Helene Sourou, Author at Journal du Niger - Page 5 sur 240

Burkina Faso : un ex-employé de l’ambassade américaine condamné à vie pour abus sur mineures

Le verdict est tombé à Washington, mais l’affaire trouve son origine à Ouagadougou. Un ressortissant américain de 41 ans, ancien employé de l’ambassade des États-Unis au Burkina Faso, a été condamné le 26 février 2026 à la réclusion criminelle à perpétuité par un tribunal fédéral du Maryland pour abus sur  des adolescentes burkinabè.

Au terme d’un procès de deux semaines tenu en octobre 2025, le jury a reconnu Fode Sitafa Mara coupable de multiples chefs d’accusation liés à des agressions sexuelles sur mineures commises entre 2022 et 2023 dans la capitale burkinabè.

Des faits commis dans une résidence diplomatique

Selon les éléments présentés à l’audience, les faits se sont déroulés dans une habitation louée par l’ambassade américaine à Ouagadougou. Ce détail est déterminant : les résidences réservées au personnel diplomatique relèvent de la juridiction des États-Unis, permettant ainsi aux autorités américaines d’engager des poursuites.

Les enquêteurs ont établi que l’accusé aurait abusé à plusieurs reprises de deux adolescentes burkinabè âgées de 13 et 15 ans au moment des faits. Les victimes vivaient dans une grande précarité, dans un quartier proche de la résidence diplomatique.

D’après les documents judiciaires, l’homme aurait profité de la vulnérabilité de la famille, notamment de la maladie grave de la mère, pour exercer une pression sur les jeunes filles. Il leur aurait également fourni des téléphones afin de maintenir le contact à l’insu de son entourage.

Le jury fédéral du district du Maryland l’a reconnu coupable de quatre chefs d’abus sexuels aggravés sur mineure, ainsi que de tentative de coercition, d’incitation à un mineur et d’entrave à la justice.

Une affaire sensible pour la diplomatie américaine

Au-delà du drame humain, cette affaire met directement en cause la responsabilité des personnels affectés à l’étranger.

Dans un communiqué, des responsables du département américain de la Justice ont affirmé que le verdict « envoie un message clair » : les autorités américaines poursuivront tout citoyen impliqué dans des crimes sexuels contre des enfants, y compris lorsque ces faits se produisent hors du territoire national.

Les enquêteurs du Service de sécurité diplomatique (DSS), de l’Inspection générale de l’USAID et de la Homeland Security Investigations (HSI) ont mené conjointement les investigations, avec le soutien actif des autorités burkinabè. À Washington, les responsables ont salué cette coopération judiciaire transnationale.

Coopération judiciaire et protection des mineurs

L’affaire a été instruite dans le cadre du Project Safe Childhood, un programme lancé en 2006 par le département de la Justice des États-Unis pour lutter contre l’exploitation sexuelle des enfants.

Pour les autorités américaines, cette condamnation à perpétuité vise à rappeler que le statut diplomatique ou la fonction exercée à l’étranger ne sauraient constituer un bouclier contre les poursuites.

Les autorités burkinabè ont participé activement à l’enquête, et Washington juge leur implication déterminante malgré une procédure menée aux États-Unis.

Un signal fort dans la lutte contre l’impunité

Cette décision judiciaire intervient dans un contexte mondial de vigilance accrue face aux abus sexuels impliquant des personnels expatriés ou des travailleurs humanitaires.

En condamnant à la prison à vie un employé de mission diplomatique, la justice américaine entend démontrer que les crimes commis à l’étranger peuvent faire l’objet de poursuites sévères.

Si aucune peine ne peut effacer les traumatismes subis par les victimes, ce verdict marque néanmoins une étape importante dans la lutte contre les abus sur des mineurs et dans l’affirmation du principe de responsabilité, y compris au-delà des frontières.

Mali : NDC rachète la filiale de TotalEnergies

Le groupe français TotalEnergies cède sa filiale à l’entreprise malienne NDC. Un tournant stratégique dans le secteur des hydrocarbures

Au Mali, le paysage énergétique connaît une évolution majeure. La filiale locale du groupe français TotalEnergies passe désormais sous le contrôle de NDC, entreprise dirigée par le jeune entrepreneur malien Mamadou Niangadou.

