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Coopération Belgique‑Niger : Prévot visite Issaka Gazobi

En visite dans un Sahel où les canaux diplomatiques restent en large partie coupés, le vice‑premier ministre belge Maxime Prévot a choisi la maternité Issaka Gazobi pour montrer ce que la coopération technique peut encore accomplir, quand la politique, elle, patine.

NIAMEY, 2 septembre 2026 — Ce n’est pas un palais présidentiel que le chef de la diplomatie belge a choisi de visiter en dernière étape de son passage à Niamey, mais une salle de consultation. Vendredi 28 août 2026, Maxime Prévot, Vice‑Premier ministre et Ministre des Affaires étrangères, des Affaires européennes et de la Coopération au développement, s’est rendu à la maternité Issaka Gazobi, référence hospitalière de la capitale nigérienne, pour y observer une séance de téléconsultation en conditions réelles.

Ce geste s’inscrit dans un contexte diplomatique tendu. Le déplacement de M. Prévot au Niger, après une étape à Ouagadougou la veille auprès du président burkinabè Ibrahim Traoré, intervenait alors que la plupart des ambassades européennes ont quitté le pays depuis le coup d’État de 2023 et que les relations avec l’Alliance des États du Sahel restent marquées par la méfiance. Reçu dans la matinée par le Premier ministre nigérien Ali Mahaman Lamine Zeine, le ministre belge a plaidé pour la reprise d’un dialogue avec Niamey et les capitales de l’AES, avant de conclure sa journée sur ce terrain plus technique que politique : celui de la coopération sanitaire.

Enabel au Niger
© Enabel au Niger
Une consultation à distance, symbole d’un système en mutation

Sur place, la démonstration visait à rendre tangible un chantier resté largement invisible du grand public : la numérisation progressive du système de santé nigérien. La télémédecine, désormais expérimentée dans plusieurs formations sanitaires du pays, permet à des professionnels de santé isolés de solliciter l’avis d’un spécialiste basé ailleurs, sans faire déplacer le patient. Pour une maternité de référence comme Issaka Gazobi, confrontée à une affluence chronique ainsi qu’à une pénurie de personnel spécialisé, l’enjeu dépasse la simple démonstration technologique : il s’agit de désengorger les services et de sécuriser des prises en charge parfois vitales.

« Le ministre belge a dit vouloir retrouver, avec le Niger, le chemin d’un dialogue renouvelé », a déclaré Maxime Prévot à l’issue de son audience avec le premier ministre nigérien.

Enabel au Niger
© Enabel au Niger
PASS Sutura, une digitalisation à l’échelle de dix formations sanitaires

La séance observée par le ministre s’inscrit dans le projet PASS Sutura, piloté par l’agence belge de développement Enabel en partenariat avec le ministère nigérien de la Santé publique. En fait, le programme, lancé en mars 2022 et pilier de la coopération bilatérale Niger‑Belgique pour la période 2022‑2026, cible dix hôpitaux et centres de santé répartis dans les localités de Gaya, Gothèye, Dosso, Boboye et Dioundiou. Son ambition dépasse la seule télémédecine : dossiers patients dématérialisés, système d’information hospitalier partagé, maintenance biomédicale assistée par ordinateur — autant d’outils censés fiabiliser une chaîne de soins encore fragile dans ces zones rurales.

Le projet mobilise un financement de 14,5 millions d’euros apportés par la Belgique, complété par un cofinancement néerlandais de 3,2 millions d’euros orienté notamment vers la santé reproductive. Dans un pays où près de la moitié de la population reste sans couverture sociale en santé, PASS Sutura affiche un objectif net : rapprocher l’expertise médicale des populations les plus reculées, plutôt que de continuer à concentrer les compétences spécialisées dans la seule capitale.

Enabel au Niger
© Enabel au Niger
Qu’est‑ce qu’Enabel ?

Enabel est l’agence belge de développement, chargée de mettre en œuvre la coopération gouvernementale de la Belgique dans une trentaine de pays partenaires. Au Niger, elle intervient depuis plusieurs années dans le secteur de la santé, aux côtés du ministère nigérien de la Santé publique, avec un accent porté sur la digitalisation des services et le renforcement des infrastructures sanitaires locales.

