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Omar Artan, refoulé par Washington, accueilli à bras ouverts par Vancouver

À la veille du coup d’envoi de la Coupe du monde, le premier arbitre somalien jamais sélectionné pour un Mondial a été renvoyé chez lui depuis l’aéroport de Miami. Le premier ministre de la Colombie-Britannique propose de l’accueillir en territoire canadien, où Vancouver accueille sept rencontres du tournoi.

 

Il devait entrer dans l’histoire. Omar Abdulkadir Artan, 34 ans, était sur le point de devenir le premier arbitre somalien à officier lors d’une phase finale de Coupe du monde. Mais, le samedi 7 juin, à son arrivée à l’aéroport international de Miami, les agents de la douane américaine (CBP) lui ont signifié un refus d’entrée sur le territoire, mettant brutalement fin à un rêve de carrière.

 

La police aux frontières américaine a justifié sa décision par des « problèmes liés à la vérification des antécédents ». Une formulation elliptique qui n’a convaincu personne. En effet, selon le haut conseiller du ministère somalien de la Jeunesse et des Sports, Ciise Aden Abshir, Artan « disposait d’un visa en règle » et d’un passeport diplomatique. Malgré celà , l’entretien avec les services d’immigration aurait duré onze heures.

 

La FIFA capitule, la Somalie proteste

 

Dans les heures qui ont suivi, la Fédération internationale de football a confirmé l’exclusion d’Artan du tournoi dans un communiqué sobre, qui a lui-même suscité l’indignation. L’instance s’est bornée à rappeler qu’elle « n’intervient pas dans les procédures d’immigration du pays hôte, y compris dans l’octroi des visas » et que « c’est le gouvernement du pays hôte qui détermine en dernier ressort qui reçoit un visa et qui est admis sur son territoire ». Aucun mot de soutien à l’arbitre. Aucune démarche déclarée auprès des autorités américaines.

 

Du côté de Mogadiscio, en revanche, la réaction a été plus tranchée. « Lui refuser l’entrée aux États-Unis et l’empêcher d’officier porte préjudice non seulement à sa personne, mais sape également l’engagement du football en faveur de l’équité, du mérite et de l’esprit du fair-play », a déclaré Ciise Aden Abshir. L’ambassade somalienne aux États-Unis a aussi indiqué travailler à une résolution de la situation avant le coup d’envoi du tournoi, prévu le jeudi 11 juin.

« J’avais tous les papiers en règle. J’avais le visa nécessaire. Je ne suis qu’un simple arbitre qui tente de réaliser son rêve. » — Omar Abdulkadir Artan

 

La Somalie dans le collimateur de Washington

 

Le refoulement d’Artan ne survient pas dans un vide politique. Depuis fin novembre 2025, Donald Trump a qualifié la Somalie de « pays pourri » et signifié son intention de mettre fin au statut de protection temporaire dont bénéficient les ressortissants somaliens aux États-Unis. De plus, la Somalie figure parmi les nations soumises à des restrictions de voyage renforcées dans le cadre de la politique migratoire de l’administration Trump.

 

Andrew Giuliani, responsable du dossier Coupe du monde à la Maison-Blanche, a lui-même évoqué la nécessité d’empêcher « des acteurs malveillants de venir dans le pays sous couvert de la Coupe du monde ». Des déclarations qui ont alimenté les soupçons d’une motivation politique derrière le refoulement d’Artan, hypothèse que les autorités américaines n’ont ni confirmée ni formellement démentie.

 

David Eby tend la main depuis Vancouver

 

C’est dans ce contexte que le premier ministre de la Colombie-Britannique, David Eby, a publié, mardi 9 juin, un message sur X (anciennement Twitter) qui a rapidement circulé au-delà des frontières canadiennes. Le message est direct et politique : Vancouver, ville hôte de sept matchs du Mondial, dont un huitième de finale, est prête à accueillir Omar Artan.

 

David Eby, premier ministre de la Colombie-Britannique :

« Omar Artan serait accueilli et célébré en Colombie-Britannique pour ce qu’il a accompli. Laissons-le arbitrer à Vancouver. » — Publié sur X, le 9 juin 2026.

 

La déclaration d’Eby est certes symbolique : la décision d’accréditer un arbitre reste du ressort de la FIFA, non d’une province canadienne. Mais elle constitue un signal politique fort. En effet, à la veille d’un tournoi coorganisé entre trois nations, le Canada affiche publiquement une posture d’ouverture en contraste direct avec la décision américaine.

 

Vancouver accueille sept rencontres au stade BC Place, dont un huitième de finale. Le magazine Sports Illustrated a désigné la ville comme la meilleure ville hôte du Mondial 2026, saluée pour la qualité de ses transports, son accessibilité piétonne et la douceur de son climat. David Eby, qui se prend régulièrement en photo sur fond de BC Place illuminé, avait déjà exprimé sa fierté d’accueillir le tournoi dans sa province.