L’opération marque une étape importante dans la recomposition du secteur des hydrocarbures au Mali, où les acteurs nationaux prennent progressivement davantage de place dans la distribution pétrolière.

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PDG de NDC Mamadou Niangadou

Un réseau stratégique de 80 stations-service

La filiale concernée exploite environ 80 stations-service à travers le territoire malien et représente plus de 1 000 emplois directs et indirects. Autrement dit, il s’agit d’un maillon essentiel de l’approvisionnement en carburant du pays.

Initialement, la cession devait bénéficier à un autre opérateur, Coly Energy. Toutefois, à l’issue du processus, c’est finalement NDC qui reprend l’ensemble des activités. Les modalités financières de la transaction n’ont pas été rendues publiques.

 

L’ascension d’un acteur local

Peu connue du grand public il y a quelques années, NDC s’est imposée comme un acteur majeur de la logistique pétrolière au Mali. L’entreprise dispose d’une flotte de plus de 200 camions-citernes, assurant le transport et la distribution de carburants sur l’ensemble du territoire, y compris dans des zones parfois difficiles d’accès.

En prenant le contrôle d’un réseau aussi structurant, NDC franchit un cap décisif. Cette acquisition ne se limite pas à un simple changement d’actionnaire : elle symbolise une montée en puissance des capitaux nationaux dans un secteur longtemps dominé par les multinationales.

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Une tendance régionale

Cette opération s’inscrit dans un mouvement plus large observé en Afrique de l’Ouest. Au Burkina Faso, des investisseurs locaux ont récemment renforcé leur présence dans le secteur bancaire et énergétique.

Ainsi, au Mali, la reprise de la filiale de TotalEnergies par une entreprise nationale traduit une volonté croissante de souveraineté économique. Elle intervient dans un contexte où les États sahéliens cherchent à consolider leurs capacités internes, notamment dans les secteurs stratégiques.

 

Quels enjeux pour le Mali ?

Pour les autorités maliennes, l’enjeu est double. D’une part, assurer la continuité de l’approvisionnement en carburant dans un pays enclavé. D’autre part, préserver les emplois et maintenir la qualité des services dans les stations-service concernées.

Du côté des consommateurs, la question des prix et de la stabilité des stocks reste centrale. La transition devra donc être suivie de près afin d’éviter toute perturbation.

 

Une nouvelle étape dans la recomposition énergétique

En définitive, cette cession illustre l’évolution du paysage économique malien. La prise de contrôle par NDC pourrait renforcer l’ancrage local de la distribution pétrolière, tout en posant des défis en matière de gouvernance et de compétitivité.

Pour Bamako comme pour l’ensemble du Sahel, cette opération constitue un signal fort : les entreprises africaines ambitionnent désormais de jouer un rôle de premier plan dans des secteurs stratégiques autrefois dominés par les groupes internationaux.

Cyclone Gezani : la Russie livre 60 tonnes d’aide humanitaire à Madagascar

Au lendemain du passage du cyclone tropical Gezani à Madagascar, la Russie déploie une aide humanitaire d’envergure à Antananarivo, avec près de 60 tonnes de vivres et plusieurs hélicoptères mobilisés. Ce 27 février, une cérémonie officielle s’est tenue à l’aéroport international d’Antananarivo pour marquer la remise de cette assistance destinée aux populations sinistrées.

 

Plusieurs hauts responsables civils et militaires ont assisté à l’événement, dont le Président de la République, le Premier ministre et des membres du gouvernement. Cette forte représentation souligne l’importance politique accordée à ce geste de solidarité internationale.

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Une aide alimentaire et logistique structurée

L’assistance transmise par le biais du ministère russe des Situations d’urgence comprend près de 60 tonnes de denrées alimentaires. Dans le détail, 30 tonnes de riz, 16 tonnes de haricots rouges et 13 tonnes d’huile végétale ont été remises aux autorités malgaches.

Par ailleurs, via le ministère russe de la Défense, six camions ont été livrés pour faciliter la distribution. À cela s’ajoutent 600 kilogrammes de sucre, 600 kilogrammes de pâtes alimentaires et 600 kilogrammes d’huile de tournesol.

