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Le Niger participe à la 356ᵉ session du Conseil d’administration de l’OIT à Genève

L’ordre mondial du travail est en pleine mutation, et Niamey entend bien y jouer les premiers rôles. Du 23 mars au 2 avril 2026, une délégation de haut niveau représente le Niger à la 356ᵉ session du Conseil d’administration de l’Organisation internationale du travail (OIT). Dans les couloirs feutrés du siège genevois, l’enjeu dépasse la simple présence protocolaire : il s’agit de porter une vision souveraine du travail décent dans un environnement multilatéral en pleine reconfiguration.

 

Sous l’impulsion du Chef de l’État, le Général d’Armée Abdourahamane Tiani, le Niger déploie une diplomatie sociale offensive. Menée par Dounama Abdou, secrétaire général du ministère de la Fonction publique, la délégation nigérienne s’immerge dans des débats techniques et politiques dont les répercussions toucheront directement le quotidien des travailleurs du Sahel.

Ministère de La Fonction Publique
© Ministère de La Fonction Publique

Un repositionnement stratégique dans le multilatéralisme

L’ordre du jour de cette session de printemps ne laisse place à aucune fioriture. Au cœur des discussions : la nouvelle stratégie de coopération au développement pour la période 2026-2029. Pour le Niger, l’objectif est de s’assurer que les futures orientations de l’Organisation Internationale du Travail (OIT) respectent les spécificités des économies émergentes tout en garantissant une protection sociale robuste.

Cette participation n’est pas fortuite. Elle traduit la volonté de la ministre Aissatou Abdoulaye Tondi de moderniser l’appareil administratif nigérien en s’alignant sur les standards internationaux. Cette modernisation se veut compatible avec la préservation de l’indépendance nationale. Ainsi, en s’impliquant dans les questions afférentes au corps commun et aux déclarations syndicales, Niamey scrute de près l’évolution des droits au sein des instances internationales.

 

La bataille des chaînes d’approvisionnement mondiales

L’un des piliers de cette 356ᵉ session concerne le renforcement de la protection des travailleurs dans les circuits de production globaux. Dans un contexte où le Niger valorise ses ressources naturelles, la question de la dignité ouvrière au bout de la chaîne d’approvisionnement devient aussi un levier de souveraineté.

Les émissaires nigériens, dont le Directeur du Travail Harouna Soumaila, plaident pour une régulation qui ne soit pas une contrainte subie, mais un moteur de développement. En clair, le Niger refuse d’être le maillon faible de la mondialisation et exige également des garanties sur la sécurité et la santé au travail, thématiques chères aux orientations actuelles du gouvernement de transition.

Ministère de La Fonction Publique
© Ministère de La Fonction Publique

Le travail décent, pierre angulaire de la refondation

Au-delà de la technique juridique, c’est une véritable philosophie de l’effort qui est défendue à Genève. Le Niger lie désormais la question du travail à celle de la résilience nationale. Par sa présence active, le pays démontre que la promotion du travail décent est indissociable de la stabilité sociale et de la croissance économique.

En participant à la définition du rôle de l’OIT dans un monde fragmenté, le Niger s’assure que sa voix compte dans le futur « contrat social mondial ». Ainsi, les conclusions de cette session, attendues pour le 2 avril, devraient marquer un tournant dans la manière dont les pays du Sahel interagissent avec les organismes de régulation globale.

 

Une diplomatie de l’influence sociale

Finalement, cette mission à Genève illustre la maturité de la diplomatie nigérienne. En envoyant ses meilleurs techniciens au Conseil d’administration de l’OIT, le Niger ne se contente plus de ratifier des conventions ; il participe à leur écriture. Dans un monde où le droit du travail est devenu un instrument de compétitivité, cette vigilance garantit aussi une protection durable pour les générations futures de travailleurs nigériens.

Sommet de Dakhla : L’Afrique lance son pacte pour l’autonomie sanitaire

Dakhla (Maroc), 27 novembre 2025 – La ville de Dakhla, au sud du Maroc, s’apprête à devenir pendant trois jours la capitale africaine de la réflexion sur la souveraineté sanitaire. À partir de ce vendredi 28 novembre, s’ouvre le tout premier Sommet continental sur les systèmes de santé et la souveraineté sanitaire en Afrique, organisé par la Fondation Mohammed VI des Sciences et de la Santé (FM6SS) sous le patronage du Roi Mohammed VI.

Plus de 200 experts, ministres et responsables d’organisations panafricaines seront physiquement présents, tandis qu’un millier d’autres participeront en visioconférence depuis une quarantaine de pays. Un record de mobilisation pour un sujet qui, depuis la pandémie de Covid-19, est passé du rang de priorité technique à celui d’enjeu stratégique majeur.

 

Sortir de la dépendance, entrer dans l’autonomie

 

« L’Afrique ne peut plus se contenter de subir les crises sanitaires. Elle doit les anticiper, les gérer et en sortir renforcée », a résumé le professeur Abdelkarim Soumani, président du comité scientifique du sommet. L’ambition affichée est claire : transformer la santé en véritable levier de développement, loin des schémas d’assistance hérités du passé.

Deux grands axes structureront les débats :

  1. Épidémiologie et priorités sanitaires : maladies infectieuses (paludisme, VIH), explosion des maladies non transmissibles (diabète, cancers), impact du changement climatique, et nécessaire accélération de la recherche africaine adaptée aux réalités locales.
  2. Gouvernance, financement et couverture universelle : comment financer durablement les systèmes de santé sans dépendre exclusivement de l’aide extérieure, renforcer les infrastructures, former massivement les personnels, et garantir enfin un accès équitable aux soins pour les 1,4 milliard d’Africains.

 

Dakhla : symbole d’une coopération Sud-Sud concrète

 

Le choix de Dakhla n’est pas anodin. Ville en pleine expansion, ouverte sur l’Atlantique et tournée vers l’Afrique subsaharienne, elle incarne la volonté marocaine de projeter sa vision d’une coopération Sud-Sud concrète et décomplexée. C’est pourquoi plusieurs chefs d’État et ministres africains ont déjà confirmé leur participation ou leur message vidéo, signe que le sujet transcende les clivages géopolitiques actuels.

 

Vers un « Pacte de Dakhla » : le Maroc, hub sanitaire régional

 

Si les organisateurs restent prudents, plusieurs sources internes évoquent la possibilité qu’un document final, baptisé provisoirement « Pacte africain pour la souveraineté sanitaire », soit adopté dimanche. Il pourrait contenir des engagements concrets : création d’un fonds africain d’urgence sanitaire, mutualisation accélérée des capacités de production de vaccins et de médicaments, ainsi qu’une plateforme commune de veille épidémiologique.

Pour le Maroc, qui a fait de l’autonomie pharmaceutique une priorité nationale (premier producteur africain de vaccins, partenariats avec le Rwanda, le Sénégal), ce sommet est aussi l’occasion de consolider son rôle de hub sanitaire régional.

Rarement un colloque médical n’aura porté une charge politique et symbolique aussi forte. Rendez-vous donc dès demain : l’Afrique qui prend en main sa santé, c’est l’Afrique qui reprend son destin.