pouvoir centralisé et par une diplomatie de résistance. Sa mort, brutale et controversée, ouvre une période d’incertitude extrême.
L’Iran est désormais confronté à une double épreuve : organiser une succession crédible tout en évitant une escalade militaire incontrôlable. Dans cette zone de turbulence, chaque décision comptera. Car parfois, l’histoire bascule en une nuit.
En jouant aux mains de Dieu, Washington et Tel-Aviv risquent d’allumer une guerre qui les engloutira.