Autre élément notable : la mobilisation de deux hélicoptères Mi-8, des appareils polyvalents capables d’atteindre des zones enclavées. Par ailleurs, leur mission consiste à acheminer les vivres vers les régions difficilement accessibles, fortement touchées par les intempéries.

 

Une catastrophe aux lourdes conséquences

Le cyclone Gezani a provoqué d’importants dégâts matériels dans plusieurs localités malgaches, avec des habitations détruites, des routes coupées et des cultures endommagées. Dans un pays régulièrement exposé aux aléas climatiques, la question de la résilience demeure centrale.

L’intervention russe intervient donc dans un contexte d’urgence humanitaire où la rapidité d’action est déterminante pour limiter les pénuries alimentaires et les risques sanitaires.

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Une dimension diplomatique assumée

Au-delà de l’aspect humanitaire, cette opération traduit également un positionnement diplomatique. Le chargé d’affaires russe à Antananarivo, Alexeï Buriak, a évoqué une « solidarité sincère » envers le peuple malgache, insistant sur la tradition de coopération entre Moscou et Antananarivo.

Cette aide illustre, plus largement, la volonté de la Russie de consolider ses partenariats sur le continent africain à travers des actions concrètes, notamment dans les domaines humanitaire et sécuritaire.

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Madagascar : la distribution de l’aide russe, un test de coordination

En somme, l’initiative malgache souligne l’importance de mettre en place des mécanismes d’assistance rapide face aux catastrophes naturelles et met en lumière l’évolution des alliances internationales sur le continent. À Antananarivo, les autorités locales et leurs partenaires internationaux doivent désormais coordonner leurs efforts pour distribuer efficacement l’aide aux communautés sinistrées. Dans les prochains jours, ils veilleront également à ce que les vivres atteignent les zones les plus isolées et les plus touchées par le cyclone Gezani.

Niger : l’Université Abdou Moumouni lance un colloque sur la mendicité au Sahel

 À Niamey, universitaires et experts sécuritaires croisent leurs analyses sur la mendicité au Sahel, Un colloque international pour décrypter un phénomène social en expansion

Du 24 au 26 mars 2026, la Faculté des Lettres et Sciences Humaines (FLSH) de l’Université Abdou Moumouni (UAM) de Niamey accueillera un colloque international consacré à un sujet sensible : la mendicité dans l’espace sahélien. Placée sous le thème « Regards croisés sur la mendicité au Sahel », la rencontre ambitionne d’aller au-delà des constats pour proposer des pistes d’analyse et d’action.

En amont de cet événement scientifique, le comité d’organisation conduit par le doyen de la FLSH, le Pr Lawali Dambo, a été reçu le 27 février par le Directeur du Centre National d’Études Stratégiques et de Sécurité (CNESS), le Colonel-Major Mahamadou Nouhou Bako. Une audience qui témoigne de la volonté de rapprocher recherche académique et réflexion stratégique.

 

Entre question sociale et enjeu sécuritaire

Au Niger, la mendicité est un phénomène ancien. Toutefois, selon plusieurs observateurs, son ampleur semble s’accroître, notamment dans les grands centres urbains comme Niamey, Maradi ou Zinder. Les mouvements migratoires internes, la pression démographique et la précarité économique figurent parmi les facteurs souvent évoqués.

Lors de la rencontre, les échanges ont mis en lumière l’impact de cette réalité sur la cohésion sociale et la tranquillité publique. Si la mendicité demeure avant tout une question sociale et humanitaire, elle soulève également des interrogations en matière d’organisation urbaine, de protection des enfants et de sécurité.

Le CNESS, dont la mission consiste à analyser les enjeux stratégiques et sécuritaires nationaux et internationaux, s’est dit disposé à accompagner la réflexion. Son directeur a salué l’initiative universitaire, rappelant que les chercheurs constituent des partenaires clés dans la compréhension des dynamiques sociales complexes.

 

Un colloque structuré en plusieurs étapes

Selon les organisateurs, le colloque s’articulera autour de plusieurs axes. D’abord, des communications scientifiques visant à décrypter les causes et les formes contemporaines de la mendicité au Sahel. Ensuite, un atelier prévu à Maradi permettra de réfléchir à la diffusion des résultats et à leur appropriation par les décideurs publics et les acteurs de terrain.