Enabel au Niger
© Enabel au Niger
Une coopération technique qui cherche à survivre à la crise politique

En somme, la visite illustre une ligne assumée par Bruxelles depuis la rupture des relations diplomatiques classiques avec plusieurs capitales sahéliennes : maintenir une présence européenne par le biais de projets de terrain, même quand les canaux politiques restent gelés. Quelques heures après le départ de la délégation belge de Niamey, des tirs ont été entendus près de l’aéroport de la capitale, rappel brutal de la fragilité sécuritaire dans laquelle s’inscrit ce type de coopération.

Reste que, pour Enabel comme pour le ministère nigérien de la Santé, la digitalisation engagée à travers PASS Sutura est présentée comme l’un des rares chantiers structurants à avoir continué d’avancer, indépendamment des turbulences diplomatiques.

Une lueur d’espoir contre le cancer sous l’égide de l’AIEA

Niamey, 13 mars 2025 – Ce jeudi, Niamey vibre d’une énergie singulière, portée par la présence de Rafael Mariano Grossi, directeur général de l’Agence Internationale de l’Énergie Atomique (AIEA), en visite au Niger depuis mardi. Accompagné du ministre de la Santé, le colonel major Garba Hakimi, il s’est rendu au Centre National de Lutte contre le Cancer (CNLC), unique bastion de radiothérapie du pays. Dans une nation où plus de 10 000 âmes se voient frappées par le fléau du cancer, cet établissement incarne un rempart fragile, mais essentiel contre la maladie. L’AIEA, par son initiative Rays of Hope, y déploie un soutien d’une ampleur rare, de la genèse des infrastructures à la formation des soignants, en passant par la dotation d’équipements de pointe.

 Niamey, Rafael Mariano Grossi de l’AIEA soutient le CNLC et un futur centre de radiothérapie à Zinder, insufflant espoir et interrogations
© Niamey, Rafael Mariano Grossi de l’AIEA soutient le CNLC et un futur centre de radiothérapie à Zinder, insufflant espoir et interrogations
Rays of Hope : une ambition de transformation nationale avec le soutien l’AIEA

Le CNLC, niché au cœur de Niamey, n’est plus seulement un lieu de soin, mais un symbole d’une ambition naissante : offrir à un peuple éprouvé par l’isolement géographique et les rigueurs économiques un accès à des traitements vitaux. Avec le Niger parmi les pionniers bénéficiaires de Rays of Hope, cette collaboration s’étoffe d’un projet audacieux : l’érection d’un nouveau centre de radiothérapie à Zinder, promesse d’un maillage plus équitable des soins à travers le pays. L’expertise de l’AIEA, alliée à une volonté politique affirmée, s’attèle ainsi à briser les chaînes d’une fatalité trop longtemps acceptée, en insufflant des ressources et du savoir là où ils faisaient cruellement défaut.

Pourtant, derrière les engagements solennels et les mains serrées sous les objectifs des photographes, une vérité plus âpre se dessine. Le cancer, implacable, ne connaît ni frontières ni répit, et les 10 000 cas annuels ne sont peut-être qu’une ombre portée d’un mal plus vaste, tapi dans les statistiques lacunaires. L’AIEA, par sa présence, s’engage à accompagner le Niger dans une lutte qui dépasse les seules machines et les murs : une quête de dignité pour des patients dont les voix, trop souvent, s’éteignent dans le silence. « Nous continuerons d’œuvrer pour que les services de cancérologie s’élèvent et s’approchent de ceux qui en ont le plus besoin », a assuré Grossi, dont les paroles oscillent entre serment et défi.

 Niamey, Rafael Mariano Grossi de l’AIEA soutient le CNLC et un futur centre de radiothérapie à Zinder, insufflant espoir et interrogations
© Niamey, Rafael Mariano Grossi de l’AIEA soutient le CNLC et un futur centre de radiothérapie à Zinder, insufflant espoir et interrogations
Mais alors que les regards se tournent vers Zinder et les horizons qu’elle pourrait éclairer, une question flotte, insidieuse, dans l’air brûlant de Niamey : ce sursaut d’espoir suffira-t-il à conjurer l’immensité du combat ? Entre les rayons d’une science bienveillante et les ombres d’une réalité rugueuse, le Niger avance sur un fil ténu, laissant à l’avenir le soin de trancher – ou de surprendre.