 

Une blessure symbolique à la veille du coup d’envoi

 

L’affaire Artan cristallise, à quelques heures du début du tournoi, les tensions que la décision d’attribuer la coorganisation du Mondial à une Amérique sous mandat Trump avait suscitées bien avant le coup d’envoi. Après les difficultés d’accréditation de membres du staff iranien, c’est cette fois un officiel désigné par la FIFA elle-même qui se retrouve exclu.

 

Pour la communauté footballistique africaine, le symbole est particulièrement douloureux. Artan était non seulement le premier Somalien à atteindre une phase finale de Coupe du monde en tant qu’arbitre, mais aussi le meilleur arbitre africain de l’année 2025 selon la CAF. Dès lors, sa mise à l’écart laisse un sentiment d’injustice que ni le silence de la FIFA ni les formules administratives de la CBP n’ont suffi à dissiper.

 

À Vancouver, David Eby a au moins fourni une réponse politique, même si elle reste, pour l’heure, sans suite institutionnelle. La balle est désormais dans le camp de la FIFA, dont le mutisme face aux pressions migratoires américaines est, lui aussi, lourd de sens.

Mondial 2026 : L’Iran privé de séjour aux USA, un défi inédit

États-Unis, 8 juin 2026 – L’équipe iranienne de football fait face à une contrainte administrative inédite dans l’histoire de la Coupe du monde. Pour le Mondial 2026, organisé conjointement par les États-Unis, le Mexique et le Canada, les joueurs iraniens ne pourront pas séjourner sur le territoire américain et devront y entrer uniquement le jour de leurs matchs, avant de repartir immédiatement après chaque rencontre.

Des restrictions de visa « drastiques »

L’ambassadeur d’Iran au Mexique, Abolfazl Pasandideh, a confirmé samedi ces conditions de visa particulièrement strictes imposées à son équipe nationale par les autorités américaines. Selon ses déclarations à la presse : « Nous pouvons entrer dans la matinée et nous devons repartir le jour même. »

Ces restrictions font suite à des semaines d’incertitude concernant l’obtention des visas. Jusqu’au 4 juin, les joueurs iraniens n’avaient encore reçu aucune autorisation d’entrée aux États-Unis, où ils doivent disputer leurs trois matches de groupe à partir du 15 juin. L’équipe a finalement obtenu ses visas le samedi 5 juin, mais assortis de limitations sévères.

Tijuana, camp de base frontalier

Pour contourner ces contraintes administratives, la sélection iranienne a installé son camp de base à Tijuana, ville frontalière située au nord du Mexique, à proximité immédiate des États-Unis. Cette décision, validée par la Fédération iranienne de football, devrait faciliter les allers-retours quotidiens vers le territoire américain.

Initialement, l’équipe devait s’installer à Tucson, en Arizona, durant le tournoi, prévu du 11 juin au 19 juillet, mais elle a dû y renoncer après ne pas avoir obtenu l’autorisation nécessaire de la FIFA.

Des membres du staff privés de visa

La situation se complique encore avec le refus des États-Unis de délivrer des visas à plusieurs membres du staff iranien, dont le président de la Fédération iranienne de football. Seuls les joueurs ont obtenu leurs visas, mais ceux-ci ne seront valables que les jours de match.

Cette décision américaine avait été anticipée dès avril, lorsque le chef de la diplomatie américaine avait averti que tous les membres de la sélection iranienne ne pourraient pas obtenir de visa.

La FIFA intervient

Gianni Infantino, président de la FIFA, avait assuré le 25 mai que « tous les joueurs recevraient un visa » et qu’« il n’y a aucune raison pour que les joueurs ne reçoivent pas de visa ». Toutefois, les restrictions imposées montrent que l’engagement de la Fédération internationale n’a pas permis de contourner les politiques migratoires américaines.

L’équipe iranienne, qui devait initialement s’installer en Arizona, a saisi la FIFA face à ces difficultés administratives.

Un défi logistique majeur

Cette situation exceptionnelle impose à la sélection iranienne un défi logistique considérable. Avec trois matches de poule à disputer aux États-Unis, les joueurs devront effectuer de fréquents déplacements transfrontaliers depuis le Mexique, dans un contexte de tensions persistantes entre Washington et le régime des mollahs.

La sécurité a été renforcée à Tijuana en prévision de l’arrivée de l’équipe, dans ce contexte de regain des tensions diplomatiques.

Un contexte géopolitique sensible

La participation de l’Iran au Mondial 2026 reste entourée d’interrogations depuis le début du conflit au Moyen-Orient. Ces restrictions de visa s’inscrivent dans une dynamique plus large de tensions entre les deux pays, qui affectent désormais jusqu’à la compétition sportive internationale.

L’équipe iranienne doit s’installer à Tijuana dans les prochaines heures avant son entrée en lice au Mondial 2026. Tous les regards se porteront sur cette sélection, qui devra composer avec des contraintes administratives inédites tout en poursuivant ses ambitions sportives dans un tournoi réunissant 48 équipes.