Enfin, les promoteurs du projet envisagent la mise en place de programmes de recherche multi-acteurs. L’objectif est de créer une synergie durable entre universitaires, institutions étatiques et organisations de la société civile.

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Le Doyen de la FLSH, le Pr. Lawali DAMBO et le Directeur du Centre d’Etudes Stratégiques et de Sécurité (CNESS), le Colonel Major Mahamadou NOUHOU BAKO

Vers une approche concertée

Cette initiative intervient dans un contexte où les autorités nigériennes cherchent à mieux encadrer le phénomène, tout en tenant compte de ses dimensions religieuses, culturelles et économiques.

En effet, la mendicité au Sahel revêt des réalités diverses : mendicité liée à l’apprentissage religieux traditionnel, stratégies de survie face à la pauvreté ou encore conséquences des déplacements internes provoqués par l’insécurité.

Ainsi, le colloque de l’UAM ambitionne d’apporter un éclairage nuancé, fondé sur des données scientifiques, afin d’éviter les approches simplistes

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Une attente forte autour des conclusions

À l’issue de l’audience, les universitaires ont exprimé leur souhait de voir le CNESS participer activement aux travaux. Tous s’accordent sur la nécessité d’une collaboration étroite pour transformer les résultats académiques en recommandations opérationnelles.

Dans un pays confronté à de multiples défis socio-économiques, cette rencontre scientifique pourrait aussi  marquer une étape importante vers une compréhension plus fine d’un phénomène qui touche directement les centres urbains nigériens.

Reste à savoir si les conclusions du colloque déboucheront sur des politiques publiques concrètes. Pour l’heure, la démarche se veut inclusive : analyser pour mieux agir, et agir sans stigmatiser.

Niger : quand Ramadan et Carême rapprochent un imam et son fils prêtre

Cette année, le calendrier religieux offre un symbole fort : le Ramadan et le Carême se déroulent simultanément. À travers le Sahel, cette coïncidence nourrit réflexion et dialogue. Mais au-delà des discours, elle prend un visage particulier dans l’histoire d’une famille burkinabè marquée par trois décennies de séparation avant une réconciliation inattendue.

Adrien Sawadogo est prêtre missionnaire. Son père, Al-Hâdjdj Issa, est imam. Tous deux vivent aujourd’hui côte à côte les temps de jeûne propres à leurs traditions respectives. Une situation impensable il y a trente ans.

 

Une conversion vécue comme une fracture

En 1992, alors qu’il est l’aîné d’une fratrie musulmane pratiquante, Adrien affirme avoir vécu une expérience spirituelle bouleversante qui l’oriente vers le christianisme. Pour sa famille, le choc est immense. Dans un environnement religieux structuré, voir le premier fils embrasser une autre foi est perçu comme une rupture majeure.

Son père, imam respecté, confie avoir difficilement accepté ce choix. La tension est telle qu’Adrien est écarté du cercle familial. S’ouvre alors une longue période de silence et de distance.

Cependant, avec le temps, la rigidité cède progressivement la place à l’interrogation. Un membre de la famille conseille à l’imam de laisser son fils libre de suivre son chemin spirituel. « Si je l’avais contraint, il aurait pu se perdre », reconnaît-il aujourd’hui.

 

Trente ans pour apaiser les blessures

Il faudra attendre 2022 pour que les mots se libèrent réellement entre le père et le fils. Trois décennies durant lesquelles chacun approfondit sa foi : l’un dans la théologie chrétienne, l’autre dans l’enseignement coranique.

La réconciliation ne s’est pas faite dans l’effacement des convictions, mais dans leur compréhension mutuelle. L’imam admet désormais que la foi chrétienne constitue une voie authentique vers Dieu. Adrien, de son côté, insiste sur le respect des racines familiales et sur la connaissance du Coran qu’il a lui-même étudié.

Ce cheminement illustre une réalité souvent peu visible : au Sahel, où l’islam et le christianisme coexistent depuis des siècles, les tensions religieuses ne résument pas l’ensemble des relations interconfessionnelles.

 

Une coïncidence porteuse de sens

En 2026, la concomitance du Ramadan et du Carême est interprétée par les deux hommes comme un signe d’encouragement au dialogue. Le Ramadan, pilier de l’islam, est un temps de jeûne, de prière et d’écoute du Coran, culminant avec la Nuit du Destin, moment central de la révélation coranique. Le Carême, période préparatoire à Pâques dans la tradition chrétienne, est également marqué par le jeûne, la prière et la méditation de la Parole.

Pour Adrien, cette simultanéité constitue une invitation à une « mystique de la rencontre ». Son père y voit plutôt un appel à l’intelligence et à la modération. Selon lui, les querelles religieuses proviennent davantage des hommes que de Dieu lui-même.

 

Un message qui dépasse le Burkina Faso

Si cette histoire trouve ses racines au Burkina Faso, elle résonne aussi au Niger, pays où musulmans et chrétiens partagent souvent les mêmes quartiers, parfois les mêmes familles. Dans un contexte régional fragilisé par les crises sécuritaires, le témoignage d’Al-Hâdjdj Issa et d’Adrien rappelle qu’un dialogue patient peut surmonter les fractures les plus profondes.

En définitive, Ramadan et Carême demeurent, chacun à leur manière, des moments où l’être humain se tient face à Dieu. Deux traditions distinctes, mais un même appel à la conversion intérieure, à la retenue et à la miséricorde.

À l’heure où les crispations identitaires traversent plusieurs sociétés sahéliennes, cette trajectoire familiale offre une autre lecture possible : celle d’une foi vécue sans exclusion, et d’une coexistence fondée sur l’écoute plutôt que sur la confrontation.

Crise Niger-Libye : Tripoli menace d’expulser les Nigériens

Le ton monte entre Tripoli et Niamey. Le Gouvernement d’unité nationale (GUN) libyen, reconnu par la communauté internationale, accuse les autorités nigériennes d’avoir livré deux de ses ressortissants aux autorités rivales de l’Est. Entre menaces d’expulsions massives et pressions politiques, la crise diplomatique s’envenime, plaçant plus d’un million de Nigériens dans une situation précaire.

C’est une « note verbale » au vitriol que les diplomates nigériens en poste en Libye ont reçue le jeudi 26 février 2026. Le ministère libyen des Affaires étrangères, du gouvernement basé à Tripoli, y exprime son indignation après le transfert de deux citoyens libyens, MM. Bahr al-Din et al-Qallal, aux mains des autorités de Benghazi, fidèles au maréchal Haftar.

Pour Tripoli, cet acte constitue une entorse majeure aux usages diplomatiques et une atteinte directe à sa souveraineté, Niamey ayant traité avec une entité qu’il juge « non reconnue ».

 

Un million de Nigériens dans le viseur de Tripoli

En effet, la réponse de la capitale libyenne ne s’est pas fait attendre et prend la forme d’un chantage migratoire. Tripoli menace désormais de reconsidérer le statut juridique des ressortissants nigériens installés sur son sol. Estimée à plus d’un million de personnes, cette diaspora — pilier économique pour de nombreuses familles au Niger — pourrait se voir retirer ses titres de séjour.

De fait, le document officiel évoque la possibilité de traiter ces citoyens comme des migrants clandestins, ouvrant la voie à des vagues d’arrestations, des poursuites pénales et des reconduites à la frontière.

 

L’ombre d’un soutien à l’opposition nigérienne

La crise dépasse le simple cadre administratif pour toucher au cœur du pouvoir à Niamey. Par ailleurs, le gouvernement de Tripoli va plus loin en agitant la menace d’un appui direct aux opposants au Conseil national pour la sauvegarde de la patrie (CNSP). En invoquant le « principe de réciprocité », la diplomatie libyenne laisse entendre qu’elle pourrait devenir une base arrière pour la contestation du pouvoir militaire nigérien.

Cette escalade intervient alors que des sources font état de remous internes à Niamey. Les autorités évoquent l’implication présumée des plus hauts cercles du pouvoir, notamment les directions de cabinet de la présidence et du ministère de l’Intérieur. Des soupçons de transactions financières opaques et une série d’interpellations récentes au sein de la Direction générale de la documentation et de la sécurité extérieure (DGDSE) ajoutent une couche de complexité à cette affaire.

 

Une responsabilité partagée ?

En définitive, Tripoli prévient : le Niger sera tenu pour responsable de tout traitement dégradant que subiraient les deux Libyens transférés vers l’Est. Le gouvernement libyen précise qu’en cas de récidive dans cette coopération avec Benghazi, des mesures coercitives encore plus lourdes pourraient être activées.

À Niamey, le silence des autorités officielles demeure pour l’heure total, alors que l’inquiétude grandit au sein des familles dont les proches vivent et travaillent en Libye. Mais derrière cette prudence diplomatique se joue une partie à haut risque. Car si Tripoli met ses menaces à exécution, c’est un choc humain et économique d’ampleur qui frapperait le Niger, déjà fragilisé sur le plan interne.

Dans cette confrontation où s’entremêlent rivalités libyennes, calculs politiques et pression migratoire, chaque faux pas pourrait avoir des conséquences irréversibles. Reste à savoir si Niamey choisira l’apaisement ou assumera l’épreuve de force. Une chose est sûre : la crise a quitté le terrain feutré des chancelleries pour devenir un enjeu stratégique majeur aux répercussions régionales.

Niger : à Mayahi, la prison mise sur le maraîchage pour favoriser la réinsertion

À première vue, la maison d’arrêt de Mayahi, dans la région de Maradi, ne se distingue pas des autres établissements pénitentiaires du Niger. Pourtant, derrière ses murs, une initiative peu commune est en train de redéfinir le sens même de la détention. Ici, la prison ne se limite plus à la privation de liberté : elle devient un espace de production et d’apprentissage.

À l’origine du projet, le régisseur de la maison d’arrêt, qui a fait le pari d’une approche différente. Plutôt que de laisser les détenus inactifs, il a entrepris de réhabiliter un ancien jardin abandonné. Résultat : plusieurs parcelles de culture ont vu le jour, transformant un terrain en friche en un espace agricole dynamique.

Maison d’Arrêt de Mayahi
© Maison d’Arrêt de Mayahi

Des champs derrière les barreaux

Désormais, pommes de terre, tomates, poivrons et salades poussent dans l’enceinte pénitentiaire. En cette période de récolte, les détenus ramassent chaque jour entre cinq et dix paniers de tomates fraîches. Ces produits sont ensuite vendus sur le marché local, où ils trouvent preneur sans difficulté.

Ainsi, l’initiative dépasse le simple cadre occupationnel. Elle contribue à l’approvisionnement de la commune tout en générant une activité économique locale. Selon des sources administratives, les revenus issus de la vente servent notamment à soutenir l’entretien du site et à améliorer certaines conditions internes.

Maison d’Arrêt de Mayahi
© Maison d’Arrêt de Mayahi

Une réponse à l’oisiveté carcérale

Au Niger, comme dans de nombreux pays de la région, la surpopulation et le manque d’activités structurées constituent un défi pour l’administration pénitentiaire. Dans ce contexte, l’expérience de Mayahi apparaît comme une alternative pragmatique.

En effet, le travail agricole offre aux détenus une occupation régulière, mais également un cadre structurant. Plusieurs observateurs locaux évoquent un impact positif sur le moral et la discipline au sein de l’établissement. L’activité maraîchère joue ainsi un rôle thérapeutique, en redonnant un rythme et une responsabilité aux participants.

Maison d’Arrêt de Mayahi
© Maison d’Arrêt de Mayahi

Un modèle en gestation ?

Les autorités locales suivent de près cette expérience. D’après des responsables communaux, des pistes de renforcement sont déjà à l’étude, notamment l’introduction de vaches laitières afin de diversifier les activités et d’élargir la production.

Si le projet venait à être consolidé, il pourrait inspirer d’autres établissements pénitentiaires à travers le pays. Parce que au-delà de la production agricole, l’enjeu est celui de la réinsertion. Apprendre à cultiver, gérer une récolte, organiser une vente : autant de compétences transférables une fois la peine purgée.

 

Produire pour se reconstruire

En filigrane, cette initiative pose une question essentielle : quelle doit être la finalité de la prison ? Punir uniquement, ou préparer le retour à la vie sociale ? À Mayahi, la réponse semble se dessiner dans les rangées de tomates mûries au soleil sahélien.

Avec peu de moyens : un lopin de terre, quelques outils et une volonté administrative affirmée, la maison d’arrêt expérimente une approche qui allie utilité sociale et dignité humaine. Une manière, peut-être, de démontrer que même derrière les barreaux, la terre peut devenir un outil de reconstruction.

Axe Cotonou-Niamey : Accident d’un bus de la compagnie Nizar près de Kandi.

Le soulagement l’emporte sur l’effroi après l’accident, ce mercredi 25 février, d’un autocar de la compagnie nigérienne Nizar dans le nord du Bénin. Si le bilan humain est miraculeusement léger, cet incident repose avec acuité la question de la responsabilité des transporteurs sur le corridor dépendant du port de Cotonou à Niamey.

La frayeur a été vive au petit matin pour les passagers de la compagnie Nizar. Alors qu’il effectuait la liaison entre la capitale économique béninoise et le Niger, un bus de transport de voyageurs s’est renversé à la hauteur de Bangoum, une localité située juste après la ville de Kandi.

L’accident s’est produit à proximité immédiate d’un pont, alors que le véhicule s’apprêtait à rallier Malanville, dernière étape avant la frontière nigérienne.

 

Un bilan miraculeux

Fort heureusement, le pire a été évité. Selon les premières constatations effectuées sur place, aucun décès n’est à déplorer parmi les voyageurs. Le bilan fait état d’un unique blessé, dont les jours ne sont pas en danger.

La victime a subi une intervention prompte des services de secours. En effet, les sapeurs-pompiers ont rapidement pris en charge le passager pour lui prodiguer les soins nécessaires.

 

L’appel à la rigueur des transporteurs

Bien que l’accident se soit terminé sans drame, il met en lumière la vulnérabilité des usagers sur cet axe stratégique. Pour de nombreux observateurs, l’événement sonne comme un signal d’alarme adressé aux agences de transport de la sous-région. Ils dénoncent des failles et appellent à des mesures concrètes : recruter des conducteurs en exigeant professionnalisme et sérieux, imposer le respect strict des limitations de vitesse et renforcer la maintenance des véhicules parcourant de longues distances.

 

En définitive, si les passagers de la compagnie Nizar ont pu reprendre le cours de leur voyage, la récurrence des incidents sur le corridor Cotonou-Niamey impose une prise de conscience collective des acteurs du transport routier.

Niger : Audit majeur du pipeline d’exportation pour plus de transparence

Dans une volonté assurée de reprendre en main la gestion de ses richesses naturelles, les autorités nigériennes engagent un audit sans précédent du pipeline d’exportation Niger-Bénin. Entre quête de souveraineté et exigence de redevabilité, Niamey veut désormais que chaque baril de brut raconte une histoire limpide aux citoyens.

 

Changement de cap pour l’or noir nigérien. Alors que l’exploitation pétrolière, amorcée dans les années 70, a pris une dimension stratégique avec la mise en service du gigantesque oléoduc dépendant des champs d’Agadem au terminal de Sèmè au Bénin, l’État du Niger a décidé de passer à la vitesse supérieure en matière de contrôle.

Dans l’édition du quotidien national Le Sahel de ce jeudi 26 février, le ministère du Pétrole a lancé un avis à manifestation d’intérêt pour le recrutement d’un cabinet indépendant de renommée internationale.

 

Une expertise multidisciplinaire pour un projet colossal

L’objectif de cette mission est clair : réaliser un audit complet — technique, économique, juridique et environnemental — de l’infrastructure de transport Niger-Bénin. Par cette initiative, le gouvernement nigérien souhaite disposer d’une évaluation exhaustive et documentée d’un projet dont la complexité et l’importance stratégique ne sont plus à démontrer.

Ainsi, les cabinets intéressés ont jusqu’au 25 mars 2026 pour soumettre leurs dossiers. Il est à noter que, dans un souci de promotion de l’expertise locale, les firmes étrangères sont invitées à se constituer en groupements avec des entreprises nigériennes.

 

La transparence comme boussole

Cette démarche n’est pas isolée. Elle s’inscrit dans une feuille de route ambitieuse portée par le ministre du Pétrole. Pour ce dernier, la gestion des ressources ne peut plus se faire dans l’ombre : elle exige aussi un haut niveau de responsabilité vis-à-vis des institutions et des populations.

De fait, le ministère prévoit plusieurs axes de réforme :

  • Une communication régulière sur les chiffres clés de la production et des recettes pétrolières.
  • Le renforcement du reporting pour assurer une traçabilité sans faille des flux financiers.
  • Un accès facilité pour le grand public aux informations sectorielles, afin de briser le secret qui entoure souvent ce domaine.

 

Horizon 2030 : vers un système intégré

À terme, d’ici trois à cinq ans, l’ambition est d’instaurer un système de gestion numérique et intégré. Ce dispositif devrait également permettre de suivre en temps réel les mouvements financiers et de consolider la confiance entre l’État et les citoyens.

En définitif, avec cet audit du pipeline Niger-Bénin financé par la société WAPCO NIGER, Niamey pose un acte fort. Il ne s’agit plus seulement de produire du pétrole, mais de garantir que cette ressource sert réellement de levier de développement national, sous l’œil vigilant d’un contrôle rigoureux.

Niger : Saisie de 1 758 bâtons de dynamite à Kouré par la Douane.

La douane nigérienne vient de réaliser une saisie spectaculaire à Kouré, à une soixantaine de kilomètres de la capitale. Plus de 1 700 bâtons de dynamite ont été interceptés par les unités de surveillance. Cette opération met en lumière les nouveaux défis sécuritaires faisant face aux « soldats de l’économie » dans un contexte régional sous haute tension.

 

C’est un véritable arsenal qui a été neutralisé par les agents de la Brigade d’Intervention et de Recherche (BIR) de Niamey. Au poste de contrôle de Kouré, verrou stratégique sur l’axe menant à la capitale, la vigilance des douaniers a permis de débusquer une cargaison de 1 758 bâtons de dynamite.

Loin d’être une découverte fortuite, cette saisie est le fruit d’un flair aiguisé et d’une rigueur de contrôle renforcé dans cette zone sensible.

 

Le transport de voyageurs, nouveau cheval de Troie des trafiquants ?

En effet, la méthode utilisée par les convoyeurs souligne l’audace des réseaux de trafic. Le lieutenant-colonel Abdel Kader Ibrahim Mahaman, commandant du BIR, affirme que ses unités ont saisi des explosifs lors de deux interventions distinctes.

Dans un premier cas, elles ont découvert les produits dangereux dissimulés à l’intérieur d’un bus de transport de passagers.  Dans le second cas, la cargaison se retrouvait dans un véhicule de type Hiace.

Cependant, cette tactique, consistant à mêler des substances hautement instables aux flux de civils, suscite l’inquiétude des autorités, tant pour la sécurité des voyageurs que pour la destination finale de ces produits interdits.

Direction Générale des Douanes Nigériennes
© Direction Générale des Douanes Nigériennes

Une réponse institutionnelle ferme

Face à ce péril, la hiérarchie douanière est montée au créneau. La Colonel Mme Dioffo Aicha, Directrice Régionale des Douanes de Niamey-Tillabéri, s’est rendue sur place pour saluer l’engagement des troupes.

Par ailleurs, le Colonel Rabiou Gouzaye, représentant la Direction Générale, a tenu à rappeler la sévérité de la réglementation régissant la circulation de telles matières au Niger. Il a réaffirmé la volonté de l’institution de muscler davantage les capacités d’analyse des risques et de renseignement de ses unités de terrain.

 

Au-delà des recettes, la mission sécuritaire

Cette opération rappelle que la douane nigérienne ne se contente plus de sa mission fiscale. De fait, elle s’impose aujourd’hui comme un maillon essentiel de la sécurité intérieure. Dans une région où la circulation illicite d’explosifs alimente souvent l’insécurité, le verrouillage de Kouré vient de prouver son efficacité.

En définitive, si l’enquête devra déterminer l’origine et la destination de ces bâtons de dynamite, ce succès du BIR Niamey marque un point décisif dans la lutte contre la criminalité transfrontalière organisée.